Écrire depuis une chambre de psychiatrie : quand le tapuscrit devient un acte de désaliénation.
Bonjour à tous,
J'aimerais ouvrir une discussion avec vous sur le rapport à l'écriture brute, celle qui s'extrait des marges et refuse les codes classiques de la fiction ou de la romance de divertissement.
Mon projet actuel, L'Impératif du Sous-sol, est né dans l'urgence des murs blancs. C’est au détour d’un couloir de psychiatrie, en observant un tableau blanc institutionnel, que j'ai vu cette activité : écriture. Ça a été le point de départ d'un périple de plusieurs années, entre pulsions destructrices et éclairs de clairvoyance. Au début, il a fallu expulser les pensées, les dégueuler littéralement sur le papier, avant de trouver un rythme, une cadence.
Le point de non-retour s'est produit le jour où j'ai vu des larmes couler sur les joues d'une professionnelle pourtant formée à ne rien laisser transparaître. C'est là que j'ai compris la puissance de l'écriture balistique. La douleur n'était plus un poids mort subi : elle devenait une force capable de fracturer l'armure de l'insouciance.
Mon corps est peut-être confiné, soumis à la chimie, mais ce texte est ma fin de l'aliénation. Les institutions possèdent peut-être les murs, mais elles n'ont plus le contrôle du récit. J'aborde cette plume non pas pour plaire, mais pour disséquer la mécanique de la domination (en écho à des relectures de Schopenhauer ou Camus) et laisser un legs sincère pour protéger l'enfance.
Comment gérez-vous, de votre côté, ce moment de bascule où le texte cesse d'être un exutoire personnel pour devenir un objet autonome, presque un projectile destiné aux autres ? Est-ce que certains d'entre vous travaillent aussi sur cette écriture de la rupture ?
Au plaisir d'échanger avec vous.