u/Hot-Contribution1405

▲ 44 r/AskMec

Avez-vous déjà vécu des violences conjugales ?

Les violences conjugales vécues du point de vue des hommes sont largement taboues dans notre société. Le ressenti des hommes est rarement évoqué. On est bien d’accord, ils ont en majorité le rôle d’agresseur. Soutien total aux femmes qui subissent des violences. Mais parfois, les hommes sont victimes. Parfois les responsabilités sont floues et mélangées. J’aimerais ouvrir un espace de discussion concernant ces cas. Avez-vous vécu des violences conjugales ? Libérons la parole, partageons nos vécus, entraidons-nous. Je souhaite lire vos témoignages.  

Je vais commencer par le mien. C’est la première fois que j’en parle. J’aurais préféré échanger avec mes proches, mes amis, ma famille. Mais je ne l’ai jamais fait. Pourquoi ? Par peur d’être catalogué injustement comme étant un homme violent. Vous savez, celui qu’on évoque parfois au cours de discussion entre amis. Le copain de la cousine de machin qui est abusif, qui a même déjà levé la main sur elle. Un monstre, probablement. 

Les événements se sont déroulés il y a 1 an, mais le traumatisme est toujours là, gluant et collant. Pas de possibilité de parole libératrice. Quand j’aurais de l’argent j’me paierai une psychothérapie. En attendant, vive les forums de discussion. 

Mon ex et moi (32M), on rentre de soirée éméché. Un truc sans réelle gravité provoque une dispute. En temps normal, on aurait solutionné le problème par une discussion tranquille. Mais voilà, ça fait des mois que la relation se délite. Les désaccords ne trouvent plus de dénouement. L’un comme l’autre ne cède plus de terrain. On intériorise, et puis ça sort d’un coup. Ce soir là, on est bourré et ça n’arrange pas les choses. Moi quand les discussions s’échauffent, j’ai tendance à dire des choses que je regrette le lendemain. Alors j’ai appris à éviter d’arriver à ce stade de perte de contrôle de mes émotions. 

Le truc c’est que ma mère était abusive. J’ai grandi au rythme de ses accès de colère. Quand elle hurle des insultes à l’enfant que t’es, le visage rouge de colère, les veines de son cou dilatées, les yeux exorbités, ben ça fait drôle. Et puis quand c’est chaque semaine, ça fait mal. Mon père était sa principale cible. Il s’écrasait toujours. Sinon il prenait encore plus chers. Un jour, c’était trop. Les bruits m’ont fait sortir de ma chambre en catastrophe. Il avait répondu, la dispute avait dégénéré. Ils s’étranglaient mutuellement sur le canapé dans une violence que je n’avais jamais vu. Je les ai séparé difficilement, avec la force d’un ado de 15 ans. Mon père a couru vers le balcon pour se défenestrer. Je me suis précipité derrière lui, j’ai réussi à l’enlacer pour l’en empêcher alors qu’il enjambait la balustrade. 

Quand t’as vécu ce genre de traumatisme enfant, t’as une intensité en toi. Un feu bouillant. J’ai développé des stratégies pour le canaliser. Quand le ton monte, quand la discussion n’avance à rien mais tourne à la provocation, quand je sens que je commence à perdre le contrôle de mes émotions, alors je prends la fuite. Je préfère laisser le soufflet retomber et reprendre une conversation constructive à froid. Je lui ai expliqué, à mon ex. Je lui ai dit que j’avais besoin d’espace dans ces moments-là. 

Ce fameux soir, alors que la dispute s’envenime, je lui demande de quitter ma chambre (on avait décidé de faire chambre à part pour prendre de la distance et réfléchir à notre relation). Elle refuse, s’emporte encore davantage, se rapproche de moi. Je me lève pour quitter la pièce. Elle me pousse violemment contre le mur de ses deux mains. Elle me pousse violemment. Ce sera la seule et unique violence physique qui arrivera entre nous. Choqué, je sors de la pièce. L’assaut verbal continu. Je suis comme une bête acculée. Je perds le contrôle. Ma colère s’élève à un seuil jamais atteint. Pour la première fois, ça se traduit par de la violence matérielle. J’explose deux chaises contre le mur. 

Réveillé par le bruit, le voisin hurle qu’il appelle la police. Dans ma tête tout se bouscule. C’est trop. Je quitte l’appartement, je sors dans la nuit. Est-ce que je suis coupable ? Est-ce que j’ai franchi la ligne rouge de la violence conjugale ? Je suis devenu un agresseur ? Je marche des heures, je sanglote. Je ne sais pas qui appeler. Personne, j’ai trop honte. Ma cervelle imbibée d’alcool disjoncte. Ça y est, ma vie a basculé. Un avant, un après. La police va m’attendre à mon retour, je vais obtenir le label de monstre. La mort sociale m’attend. 

Finalement, il se passera rien de tout ça. On se quitte après cette dispute. Je n’ai jamais osé revoir ses amis (qui étaient les miens aussi), parce que je me doute qu’elle leur a raconté sa version des faits. J’ai trop honte. Pourtant c’est elle qui m’a agressé physiquement ? J’sais pas qui désigner comme coupable. Toujours est-il que ce sentiment d’avoir franchi une ligne rouge me colle. J’ai perdu beaucoup d’estime pour moi même. Je me suis dégoûté d'avoir perdu le contrôle ainsi. Je me suis rappelé ma mère. Parfois je revis la détresse de cette nuit, cette réalisation que je vais me faire livrer au jugement d’autrui, et qu’il va forcément me désigner comme le monstre, que je ne pourrais jamais me défendre ou racheter le statut social perdu. Bref, j’ai pris la décision de me faire aider par un professionnel pour mieux gérer ma colère. Mais j’ai cette peur que ça ne suffise pas et que les digues cèdent de nouveau un jour. De son côté à elle, je ne pense pas qu’il y ait toute cette remise en question. J’imagine que dans son narratif, elle n’a rien fait de mal.

reddit.com
u/Hot-Contribution1405 — 3 days ago