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▲ 21 r/emploi

La cinquantaine, deux ans de galère, et l'impression d'avoir tout dans le vide

Je poste pour déposer ça quelque part. Je ne cherche pas de conseils, j'ai déjà tout essayé, y compris les trucs auxquels vous pensez en me lisant, je ne cherche pas à me plaindre, j'ai juste besoin d'évacuer ça (ailleurs que chez mon psy)

Licencié économique il y a deux ans. J'ai fait les choses dans l'ordre : bilan de compétences, formation de reconversion pour remettre mes compétences techniques à niveau, puis une entrée en école d'informatique. Et non, ce n'était pas une lubie. On nous répète partout, à France Travail, en bilan de compétences, dans la presse, que tout évolue à toute vitesse dans la tech et qu'il faut se remettre à jour. J'ai passé trois mois à étudier le terrain avant de m'engager : interviews de professionnels, entreprises qui recrutent réellement, métiers d'avenir contre métiers-impasses, comparatif des organismes de formation. J'ai fait exactement ce qu'on nous demande de faire. Ce qui a bloqué, c'est l'alternance. Six mois de recherche, zéro contrat. Les plus jeunes ont fini par en trouver, moi jamais. À cet âge, avec les aides à l'apprentissage rabotées, personne ne prend le risque. J'ai quitté l'école en janvier.

Ensuite tout s'est enchaîné. Fin de droits chômage, avec la réforme qui m'a raccourci l'indemnisation. Passage à l'ASS. APL refusée parce que mon loyer est jugé trop cher, sauf que quand j'ai signé le bail j'avais un CDI correct, et qu'aujourd'hui je n'ai plus les revenus pour déménager. Je vis sur ce qui reste de mes économies. Elles fondent.

Il y a cinq mois, j'y croyais encore. J'avais signé un CDI pour une mission longue chez un client, le genre de contrat qui vous remet debout pour trois ans. J'ai attendu le démarrage pendant près de trois mois. Et puis du jour au lendemain, annulé. Pas d'explication, pas un euro perçu. Et comme la mutuelle d'entreprise avait été souscrite au moment de la signature, on me réclame aujourd'hui plusieurs centaines d'euros de cotisations pour une couverture liée à un emploi que je n'ai jamais occupé. Un avocat s'en occupe, la procédure suit son cours, c'est déjà pris en charge.

Environ 950 candidatures en un an. Jobboards, intérim, candidatures spontanées, pages carrières d'entreprises, réseau. Soit 80 par mois, presque 3 par jour, tous les jours. Je me suis même vibe-codé une appli de gestion des candidatures parce que Google Sheet a ses limites. Je donne les chiffres parce que je sais ce qu'on répond dans ces cas-là. J'ai visé large, mon parcours le permet, et j'ai visé bas aussi : j'ai postulé jusqu'à veilleur de nuit dans un hôtel, refusé, pas d'expérience. J'ai aussi été auto-entrepreneur par le passé, donc je sais ce que c'est, et je sais que je n'ai pas la fibre commerciale. Me relancer là-dedans sans trésorerie et sans réseau client, ce serait accélérer la chute. Sur les postes tech, je suis dans la mauvaise case dans les deux sens, on cherche soit des juniors de vingt-cinq ans, soit des profils avec quinze ans sur la même techno. J'ai baissé mes prétentions salariales, ça n'a rien changé. Je les ai remontées, pas mieux. Je suis prêt à déménager n'importe où, prêt au full remote, mais en France le remote reste marginal alors que d'autres pays en ont fait un vrai levier contre le chômage. 90 % de mes candidatures restent sans réponse. Le reste, c'est "votre profil ne correspond pas". Quelques entretiens qui ne donnent rien.

Ce que je ressens, et je ne peux pas le prouver, c'est qu'il y a un point de bascule. Tant que le recruteur lit le CV, ça va. Puis il voit l'âge, ou autre chose, et il y a un frein. Une chape de plomb.

