u/ChogathBraumOTP

▲ 2 r/Poesie

Mouillage

Après des mois de vent rageur et de sel qui cingle, le navire s’abandonne enfin vers une anse accueillante. L’eau y devient plus douce, presque complice, chargée d’effluves capiteux où se mêlent bois précieux, épices lointaines et peau féminine chauffée par le jour.

On y pénètre avec une lenteur savante, coque glissant contre des courbes tièdes et humides qui s’écartent juste assez pour laisser passer le désir tendu. Les amarres se nouent dans un soupir rauque, tandis que la vague lèche les parois offertes, y laissant une trace brillante et salée.

Le premier contact a le goût profond d’une bouche qui s’entrouvre après l’attente : légèrement âcre, sucré par le fruit mûr, imprégné de cette moiteur intime qui monte du fond des cales secrètes. On y boit longuement, comme on respire une nuque penchée, un creux de gorge, un ventre qui palpite.

Chaque havre possède son propre bouquet : l’une exhale un musc lourd et vanillé qui enivre dès l’approche, l’autre libère des notes vertes et marines, fraîches comme une conque ouverte au soleil, une troisième distille un parfum poivré, presque animal, qui s’accroche à la peau et réveille les sens les plus enfouis.

On s’y enfonce avec délice, explorant les ruelles étroites et brûlantes où la nuit elle-même semble suer le plaisir. Les lanternes tremblent sur des chairs mouvantes, la marée monte en vagues lentes et insistantes, inondant tout d’une langueur humide et insatiable.

Au moment du départ, le corps emporte encore la trace : ce sel sur les lèvres, cette moiteur tenace sur les doigts, ce parfum incrusté dans la mémoire par les sens. Prêt pour le prochain retour, toujours plus avide de ces rives qui savent retenir sans jamais enfermer.

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u/ChogathBraumOTP — 17 hours ago
▲ 14 r/Poesie

L'Océan Intérieur

Homme, miroir mouvant de l'abîme sans fond,
Tu te penches au bord de tes propres tempêtes,
Où la mer, sœur farouche aux cheveux de sel blond,
Déroule ses secrets comme on déroule un poème.

Tes vagues sont mes veines, tes marées mon sang,
Tes écueils mes remords, tes calmes mes prières.
Nous luttons côte à côte, éternels combattants,
Toi l'immense, moi l'infime, ô frères de colère.

J'ai vu, comme Rimbaud, le bateau ivre danser
Sur les dos des dragons d'écume phosphorescente,
Où le soleil mourant teinte d'or ensanglanté
Les horizons qui saignent d'une lumière ardente.

Mallarmé y cherchait l'azur fuyant, l'évasion,
Hugo y pleurait les noyés aux noms effacés,
Valéry y posait son regard de méditation
Sur le toit tranquille où midi brûle le passé.

Mais moi, je viens à toi sans voile et sans ancre,
Nu comme un albatros jeté sur le pont du monde.
Mes ailes de géant traînent dans l'encre
De tes profondeurs, où tout commence et tout se noie.

Océan, ô matrice des rêves et des morts,
Tu berces les conquistadors et les âmes perdues,
Tu gardes dans tes flancs les trésors et les torts,
Et tu chantes, rauque, la berceuse des déçus.

Quand le vent se lève et que l'écume explose,
Je sens en moi la houle qui brise mes murailles.
Alors je m'abandonne à ta danse grandiose,
Et je deviens, un instant, l'éternité qui saille.

Car la mer n'est pas hors de nous, elle est en nous,
Vaste, amère, infinie, terrible et maternelle.
Elle nous appelle, elle nous tue, elle nous sauve,
Et dans son sein salé, l'âme enfin se révèle.

Que tes lames me lavent de toute illusion,
Que tes profondeurs m'enseignent le dernier des silence.
Et quand viendra le jour de la grande union,
Que je sombre en toi, libre, comme une évidence.

Mer, je suis tien.

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u/ChogathBraumOTP — 17 hours ago