Echecs
J’ai peur pour l’avenir.
Tous mes emplois étudiants se sont toujours très mal passés et mal fini. J’ai toujours des moments de trop plein et je finis par pleurer dans les toilettes au milieu de mes heures de travail. Il n’y a pas de raison particulière, juste une sensation de “trop plein”.
J’ai beaucoup de mal à comprendre ce qu’on attend de moi, j’ai toujours beaucoup trop de questions et aucune autonomie. On me le fait sentir d’ailleurs, les gens s’agacent ou semblent fatigués que je pose des questions apparemment évidentes, que ce soit mes supérieurs ou mes collègues au même niveau. J’essaye au maximum de faire les tâches ingrates et répétitives pour ne pas être un poids mais même là ça coince, je n’arrive pas à avancer dès que j’ai besoin d’un détail ça me “bloque psychologiquement”. Je n’arrive pas à réfléchir par moi-même.
Aussi je sais que mes collègues ne m’apprécient pas en général. Parfois ils me le disent. Je crois qu’ils n’apprécient pas ma façon de communiquer. Ils me trouvent trop froide ou hautaine. Pourtant je n’ai que les meilleures intentions et la meilleure volonté du monde. Mais bizarrement ce n’est pas ce qu’ils lisent en moi. Je peux le comprendre je fais beaucoup de gaffes. Parfois quand on me parle j’oublie de répondre et c’est que lorsque je vois le visage agacé de la personne ne face que je réalise mon erreur. Ça me semble facile à corriger, et je vais au travail chaque jour en me disant que je ne vais pas répéter les mêmes erreurs, que je vais faire beaucoup mieux mais chaque jour tous mes espoirs s’effondrent car je commets à nouveau les mêmes erreurs sans m’en rendre compte. Je crois que je suis très nulle pour comprendre les gens, et je ne sais pas comment apprendre.
Je trouve que je fais des efforts car je vais en dehors de ma zone de confort, je ne m’arrête pas à mes échecs, j’essaie de nouveau. Et comme je l’ai dit je vais chaque jour au travail avec la plus sincère et forte volonté de m’améliorer mais je suis forcée de reconnaître que toutes ces tentatives ont résulté en de gros échecs.
L’espoir aujourd’hui laisse place à beaucoup d’inquiétude car je comprends à mesure que j’échoue que le problème vient entièrement de moi et que je n’arrive pas à le résoudre. J’ai peur que ce soit ça toute ma vie honnêtement. J’ai peur d’avoir vraiment un problème mental, d’être sincèrement plus bête que la moyenne.
Je dois préciser que ce n’est pas comme ça uniquement au travail et que je n’ai par exemple pas d’amis, absolument aucun. J’ai toujours été à l’écart et j’ai toujours eu du mal à communiquer ou supporter certains environnements. Mais je ne m’étais jamais posé la question de si j’avais une déficience mentale car j’étais très bonne à l’école sans effort et que je croyais à tort que ça me garantissait que je n’étais pas bête que ça irait pour moi dans le futur. Finalement ça ne garantit rien.
C’est un problème central dans ma vie car j’ai déjà fait une tentative de suicide à cause de ça. C’est dur d’avoir l’impression de ne pas être comprise, et de ne rien comprendre au fonctionnement du monde qui m’entoure. Surtout que ce sentiment persiste depuis l’enfance, un peu comme si j’étais née avec ce malêtre et cette tristesse. Sauf qu’en grandissant ces comportements qu’on acceptait chez une enfant ne sont plus tolérés chez une adulte. Je n’avais pas vu venir ce changement honnêtement. Le mutisme devient une impolitesse. L’insolence devient de l’impulsivité. L’enfant avec beaucoup d’imagination devient une adulte distraite. L’enfant qui arrachait ses dessins à la moindre rature devient une adulte que le perfectionnisme empêche d’agir. L’enfant qui agaçait sa maîtresse avec ses milles questions devient l’employée sans autonomie. L’enfant qui cherchait des stratagèmes pour esquiver la récréation devient l’adulte qui doit se cacher dans les toilettes pour pleurer au milieu de ses heures de boulot.
Je suis toujours prête à faire des efforts bien sûr mais je ne sais plus sur quoi les diriger qui n’a pas déjà échoué et je ne sais pas combien de temps je serai encore prête à en faire avant d’en avoir marre de nouveau et me résoudre.