
Attention au discours xénophobe !
Je suis tombé sur une [vidéo particulièrement choquante](https://x.com/DjilyGaye19/status/2088547415074701760?s=20) ce matin. La scène se déroule à Colobane, selon la personne qui la commente. On y voit hommes et femmes jeter à la rue les affaires appartenant, semble-t-il, à des personnes présentées comme « Haoussa ».
Si les faits sont bien ceux décrits dans la vidéo, cette scène est préoccupante. Elle peut être considérée comme la manifestation visible d’un discours de rejet et de stigmatisation qui s’exprime depuis plusieurs mois dans l’espace public. Mais surtout, elle doit nous interroger sur la banalisation de certains discours visant des communautés étrangères vivant au Sénégal.
Les ressortissants guinéens, comme d’autres communautés étrangères, sont régulièrement la cible de moqueries, de stéréotypes et parfois de propos ouvertement xénophobes. Et lorsque ces personnes dénoncent ces comportements, il arrive encore trop souvent qu’on les réduise à de simples « plaisanteries » ou qu’on leur réponde qu’elles n’ont qu’à « rentrer chez elles ».
Il faut pourtant être capable de distinguer deux choses.
Oui, le Sénégal doit s’attaquer sérieusement au problème de la mendicité, notamment lorsqu’elle implique des enfants. La question de leur exploitation, de leur protection et des réseaux qui peuvent être impliqués mérite une réponse ferme des pouvoirs publics. C’est un problème social, économique et parfois sécuritaire qui ne doit pas être minimisé.
Mais transformer ce problème en accusation contre une ethnie, une nationalité ou une communauté ne le résoudra absolument pas.
Les personnes que l’on voit dans cette vidéo ne doivent pas être considérées comme un problème simplement parce qu’elles seraient Haoussa, Guinéennes, Maliennes ou d’une autre nationalité. Leur origine ne dit rien de leur valeur, de leur dignité ou de leur comportement individuel. Et surtout, un problème de pauvreté, de mendicité ou d’exploitation ne devient pas un problème ethnique parce que certaines des personnes concernées appartiennent à une même communauté.
C’est précisément là que certains discours politiques doivent être déconstruits.
Concernant Tahirou Sarr, le Zemmour de Colobane, le problème n’est pas qu’il se définisse comme nationaliste. Chacun est libre de défendre une certaine conception du nationalisme. Le problème apparaît lorsque des difficultés réelles sont utilisées pour construire des amalgames entre immigration, pauvreté, mendicité, insécurité et appartenance nationale.
Ce type de discours fonctionne parce qu’il part parfois de problèmes qui existent réellement. Mais il leur apporte ensuite des explications simplistes : on désigne un groupe, on généralise à partir de certains cas et on transforme une question complexe en opposition entre « nous » et « eux ». C’est précisément ce raisonnement qu’il faut combattre.
Il ne suffit donc pas de dire que ce discours est dangereux. Il faut en démonter les arguments, vérifier les faits sur lesquels il repose et montrer les raccourcis qu’il emprunte. C’est beaucoup plus efficace que de simplement ridiculiser ceux qui y adhèrent.
Son élection lui confère aujourd’hui une légitimité politique et institutionnelle. Elle ne transforme cependant pas ses arguments en vérités et ne doit surtout pas nous empêcher de les examiner avec esprit critique.
Le Sénégal peut parfaitement défendre ses intérêts, contrôler ses frontières, lutter contre la mendicité des enfants et sanctionner les réseaux d’exploitation sans pour autant désigner des communautés entières comme responsables de ses problèmes.
C’est même précisément parce que ces problèmes sont réels qu’il faut refuser les fausses solutions qu’apporte la xénophobie.