RQTH et travail
Bonjour à tous,
C'est mon deuxième post sur le sub, car j'ai besoin de décharger. Je suis en quête d'un diagnostic TSA - j'ai déjà passé un bilan avec une neuropsychologue qui va dans ce sens +++, et j'ai beaucoup d'aspects de mon parcours qui matchent avec des traits autistiques et un masking probable à partir de mes années lycée -, et évidemment le souci pour obtenir le diagnostic c'est le manque de psychiatres : on m'en a recommandé 5, dont 3 sur Paris, aucun ne prend les nouveaux patients, et le psychiatre qui me suit n'est pas compétent pour établir le diagnostic de son aveu. Bref.
J'ai 31 ans et ça fait 3 ans que je travaille dans un établissement du service public en tant que secrétaire, à temps plein. J'ai été titularisée il y a un an, sauf que ça fait aussi près d'un an que je sens un épuisement progressif pour lequel j'ai fait énormément d'efforts de mon côté : j'ai allégé les interactions sociales de ma sphère personnelle au maximum, j'ai arrêté de faire les courses en magasin et me suis fait livrer, parfois j'ai négligé des choses comme le ménage pour préserver mon efficacité au travail. Basiquement mes soirées après le taff c'était repas à réchauffer, puis scroll infini sur tiktok pour tenter de décompresser puis dodo, et me réveiller avec une énergie toujours en déficit.
En 2019 j'ai obtenu une RQTH, à l'époque j'étais suivi pour "troubles thymiques" par un CMP sauf que je ne me reconnaissais pas vraiment dans des étiquettes comme bipolaire ou borderline, et que le principal souci qui a motivé mon suivi était ma grande fatigabilité au travail.
Cette RQTH je n'en ai parlé qu'une fois, ce qui m'a valu d'être prise de haut par ma responsable de l'époque qui m'a fait entendre que si elle avait su d'emblée, elle ne m'aurait pas recrutée. Je l'ai donc cachée, jusqu'à maintenant où la nécessité de faire valoir des aménagements devenait inévitable. Sauf que je ne me sentais pas légitime, car pas de diagnostic.
Il y a maintenant 3 mois j'ai contacté la psychologue du travail de ma structure, afin d'avoir des conseils sur comment aborder les choses avec ma responsable, mon directeur. Et entre temps... Un soir, j'ai senti que je ne pourrai plus retourner travailler le lendemain, alors je me suis arrêtée.
Ça a duré 2 mois et demi, et ces deux mois ont été hyper éprouvants : j'ai dû parler de ma situation à la psychologue du travail, qui m'a parlé de la possibilité de mi temps thérapeutique mais a aussi eu une approche assez violente vis à vis de moi ("quoi ? Parler de votre RQTH à la médecine du travail ? Mais pourquoi ne pas en avoir parlé à votre responsable, vous allez droit au conflit là" "mais là les difficultés dans votre travail, vous le saviez depuis le début, pourquoi vous êtes restée ? Pourquoi vous avez accepté la titularisation ?") J'ai fait un shutdown devant elle tellement le moment était intense.
Ensuite, ça a été deux mois et demi de flou où personne n'a été capable de m'expliquer clairement les règles de mise en place du mi temps thérapeutique, avec des instructions qui changeaient entre deux questions au même interlocuteur. J'ai senti que les démarches reposaient sur mes épaules et que personne n'était vraiment là pour m'aiguiller, même si la psychologue savait que j'étais en cours de diagnostic TSA et que de ses propres observations "C'est dur pour vous quand le cadre n'est pas clair" 🤡
La dernière étape avant ma reprise était une confrontation entre l'équipe de la médecine du travail (ergonome, psychologue du travail, infirmière) et ma responsable, afin qu'elle voit dans quelle condition je pouvais reprendre à mi temps. J'ai vécu à nouveau cet épisode comme une violence, telle que mon corps en a été tremblant pendant 3 jours après ça.
Le jour J, j'apprends que ma responsable sera là avec mon directeur, ce qui ne m'a pas été annoncé en amont (j'ai beaucoup de mal avec les imprévus et j'ai besoin de me préparer à qui il y aura autour de la table). Il était également convenu avec l'équipe de la médecine du travail que c'est eux qui allaient prendre le lead de la réunion au départ, puis me laisser la parole. Sur place, on m'invite à me dire pourquoi on est là et à démarrer la réunion.
