Bad Feeling
Mon amie m'a dit "j'ai un bad feeling".
Il faut savoir que ma voisine et moi habitons dans des appartements reculés du centre ville, près d'une forêt. On avait pour habitude de sortir le soir, lorsque nos parents n'étaient pas là, pour se balader plus près du centre ville. Ce soir-là, nos parents sont partis voir un concert au bord de la plage. Comme d'habitude on est sorties dehors en prévenant mon petit frère qu'on partait faire un tour.
Un peu après avoir dépassé le parking de notre résidence, ma voisine se tourne vers moi, un peu hésitante. Elle me dit "meuf j'ai un bad feeling là". Elle me dit ensuite que ça la rassurerait qu'on évite d'aller au stade ( là où on avait l'habitude de traîner quand on sortait ). Etant donné qu'elle et moi on croit à ce genre d'intuitions, on a décidé de se balader en évitant d'aller au stade.
Sur notre chemin, quand on a dû passer par la forêt, on a entendu plusieurs fois des petits mouvements dans des buissons. Mais sur le coup ça ne nous a pas trop alerté, justement on en rigolait parce qu'on se trouvait un peu paranoïaques à cause de ce fameux "bad feeling" . On a quand même décidé d'allumer le flash de nos téléphones pour mieux y voir.
On s'avançait petit à petit vers le centre ville donc l'environnement nous rassurait un peu plus. On a continué à marcher dans un lotissement jusqu'à croiser une Clio blanche au loin. Moi et ma voisine nous sommes cachées au cas où ça serait nos parents. La voiture a tourné vers le parking d'un lotissement donc on est sorties de notre cachette. Lorsqu'on a recommencé à marcher la voiture a fait demi-tour et s'est arrêtée à seulement quelques mètres de nous. Deux personnes en sont sorties ( une femme et un homme qui, dans la nuit, paraissaient agés ). La femme a plus particulièrement retenu notre attention, elle était visiblement très énervée et criait contre l'homme qui avait l'air de chercher partout quelque chose sur la route. A un moment elle a hurlé "mais comment les enfants vont pouvoir rentrer avec tout ce bordel !" Ce qui nous a alarmé puisqu'il était une heure du matin, et que personne ne viendrait récupérer plusieurs enfants aussi tard, surtout ici.
Là, la femme a commencé à entrer dans une colère noire. Elle fouillait partout dans la Clio, puis a jeté un carton au sol et l'a frappé pendant plusieurs minutes. C'est difficile à décrire mais elle se défoulait dessus avec une grande violence. Ma voisine et moi, qui étions restées plantées devant la scène, avons donc décidé de faire demi-tour.
Pour nous c'était la goutte de trop, le signe de trop, celui qui nous indiquait qu'il ne fallait vraiment pas qu'on sorte ce soir. On est rentrées presque en courant, sur le chemin du retour on entendait encore la femme crier et taper contre quelque chose qui, à notre avis, était la portière de sa voiture. Pendant qu'on rentrait ma voisine et moi avons essayé de rationaliser, mais on restait quand même terrifiées. La colère de cette femme est très dure a décrire, mais sur le moment ça nous avait glacé le sang à toutes les deux.
Quand on est rentrées chez nous on est parties voir mon petit frère, il nous a dit qu'il avait reçu un message de mon père qui nous informait qu'il allait rentrer d'ici cinq minutes. Ma voisine et moi on s'est directement regardées. À ce moment-là, on a compris toutes les deux que si on avait continué, nos parents seraient rentrés et se seraient rendus compte qu'on n'était pas là.
Aujourd'hui on continue de croire que ce mauvais pressentiment et toutes les choses qui nous ont ralenti sur le chemin étaient des signes qui nous poussaient à rentrer. Et on ne peut s'empêcher de penser qu'il nous serait possiblement arrivé quelque chose de grave si on avait décidé de quand même continuer. En tout cas depuis ce jour on s'est promis de toujours écouter notre instinct, et de ne jamais hésiter à dire quand on a ce "bad feeling", quitte à ce qu'on loupe une soirée.