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Interprétation "Je pense à vous" de Pierre de Maere : Sous-texte sexuel dissimulé ?

Bonjour à tous,

Alors, j'ai écouté cette chanson il y a quelque temps et les paroles m'ont semblé très énigmatiques. Ayant l'habitude de faire de l'analyse de texte en tant que prof, j'ai voulu y réfléchir par moi-même, après n'avoir rien trouvé sur l'interprétation officiel, à part des évocations très vagues. S'il est évident qu'il y a un sens premier sur son rapport à la création, son rapport aux autres et à la différence, ou encore à la passion de la danse et de la musique, je ne peux plus m'empêcher d'y voir un sens caché plus scabreux : la pratique de la masturbation.

Mon but n'est pas de provoqué ou de faire un post troll et je sais que je vais peut-être, sûrement, dans une fausse piste mais en regardant les paroles attentivement, je ne trouve pas ça absurde non plus. Prenez ce poste comme une élève qui fait une surinterprétation d'un auteur sans se retenir. Après, il n'est pas rare, en poésie, que les auteurs cachent la sexualité dans des paroles plus énigmatiques. Alors si vous voulez faire cet exercice avec moi, allons-y !

[Couplet 1]
"Tous les mecs et les filles de mon âge
Me regardent comme si j'avais la rage"

Sûrement le passage le moins concordant avec l'interprétation, mais la manière dont la phrase est tournée peut déjà évoquer le rapport avec les autres. Connaissant l'homosexualité du chanteur, les deux genres marchent, et on peut y associer le rejet de l'homosexualité comparée à une forme de rage. L'expression "de mon âge", bien que n'évoquant pas un âge particulier, est souvent employé pour renvoyer à un âge plus jeune, l'adolescence. (Pensez à Françoise Hardy). A ce moment, le désir est fort et la découverte de son corps bouleverse beaucoup de choses dans notre esprit. La "rage" peut évoquer une sorte comportement sauvage et impulsif, qu'on compare souvent à la sexualité. Ici, son désir est donc remarqué par ses semblables de tous les genres.

"Je jouerai avec ou sans vous
Oh, ça ne m'importe pas"

On commence doucement : La notion de jeu peut déjà être assimilé à la pratique sexuelle. Ici, s'il n'exclue pas le désir pour d'autres, il renvoie dos à dos onanisme et sexe partagée. Il montre pendant toute la chanson un certain détachement et une certaine innocence. Le "ça ne m'importe pas" traduit clairement ce détachement, et nous plonge clairement dans le sujet de l'interprétation : le sexe solo, ça peut être super.

"J'imagine tous vos jolis visages
Ça me fout dans un drôle d'état"

Là, on entre dans le dur. La pratique de la masturbation est un moment où on laisse divaguer son imagination. Ici, c'est le "vous" qui est employé, il peut s'agir de n'importe qui, tant le fantasme est une pensée secrète et privée. L'emploi de "jolis" insiste sur la caractère attrayant de l'autre, il n'est pas choisi par hasard et répond à l'esthétique de ses fantasmes. Puis, d'une façon plus prosaïque, il évoque ce "drôle d'état" que l'on peut assimiler à la pulsion que provoque le fantasme, tout en restant assez vague. Clairement, l'imagination est à l'origine du changement d'état. Le "ça" et la tournure pronominale confirme que l'auteur est pris dans une pulsion qui prend le dessus sur lui. J'irais même jusqu'à rapprocher l'usage du mot "fout" au "foutre", qui correspond à une désignation un peu vieillie du sperme.

Je n'ai besoin de rien du tout
C'est entre moi et moi

J'aime particulièrement cette évocation. La première phrase reprend le plaisir solitaire absolu, et insiste à nouveau sur l'aspect égoïste de ce plaisir. La deuxième phrase, je trouve, est une belle formule qui résume la pratique de la masturbation : un plaisir solitaire entre moi et moi. Quand on y pense, on ne pourrait pas le résumer mieux que cela. Quels que soit le fantasme à ce moment et la manière dont on s'y prend, nous sommes seuls avec nous-même, à la fois le caressant et le caressé.