Évidemment, des remarques de mon directeur et ma responsable immédiatement comme "Mais enfin, pourquoi ne pas en avoir parlé avant ?"
Je sais pas, le fait que le monde du travail soit globalement validiste, le fait que généralement la différence ne soit suffisamment prise au sérieux que quand un diagnostic est établi par une autorité quelconque ?
Quand vient la question des aménagements (en gros, je demandais l'autorisation d'avoir une salle pouvant me servir de salle de pause le midi pour manger seule sans avoir à socialiser ainsi que pour prendre quelques pauses quand je me sentais en surcharge, ainsi que l'autorisation de porte un casque anti bruit si besoin, des échanges privilégiés par écrit plutôt qu'à l'oral), mon directeur répond d'emblée par la négative. "Non, on est déjà en manque de salle, c'est pas possible, c'est non", "non, je peux pas forcer des dizaines d'agents à échanger que par mail" Ma tête me renvoie à la question plus haut, et je me dis "peut-être que c'est pour cette raison que je n'en ai pas parlé plus tôt ?"
Finalement, il a réfléchi à quelques possibilités d'aménagement notamment pour la salle que je demandais, mais j'ai senti que le terrain était obtu pour obtenir notamment un jour de télétravail, ce qui n'est pas permis à mon service sans que je m'explique la nécessité pour nous quatre agents d'être en permanence sur site malgré le faible taux d'accueil journalier qu'on peut observer.
J'ai essuyé des remarques de ma responsable au sujet de ma difficulté à socialiser ou ma sensibilité au bruit telles que "ah bah j'ai rien observé de tout ça moi", et je me suis sentie dans une sorte de procès où il fallait non seulement que je justifie de la façon dont je ressentais les choses à des personnes qui ne connaissent que la neuroatypie que dans ses grandes lignes et en plus que je désamorce mon employeur venu plaider sa défense d'avoir fait ce qu'il fallait pour moi (alors que de mon côté il n'y avait aucune accusation, juste l'expression de besoins.)
On a essayé de jauger mon adéquation avec le travail que je faisais aussi, en me demandant comment je me sentais au sein de l'équipe, en se questionnant s'il fallait toujours me confier x tâche au regard de ce que je venais de dire voire en me gaslightant au sujet de tâches que j'aurais "demandé" à prendre en charge (dans les faits elles m'ont été confiées par une collègue qui voulait s'en défosser à mon arrivée il y a 3 ans, je n'ai jamais poussé pour obtenir telle tâche)
Au milieu de ça, la psychologue a lâché une bombe que je n'ai même pas relevé parce que mon énergie était déjà vidée, mais elle lance à ma responsable "heureusement qu'un travail de fond a été fait avec Mme, parce qu'à la base elle ne souhaitait même pas vous en parler !" (1. J'ai vu cette dame deux fois 2. Je venais la voir pour conseil pour justement en parler.)
À la toute fin, mon directeur me lance "oh bah ça va, c'est des tout petits aménagements de rien que vous demandez !" ce qui m'a laissé un rire jaune car en effet, ça n'était pas grand chose, et malgré ça ça m'a semblé être une longue négociation et des refus pour ce qui me semblait être un petit effort en mon sens de la part de mon travail, juste repenser la façon d'interagir avec moi. Il m'a semblé avoir compris que les adaptations devraient encore et toujours venir de moi, et qu'on ne concéderait pas un petit pas vers moi pour me soulager.
Bref, je me suis sentie jaugée, qu'on voulait parler à ma place, que le but n'était pas vraiment de comprendre et d'ajuster mais de protéger l'institution, la hiérarchie et les codes. Je dois reprendre le travail demain, à mi temps, mais j'ai passé les 4 derniers jours la boule au ventre et ça n'avait même pas de lien avec le stress de la reprise. J'ai juste peur qu'on exige de moi que je sois à nouveau performante, pas dans mon travail car il est toujours impeccable, mais socialement parlant, ce à quoi moi je n'arrive plus à me résoudre.
Le post est long, désolée pour ça. J'avais besoin d'écrire quelque part ce que j'ai vécu pour décharger. N'hésitez pas si vous avez des conseils, ou des expériences similaires à partager, ça m'aide beaucoup.
J'essayerai de repasser donner des news de comment ça se passe pour moi la reprise, mais j'avoue être terrifiée et je me sens prise au piège.