J-P, le clodo de mon enfance...
On avait un parc dans le quartier où tous les habitants se rejoignaient en fin d'après-midi (oui, c'était avant internet) et y'avait le clodo du coin qui passait régulièrement pour demander une pièce...
Un jour, une des mamans lui a préparé un poulet rôti parce-que bon... la démarche et l'odeur du monsieur laissait penser qu'il préférait utiliser les pièces pour acheter de la piquette plutôt que de la nourriture...
D'habitude, bien que doté d'une démarche et d'une éloquence hasardeuses, il était très gentil avec tout le monde... mais alors là... quand la maman lui a donné le poulet ! Il lui a littéralement jeté dessus ! Et il s'est mis à hurler qu'il avait pas besoin de poulet ! Qu'il avait besoin de thunes pour acheter de la vinasse, et que s'il voulait du poulet, il demanderait du poulet et pas de la thune !
Ça a fini que les papas sont arrivés et le clodo a continué sa route hasardeuse...
Et 30 ans plus tard je me souviens de la maman tremblante... recouverte de jus de poulet... qui pleurait...
Non pas parcequ'elle venait de se faire jeter un poulet à la gueule par un clodo, mais de tristesse... la tristesse de la réalité que cette personne ne voulait pas de poulet. Il voulait une bouteille... rien d'autre...
J'ai appris plus tard que ce type (le clodo) avait été à une époque pdg d'une honnête entreprise qui a fait faillite...
Et pour noircir encore un peu plus ce que peut être la déchéance d'une personne en souffrance, on l'a retrouvé quelques années plus tard la tête cramée (oui oui, la tête emballée dans du papier journal auquel on a mis le feu... Le reste du corps intact) derrière un buisson de la gare routière...