Pourquoi est-il si difficile de parler sérieusement de la mort et de ce qui l’entoure ?
C’est une vraie question que je me pose depuis longtemps.
J’ai été confronté assez jeune à la mort, notamment avec le décès de mes grands-parents maternels. Ma mère m’a ensuite raconté certains éléments de la fin de vie de ma grand-mère : le tunnel de lumière vécu lors d’un arrêt cardiaque, puis le sentiment qu’elle avait attendu l’arrivée de ma mère avant de s’éteindre.
Je ne suis ni religieux ni particulièrement spirituel. En revanche, je travaille dans le milieu médical et je constate que les récits liés aux expériences de mort imminente, aux visions de fin de vie ou à la lucidité terminale sont loin d’être rares.
Pourtant, dès qu’on aborde le sujet, la réponse tombe presque systématiquement : « C’est le cerveau », « Ce sont les médicaments », « Ce sont des hallucinations ».
Sauf que « c’est le cerveau » n’est pas une explication. C’est une affirmation utilisée pour mettre fin à la discussion.
Dire que le cerveau produit nécessairement ces phénomènes sans expliquer précisément comment, ni pourquoi certains récits présentent autant de points communs, n’est pas plus rigoureux que d’affirmer directement qu’une vie après la mort existe.
J’ai notamment rencontré un homme de 92 ans, ancien sportif de haut niveau, ayant survécu à trois morts cliniques. Il m’a raconté le tunnel, l’être de lumière et une expérience extrêmement structurée. Son témoignage ne constitue peut-être pas une preuve absolue, mais le balayer d’un simple « son cerveau a halluciné » ne constitue pas davantage une démonstration.
Même chose pour la lucidité terminale. Des personnes atteintes de troubles cognitifs lourds retrouvent parfois une clarté étonnante peu avant leur mort. Le personnel soignant connaît ce phénomène, mais les familles ne sont quasiment jamais prévenues.
Les visions de fin de vie sont également bien connues dans les EHPAD et les services de soins palliatifs. Des patients parlent calmement à des proches décédés, décrivent des présences et semblent vivre quelque chose de parfaitement réel pour eux. Les soignants y sont habitués, mais en dehors de ces milieux, personne n’en parle.
C’est ce silence qui m’interroge.
Ces phénomènes existent, sont rapportés régulièrement et font l’objet de recherches. Pourtant, notre société préfère les minimiser plutôt que reconnaître qu’ils remettent en question certaines certitudes sur la conscience et la mort.
La science consiste aussi à accepter que nous ne savons pas tout. Répondre automatiquement « c’est le cerveau » n’est pas une preuve de rationalité. C’est parfois simplement une manière confortable d’éviter un sujet dérangeant.
Pourquoi est-il si difficile d’en parler sans être immédiatement catalogué comme croyant, illuminé ou antiscientifique ?
Et pourquoi l’hypothèse du cerveau est-elle si souvent présentée comme un fait établi, alors qu’elle ne suffit pas à expliquer tout ce qui est observé et rapporté ?