Je travaille depuis mes 19 ans, tout en ayant fait des études. Plusieurs diplômes. J'ai toujours rebondi, quitte à changer de voie à 180 degrés, en me disant que l'important c'était de bosser. Mes périodes creuses n'ont jamais dépassé six mois, et encore, j'étais indemnisé. Là, au bout de deux ans, je ne vois plus ce qui pourrait me relancer. Quand je lis les annonces, j'ai l'impression de ne plus savoir rien faire, alors que je ne suis pas un nain en technologie et que je sais m'adapter. C'est ça le plus vicieux : la confiance, la santé mentale et les compétences s'effritent en même temps, et chaque mois qui passe rend le suivant plus difficile.

J'ai vu une assistante sociale. Verdict : je touche déjà tout ce à quoi j'ai droit. Pas d'aide sur le logement ou les factures parce que je n'ai pas encore de dettes, il faut être à découvert pour être aidé. Seule option, liste d'attente pour un logement social, six mois à deux ans.

Mes parents, qui vivent à plusieurs centaines de kilomètres, me proposent de venir habiter chez eux le temps de rebondir. L'intention est belle et financièrement c'est la seule solution qui tienne debout. Mais ça veut dire renoncer définitivement à voir mes enfants normalement, et retourner vivre chez ses parents à bientôt 55 ans, ça fait quelque chose. Un ami m'a proposé une colocation, un autre de mettre nos deux appartements en location saisonnière et de vivre alternativement chez l'un ou chez l'autre. Sauf que le jour où mon ex apprend que je n'ai pas de logement fixe, le sujet des enfants est enterré pour de bon.

Parce qu'il y a ça aussi. Divorcé depuis trois ans, deux enfants que je vois huit jours par mois. Il y a plus d'un an, quand ma situation tenait encore debout, j'ai demandé la résidence alternée. La procédure traîne, les audiences reculent, et à chaque fois il faut tenir jusqu'à la suivante. Aujourd'hui je me demande si je vais continuer à me battre pour ça, parce que je ne suis plus sûr de pouvoir leur offrir quoi que ce soit de correct. C'est le truc le plus dur à écrire de tout ce post.

Au quotidien, je sors de moins en moins parce que tout coûte. Le soir je planifie ma journée du lendemain, je fais des listes, je hiérarchise. Le matin je n'y arrive pas. Je fais deux ou trois trucs pour ne pas avoir l'impression d'avoir rien fait, et c'est une goutte d'eau.

La retraite, c'est dans quinze ans minimum. L'Euromillions, c'est 0,000000715 % de chances, et j'en viens à me demander si je n'ai pas plus de chances de gagner que de retrouver un travail. On approche des 9 % de chômage, l'État commence à s'en apercevoir et annoncera probablement des mesures d'ici 2027 pour les jeunes diplômés. Tant mieux pour eux, sincèrement. Mais pendant ce temps on laisse sur le carreau des chômeurs de plus de 50 ans, dont une part énorme en longue durée. Mais il faut quand même travailler jusqu'à 64, voire 67 ans...

Ce qui me frappe en lisant ce sub depuis quelques semaines, c'est le nombre de gens exactement dans le même type de configuration. Ça ne console pas. Mais ça remet les choses en place : ce n'est pas juste moi qui suis nul.

PS : parce que je vois venir la suggestion : oui, j'ai regardé du côté de la cybersécurité, comme tout le monde me le conseille. C'est un domaine pointu, qui demande du temps, un vrai niveau technique et souvent une expérience préalable que trois mois de formation ne remplacent pas. Je ne dis pas non par principe. Je dis juste que ce n'est pas la baguette magique qu'on présente. Et puis est-ce qu'un diplôme de plus sera vraiment la solution ? A mon âge.

(Bref, c'est la m.....)

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u/Lower_Drawer8356 — 13 hours ago