[Refrain]
Je vais, je viens, ça monte
Et je pense à vous

Le refrain est le moment où j'ai tiqué, car le choix des mots est quand même si étrange. Les trois premiers mots évoquent bien sûr les mouvements de la main, tandis que le dernier illustre la montée du pénis en érection. Remarquez comme les deux premières phrases utilisent "je", impliquant ici une fonction active, tandis que le "ça" peut être plus apprécié pour décrire une action plus passive, plus extérieure, sur laquelle on a moins de contrôle. Enfin, le fantasme accompagne toujours ce mouvement. De façon provocatrice, l'auteur rappelle que nous pourrions tout aussi bien être l'objet de son fantasme, et nous n'y pourrions rien.

Je n'ai besoin de rien
Que de mon six-coups

Encore le même motif que tout à l'heure, insistance sur la pratique d'un sexe solitaire. Il faut rappeler ici la gratuité du plaisir masturbatoire, un des rares plaisirs de la vie qui ne demande rien du tout. "Son six-coup", qui renvoie à un petit pistolet, jouerait sur une métaphore classique entre pénis et arme à feu. Le choix du six-coup corrobore d'autant plus par la taille et la charge relativement limitée et brève et on ne compte plus les expressions qui peuvent être reliés, comme "tirer un coup".

La vie, le feu, le sang
J'ai la main sur tout

Je suis l'idôle et le fanboy

On retrouve ici le jeu de double. La masturbation, c'est s'aimer soi-même. Mais le mot d’idole peut aussi renvoyer à la dimension religieuse : un culte païen, impur, de la même façon que la masturbation a pu être considéré comme un pêché par l'église, et le sexe de manière générale.

Y a pas un rôle qui ne m'aille
J'ai un truc pour les déguisements
Au fond de moi

Peut-être le passage le moins concluant sur ma théorie. Cependant, il peut aussi appuyer le lien du double. Rappelons aussi que la pratique de la masturbation peut, chez certains, regrouper aussi la volonté de porter des vêtements féminins ou différents, afin de renforcer le fantasme. Mais je m'égare.

J'ai la main sur les détails
Je choisis le rythme et les mouvements

Encore une fois, le motif de la "main". Les détails traduisent la précision du geste et la fragilité de l'objet qui s'y trouve. La masturbation peut demander précision. Mais surtout "rythme et mouvements" sont des aspects essentiels pour arriver au plaisir. Un plaisir d'autant plus facile qu'il est solitaire, qu'il est "choisis", ce qui est moins vrai du sexe en complicité avec un partenaire.

"Il y a dans mon geste une forme de poésie
Il y a dans mon geste comme un air de vendetta"

Ce passage pourrait évoquer un "geste" dans son sens concret. La masturbation, en tant que pratique sexuelle, peut être vue d'abord comme un "moment de grâce". Ici, cela peut vouloir réhabiliter cette pratique qui, souvent tabou et moquée, pourrait finalement être vue comme un plaisir pur et presque poétique. De l'autre côté, "l'air de vendetta" assume cependant le côté provocateur de cette pratique, qui s'oppose justement à la morale puritaine et aux concepts de la vie moderne. En d'autre terme, la masturbation est un moment hors du temps et de la vie sociale, et en cela, on peut lui conférer une valeur révolutionnaire.

Voilà, il fallait que ça sorte. Merci de vous être prêté à la lecture de cet exercice. Je suis vraiment désolé si je passe pour un fou ou un pervers. Dans tous les cas, on pourra tout de même se mettre d'accord sur une chose. S'il ne parle pas de masturbation au sens propre du terme, il semble concevoir son rapport à la création de la même façon. Son art est avant tout une forme de plaisir qui ne demande pas à être compris mais qui peut nous inclure sans que l'on en soit conscient, et qui lui permet d'atteindre un état de grâce, un état second, le tout grâce à une combinaison entre passion, sensation et mouvement libre.

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u/Disastrous-Scratch-7 — 3 days ago