Pornhub a-t-il détruit notre perception de l’érotisme ?
J’ai l’impression qu’aujourd’hui, dès qu’on parle de sexualité, il n’existe plus que deux extrêmes : soit le “fondu au noir” ultra aseptisé où deux personnages s’embrassent puis… plus rien, soit la pornographie hardcore façon Pornhub où les corps deviennent des objets mécaniques.
Mais entre les deux, on a perdu quelque chose d’immense : l’érotisme.
- La sensualité, c’est le frisson, le souffle, la tension, l’atmosphère.
- L’érotisme, lui, parle du désir incarné. Des corps qui se découvrent, de la montée de l’excitation, de l’anticipation, du rythme, des réactions physiques et émotionnelles.
- La pornographie, elle, est généralement beaucoup plus explicite et centrée directement sur l’acte sexuel.
Pourquoi tout est mélangé maintenant ? Pourquoi le moindre préliminaire un peu concret est immédiatement considéré comme “porno”, alors qu’à côté on banalise des contenus ultra hardcore accessibles à des gamins de douze ans ?
Je suis la seule à avoir l’impression qu’on ne sait plus écrire le désir ? Qu’on oscille uniquement entre une fausse sensualité ultra vague où personne ne touche réellement personne, et de la consommation de corps déshumanisée et performance sexuelle absurde ?
La langue française est pourtant incroyablement riche pour parler du désir sans tomber ni dans la censure pudibonde, ni dans la mécanique pornographique brute.
J’ai parfois l’impression que plus personne ne sait écrire ou même reconnaître l’érotisme. Alors dites-moi : où est-il passé ?
Et avant qu’on me parle du “smut” : je ne critique ni les scènes explicites ni le porno littéraire. Ce n’est pas le sujet.
Ce qui me frappe, c’est qu’aujourd’hui énormément de contenus dits “érotiques” relèvent surtout d’une pornographie romantisée. L’érotisme, ce n’est pas juste une scène de sexe avec trois métaphores et une playlist TikTok.
L’érotisme travaille le désir, l’anticipation, le rythme, la frustration, le corps et la psychologie. Il donne du poids à l’intimité dans la relation, au lieu de simplement “consommer” une scène sexuelle.
Et j’ai l’impression qu’on perd de plus en plus cette différence.