u/JMBJym

L’appui à la souveraineté est similaire à l'époque préréférendaire. Sauf que...
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L’appui à la souveraineté est similaire à l'époque préréférendaire. Sauf que...

C’est une phrase que j’entends souvent depuis les dernières années, qui a même été évoquée par des dirigeants du Parti Québécois, dont Pierre St-Paul Plamondon, qui a notamment mentionné dans une entrevue à TVA Nouvelles :

>L’appui à la souveraineté « se retrouve quand même dans des eaux comparables » à celui observé en 1993-1994.

Aujourd’hui, si on se fie à Qc125, la tendance actuelle des sondages sur la souveraineté du Québec donnent généralement environ :

  • 30-35 % pour le OUI;
  • 60-65 % pour le NON;
  • 5-10 % pour les indécis/indécises.

Si on suit la logique du PQ et de PSPP, l’appui à la souveraineté devrait également se trouver entre 30% et 35% aujourd’hui. Je me suis donc intéressé directement aux résultats des sondages (que l’on peut trouver dans les archives Yale-Durand de l'UdeM). Voici différents résultats (provenant tous de la firme Léger, pour plus de consistance) entre 1990 et 1995 :

  • Février 1990 : % POUR : 58,5 ; % CONTRE : 26,7 ; % Répondants discrets : 15,0
  • Septembre 1990 : % POUR : 56 ; % CONTRE : 38 ; % Répondants discrets : 8
  • Février 1991 : % POUR : 58,0 ; % CONTRE : 28,4 ; % Répondants discrets : 13,6
  • Juin 1991 : % POUR : 55 ; % CONTRE : 33 ; % Répondants discrets : 12
  • Février 1992 : % POUR : 51 ; % CONTRE : 32 ; % Répondants discrets : 18
  • Août 1992 : % POUR : 57 ; % CONTRE : 32 ; % Répondants discrets : 11
  • Janvier 1993 : % POUR : 43 ; % CONTRE : 40 ; % Répondants discrets : 17
  • Juin 1993 : % POUR : 41,4 ; % CONTRE : 39,0 ; % Répondants discrets : 19,6
  • Octobre 1993 : % POUR : 42 ; % CONTRE : 38 ; % Répondants discrets : 20
  • Janvier 1994 : % POUR : 44 ; % CONTRE : 38 ; % Répondants discrets : 18
  • Juin 1994 : % POUR : 42 ; % CONTRE : 46 ; % Répondants discrets : 12
  • Septembre 1994 : % POUR : 36 ; % CONTRE : 49 ; % Répondants discrets : 15
  • Janvier 1995 : % POUR : 40,5 ; % CONTRE : 46,0 ; % Répondants discrets : 13,4
  • Juin 1995 : % POUR : 46,0 ; % CONTRE : 48,9 ; % Répondants discrets : 5,1
  • Octobre 1995 : % POUR : 46.8 ; % CONTRE : 41.4 ; % Répondants discrets : 11.8

Il y a donc plusieurs constats que l’on peut faire avec ces résultats :

A. Entre 1990 et 1992, le camp souverainiste était souvent très fort, où l’option du OUI se situait aux alentours de 55-60 %.

  • Plusieurs analystes avancent que l’option souverainiste était très élevée, surtout après l’échec de l’Accord du lac Meech.

B. Mais si on compare à l’ensemble de la période 1990-1995, ces chiffres racontent une autre histoire.

  • Le mouvement souverainiste était beaucoup plus fort structurellement qu’aujourd’hui (on peut aisément voir qu’il existait une longue période où le OUI dominait clairement).
  • Aujourd’hui, les sondages montrent généralement un OUI plutôt stable autour de 30-35 %, avec peu ou aucune phase récente où il aurait dépassé 40 % (contrairement à ce qu’on pouvait observer avant la campagne référendaire de 1995).

C. Sur une bonne partie de la période préréférendaire, on parle fréquemment d’un bassin d’environ 15-20 % d’électeurs ou d’électrices hésitants.

  • Aujourd’hui, les indécis et les indécises se situent aux alentours de 5-10 % (et c’est surtout ces personnes qui peuvent faire changer la balance d’un côté ou de l’autre).

D. Comme mentionné sur une autre publication sur Reddit :

>Les sondages d'aujourd'hui penchent plus vers le NON, par un écart assez marqué.

Alors, lorsque des personnes affirment que l’appui à la souveraineté est comparable à 1993-1994, celles-ci font généralement référence à une période précise où le mouvement souverainiste était plus faible, sans tenir compte de la dynamique globale de cette époque. Les comparaisons avec aujourd’hui demeurent donc assez superficielles, puisque les sondages actuels penchent généralement davantage vers le NON qu’avant 1995 (souvent par un écart plus marqué), tandis que la proportion d’indécis semble plus faible qu’à l’époque.

u/JMBJym — 4 days ago
▲ 496 r/Quebec

Le 2 mai 2011 (soit il y a 15 ans jour pour jour), le Nouveau Parti démocratique (NPD) devenait pour la première fois l'opposition officielle à Ottawa, causé notamment par ce qu'on appelait une "vague orange". Mené par Jack Layton, le NPD a remporté 59 des 75 sièges québécois, balayant le Bloc québécois (BQ).

J'avais 19 ans et c'était la première fois que je pouvais voter à une élection. Je me rappelle qu'il y avait également un sentiment d'espoir à faire élire le NPD au lieu des autres partis politiques. Mais pourquoi ce changement drastique, alors que le NPD n'était même pas censé remporter autant de sièges à quelques semaines de l'élection?

Jack Layton était perçu comme authentique, optimiste et proche des gens. Il projetait une énergie positive, un caractère sympathique et un style qui a plu à beaucoup de personnes. Je crois que c'est ça qui a séduit les électeurs et les électrices en général, surtout au Québec. Il faut dire qu'il semblait bien comprendre les préoccupations québécoises et a réussi à capter un désir de changement dans la population, qui était habitué à voter massivement pour le BQ depuis 1993.

Habituellement, j'ai l'impression que l'on vote pour le parti ou pour le chef qui est le "moins pire" de la gang. Mais pour ce qui est de Jack Layton, je crois que c'était le contraire. On votait surtout pour lui et pour ce qu'il représentait. Il y avait un espoir similaire à ce que Barack Obama avait apporté à l'élection américaine de 2008. Dans les deux cas, les gens n’avaient pas l’impression de voter « contre » quelqu’un, mais « pour » quelque chose.

Le NPD d'autrefois offrait une alternative crédible pour diriger le Canada, ce qui ne semble pas être le cas en ce moment. Ce parti semblait être capable d'aisément défendre les intérêts de la province et des francophones en général, sans appuyer le projet de souveraineté du Québec (alors que le BQ et Gilles Duceppe semblait encore trop rattaché à cette idée, ce qui a possiblement créé une déconnexion entre son parti et la population).

Étant natif du Québec lui-même, Jack Layton comprenait bien la tradition sociale-démocrate bien ancrée dans la province et savait que voter pour le NPD pouvait rallier les Canadiens progressistes de l'ensemble du pays. Beaucoup de jeunes électeurs, moins attaché aux clivages entre fédéralistes et souverainistes, qui voyait dans le NPD une alternative axée sur les enjeux sociaux et économiques de l'époque.

u/JMBJym — 20 days ago