u/KoresAuCalame

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u/KoresAuCalame — 12 days ago
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Avis récit

Bonjour, j’ai écrit un court récit. J’aimerais un avis dessus. Bonne lecture !

Les grelots :

Les portes s’ouvrent. J’avance dans la pièce, et les grelots de mon bonnet retentissent. Mes pas ralentissent… Mes pas ralentissent…
_Avance ! ordonne l’un des gardes.
Le visage rouge, je m’ajuste à l’allure des gardes.
_Arrête-toi ! s’exclame-t-il avant de s’écarter.
Puis, une voix résonne dans toute la salle. Elle descend de si haut qu’elle nous parvient en écho :
_T’ai-je ordonné de rentrer ?
Le garde sursaute, et répond une fraction de seconde plus tard :
_J’ai… Sire, j’ai vu les conseillers partir.
Le roi acquiesce. Le silence gagne la pièce. Je m’exclame alors- Le roi se tourne vers Lahir… et Lahir se tourne vers le garde. Je ferme mes yeux. J’entends des pas… quatre… non six gardes… un hurlement… du fer qui frotte du fer… plus de bruit… plus de bruit… une armure qui racle le sol… et des portes qui se ferment.
Je réouvre mes yeux. À ma droite, les courtisans me scrutent. À ma gauche, les évêques me scrutent. Au-dessus,… je ne sais pas. Ma tête refuse de se lever. Je sens par-dessus mon bonnet à grelots l’Europe toute suspendue.

Le silence gagne la pièce, c’est le moment. Je courbe mon dos, je froisse mon nez, et j’adresse au roi :
_Sire, je… j’ai vu les conseillers partir !
Quelques gardes soufflent du nez.
_Sire ! Je n’y suis pour rien… Les conseillers m’ont envoûté ! dis-je en me roulant par terre.
Les évêques rougissent. Leurs bouches sont au bord d’exploser. Le roi s’exclame :
_Que puis-je faire pour toi cher malheureux ?
_un… sou… de… haïr.
Le roi fronce les sourcils. Lahir hurle :
_Plus fort ! Que le roi t’entende !
_un…
_Par Dieu ! Un quoi ?
_Un bisou de Lahir.
Le garde écarquille les yeux. Il pâlit, jusqu’à perdre la rougeur de ses joues. Les courtisans le fixent. Les évêques le fixent. Une bouche explose. Ses yeux se ferment. Un torrent de rire déferle dans la pièce. Je n’entends même plus mes grelots. Tous perdent leur souffle, hormis un courtisan qui bafoue : « Je… comprends… pourquoi… il s’agit là de votre favori, sire ». Ce à quoi le roi répond : « Ce bouffon, Il me fera rire jusqu’à la tombe ! ». Et mon sourire se décroche.

Peu à peu, les rires retournent à leurs gorges. Je me relève, et dans toute la pièce, me fixent des yeux qui pétillent, puis qui s’éteignent, à mesure que le silence s’allonge.
S’allonge encore.
Les évêques guettent les courtisans.
Rien.
Les courtisans guettent les évêques.
Toujours rien.
Même pas un grelot qui gigote. Les lèvres du roi tirent vers le bas. Et se tourne vers Lahir, qui reste muet. Il se tourne vers un autre garde. Ce dernier avale sa salive, puis ordonne :
_Bouffon, ton rôle est de divertir ton souverain. Fais rire.
_Eh bien non !
_Pardon ?
_J’ai dis non ! Je fais grève ! Le roi a décidé tout seul de me garder jusqu’à la tombe.
_Et ? Qu’y a-t-il de mieux que de divertir ton roi ?
_Faire rire les lèvres sèches.
Un court cri s’échappe d’un évêque. Le garde reste bouche béante. Puis, il s’exprime :
_Tu refuses donc l’immense honneu-
_Tu n’as qu’à t’en aller bouffon, s’exclame le roi.
Le bouffon répond :
_Hélas ! Je ne puis repartir sans mon crâne, sire.
_Soit. Tu sais encore réfléchir. Ne me dis pas qu’à trop jouer les bouffons, tu commences à te perdre en bouffon, bouffon ?
Autour de moi, des bouches se cachent, des souffles se saccadent, et Lahir esquisse même un sourire. Mes dents s’enfoncent dans ma lèvre, à tel point que je sens dans ma bouche un goût de métal.

Quelques instants plus tard, alors que les rires s’essoufflent, je gravis lentement, lourdement les marches menant au trône, et prononce :
« Ô pauvre de moi ! Mon souverain m’a démasqué ».
Quelques gorges raclent.
Je suis près. Trop près. Je distingue jusqu’à ses rides. L’ombre s’engouffre dedans, comme s’il avait mille ans.
« Vous ne riez pas d’un artiste, mais d’un sot »
Je m’approche encore. Lui aussi s’approche. Pas le roi. Son regard. Je discerne ses yeux qui emprisonnent des iris noirs. Ses iris noirs qui emprisonnent des pupilles. Et ses pupilles qui emprisonnent l’Europe.
« Mais Ô roi ! Sachez que vous semblez avoir un penchant pour la sottise ».
Les rires cessent.
Je constate que… un cœur bat dans ma poitrine. Je ne l’avais jamais remarqué. Non, je ne l’avais jamais remarqué. Jusqu’à ce que je gifle le roi.

Un instant après, dix bras me projètent. Mon corps roule. La salle tournoie. Les marches raclent mes vertèbres, et je bute contre le sol. Jambes… Bras… Torse… le sang glisse partout. La salle du trône… La salle du trône se dédouble… Les sabres sciant les fourreaux scient mes tympans. Je me relève… Je me relève… Bordel relève-toi ! Les gardes approchent, et mes jambes ne sont que mousse ! Maudit soit-elles ! Je cours, le buste oscillant telle une pendule, vers ce satané souverain. Le roi lève sa main. Trente flèches se décochent. Mes poils s’hérissent. Les flèches me transpercent, jusqu’à sentir dans mes reins le fer froid. À chaque pas, mes tibias craquent. Le roi relève sa main, dix épées jaillissent, et je pousse jusqu’au fond de ces jambes brisées. Je ne sens plus la fatigue, ni la douleur, rien que l’envie qui serpente sous ma peau. Quel envie ? L’envie d‘achever un millénaire de règne en l’espace d’un coup de poing. Je sursaute. Une main se pose sur mon crâne. Lahir amène mon front contre le sol. Il appuie, et hurle en projetant des filets de salive sur mon oreille :
_Baisse ta face indigne devant le roi ! Baisse-la ! Et ma tête… s’oppose. Lahir la presse. Mon cou se redresse. Lahir l’écrase, mon cou refuse. Lahir le piétine, mon cou s’obstine. Le garde reste bouche béante : jamais il n’a vu de sous la peau d’un cou bomber des carotides. Alors il se tourne vers le roi.
Le souverain remue sa main devant sa gorge.
Le garde acquiesce, et arme son sabre. Quelques secondes après, autour de moi, la pénombre des casques des gardes ne recrachaient que deux yeux écarquillés.
Je rigole. Une épée me traverse la gorge et je souris jusqu’aux molaires. Je… je n’suis plus… plus son bouf.. bouffon main.. te.. nant. Je suis… un bouffon… un bouffon lib… Lahir fait valser mon crâne. Mon bonnet tombe. Et les grelots retentissent.

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u/KoresAuCalame — 2 months ago