Le ratio !
On vous le présente comme une loi naturelle, un équilibre écologique, presque une évidence morale. Mais c'est n'est qu'un choix technique parmi d'autres, et surtout un choix politique assumé.
T411 a existé, sans ratio contraignant, et ça fonctionnait. Ygg a existé, avec un ratio bien plus permissif, et des milliers de personnes y accédaient sans seedbox ni infrastructure dédiée. Les teams de repack comme FitGirl fonctionnent sans ratio depuis des années, et personne ne s'en plaint.
Dire que le ratio est l'horizon indépassable du P2P, c'est le "there is no alternative" de Thatcher recyclé en jargon technique. Et dans la bouche de gens qui se réclament de la lutte contre le capitalisme, c'est une insulte à leur propre intelligence.
Ce que le ratio implique concrètement : une seedbox, c'est un abonnement mensuel. Du matériel performant, c'est de l'argent.
Maîtriser le système, comprendre les tracker's, gérer les clients, optimiser les ratios, c'est du temps, de l'énergie, de la disponibilité cognitive !
Pensez à une mère seule avec deux gamins, qui rentre à 19h après une journée de boulot, qui voudrait juste télécharger un film pour souffler. Elle n'a pas de seedbox. Elle n'a pas passé ses soirées à apprendre comment fonctionne un tracker privé. Elle est dehors.
Proprement, mais dehors. Et pour ces gens-là ;
C'est normal, c'est mérité, c'est son problème. Finalement si elle est trop "stupide" pour apprendre, elle n'a le droit d'exister parmi nous !
Ces mêmes personnes ont craché sur Ygg pendant des années. Officiellement pour dénoncer leur logique commerciale, leur appétit pour la monétisation, leur volonté de faire du chiffre. Ce n'est pas entièrement faux. Mais regardons la réalité en face : dans les nouveaux trackers privés qui leur ont succédé (notament C411 que je connais bien), le temps et l'argent doivent quand même être dépensés. Seedbox, matériel, abonnements. À qui cela profite-t-il, exactement ? Ygg faisait de l'argent de manière visible et critiquable.
Les nouveaux tracker's, eux, font dépenser de l'argent de manière invisible, répartie, normalisée. La différence est comptable, pas morale !
Ils se réclament du communisme (et c'est là la plus grande de leurs tartufferie!). Soit. Il existe pourtant un principe dans cette doctrine, pas très compliqué :
à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses moyens.
Aucun d'entre eux n'a voulu l'entendre. Parce que ce principe saboterait leur hiérarchie interne entre bons seeders vertueux et leechers parasites.
Quand vous le nommez, voici ce qui se passe : insultes, suppression du fil, bannissement. Mon post sur ce sujet a été reporté puis banni en quelques heures. Pas de débat. Pas de contradiction argumentée. La communauté a exprimé sa politique sans ambiguïté : soit tu paies en argent et en temps, soit tu dégages.
Le problème n'est pas la sélectivité. C'est le mensonge. Vendre des valeurs de partage tout en écrasant systématiquement la dissidence. Prétendre à la subversion tout en reproduisant les mêmes réflexes d'exclusion que la culture dominante.
Et la certitude que tout le monde pourrait accéder à la culture s'il faisait "l'effort" de s'intégrer, si iels démontrent leurs "valeurs" !
C'est exactement le discours de la méritocratie que nous devons combattre.
C'est pour cela que je prends la parole. Pour le plaisir de la polémique, parce que la scène française du partage mérite mieux que cette aristocratie de " bons et méritants seeders" condescendants qui confondent leur confort matériel avec une éthique.
Leur fausse conscience de capitalistes mentaux doit être nommée ! Exposée, moquée jusqu'à ce qu'elle devienne insoutenable à porter.
Le partage n'est pas un privilège réservé à celles et ceux qui ont le temps, l'argent et l'énergie de jouer au bon élève du tracker. C'est un droit. Et les droits ne se demandent pas poliment, ils s'imposent par le rapport de force et par la voix de celles et ceux qui les revendiquent !
Alors militons pour une Sécurité Sociale de la piraterie. Pour que le téléchargement libre soit enfin ce qu'il prétend être : un outil d'émancipation, d'apprentissage, de liberté culturelle et de pur divertissement pour le plus grand nombre, sans condition de ressources, sans ticket d'entrée technique, sans humiliation.
La culture circule ou elle se fossilise. Et nous devons choisir le mouvement !
Merci pour votre temps.