L'IA est bien plus angoissantes et problématique que le dérèglement climatique.
L'IA est bien plus angoissante et problématique que le dérèglement climatique.
Je sais que le titre va probablement faire réagir, mais plus j'y réfléchis, plus je trouve que l'IA pose un problème dont on sous-estime énormément les conséquences.
Je ne parle pas ici de « l'IA va devenir consciente et nous exterminer ». Ce scénario ne m'intéresse pas particulièrement.
Ce qui m'inquiète, ce sont les conséquences très concrètes des IA actuelles et de leur développement massif.
L'IA et la crise de l'eau
On parle énormément de la consommation énergétique des data centers, mais beaucoup moins de leur consommation d'eau.
Les infrastructures nécessaires au fonctionnement des modèles d'IA ont besoin de systèmes de refroidissement et peuvent donc mobiliser des quantités considérables d'eau, notamment dans certaines régions déjà confrontées au stress hydrique.
Et cette eau n'est évidemment pas disponible uniquement pour l'IA.
Elle entre en concurrence avec :
l'agriculture ;
l'approvisionnement domestique ;
l'industrie ;
certaines infrastructures énergétiques ;
les besoins des écosystèmes.
On peut difficilement considérer l'eau comme une ressource secondaire dans un monde qui connaît déjà des sécheresses de plus en plus importantes.
L'IA et l'électricité
Même problème avec l'électricité.
Les data centers consomment énormément d'énergie et la demande risque d'augmenter fortement avec le développement de l'IA.
Cette électricité doit bien être produite quelque part.
Cela signifie potentiellement davantage d'infrastructures énergétiques, davantage de pression sur les réseaux électriques et une concurrence accrue pour une ressource dont nous avons besoin partout : logements, transports, hôpitaux, industries, chauffage, agriculture, etc.
Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, construire suffisamment de nouvelles capacités de production et de réseau ne se fait pas en quelques mois.
Les deepfakes et la criminalité
L'autre problème est beaucoup plus difficile à mesurer : la capacité de l'IA à produire massivement du contenu faux mais extrêmement crédible.
Deepfakes, fausses vidéos, fausses voix, faux documents, usurpation d'identité, arnaques extrêmement réalistes...
Et évidemment, ces technologies peuvent également être détournées par des organisations criminelles ou terroristes.
Le problème n'est pas simplement qu'on pourra fabriquer de fausses informations.
C'est que nous risquons progressivement d'entrer dans une situation où il devient impossible de savoir ce qui est authentique.
Et cela peut être extrêmement dangereux pour la confiance que nous accordons aux médias, aux institutions, aux preuves numériques et même à ce que nous voyons de nos propres yeux.
Une technologie qui risque surtout de profiter aux plus riches
On nous présente souvent l'IA comme une technologie qui va améliorer la vie de tout le monde.
Mais qui possède les infrastructures nécessaires pour développer les modèles les plus puissants ?
Les grandes entreprises technologiques, les investisseurs et les États.
Et surtout, si l'IA permet effectivement d'automatiser une partie toujours plus importante du travail intellectuel, les bénéfices risquent principalement de revenir aux propriétaires des entreprises et des infrastructures.
Pendant ce temps, les travailleurs pourraient subir les conséquences de cette automatisation.
On pourrait donc assister à une augmentation absolument gigantesque des inégalités.
Ce ne serait pas simplement « certains métiers vont disparaître ».
Ce serait potentiellement une concentration sans précédent de la richesse et du pouvoir entre les mains de ceux qui contrôlent l'IA.
Et le travail ?
C'est probablement le point qui m'inquiète le plus.
On nous dit souvent : « L'IA ne remplacera pas les humains, elle remplacera certaines tâches. »
Peut-être.
Mais si une IA peut progressivement réaliser 20 %, puis 50 %, puis 90 % du travail nécessaire dans une profession, pourquoi une entreprise continuerait-elle à employer autant de personnes ?
Je pense qu'il est parfaitement plausible que l'IA transforme ou supprime énormément d'emplois à moyen terme.
Et contrairement aux précédentes révolutions technologiques, nous ne parlons pas uniquement de travail manuel.
Cette fois, l'automatisation touche potentiellement :
les développeurs ;
les graphistes ;
les traducteurs ;
les rédacteurs ;
les comptables ;
les juristes ;
les assistants administratifs ;
les analystes ;
les métiers du service client ;
et énormément d'autres professions.
La question n'est donc plus seulement :
« Est-ce que l'IA peut faire ce travail ? »
Mais :
« Que va-t-il se passer lorsque faire travailler une personne coûtera beaucoup plus cher que faire fonctionner une IA ? »
Et je ne suis pas convaincu que nos sociétés soient prêtes à répondre à cette question.
Mon opinion personnelle
Personnellement, je pense que l'IA devrait avoir un cadre d'utilisation beaucoup plus strict.
Je serais favorable à son utilisation dans des domaines où elle peut réellement apporter quelque chose de considérable à l'humanité :
- recherche scientifique
- médecine et recherche biomédicale
- ingénierie
- cybersécurité
- exploration spatiale
- analyse de données scientifiques
- lutte contre certaines maladies
- simulations complexes.
En revanche, je suis beaucoup plus opposé à l'idée d'une IA dans la vie quotidienne et dans le monde du travail.
Idéalement, pour moi, l'IA devrait rester un outil au service de la recherche et de l'intérêt collectif, et non devenir un moyen pour les entreprises de supprimer massivement des emplois afin d'augmenter leurs marges.
Je serais même favorable à une interdiction ou à des restrictions extrêmement fortes concernant le remplacement pur et simple de salariés par des systèmes d'IA dans les professions.
Je sais que c'est probablement une position très radicale.
Mais je préfère largement une société qui utilise très peu l'IA mais qui conserve un haut niveau d'emploi, de stabilité sociale et de confiance dans l'information, plutôt qu'une société extrêmement automatisée dans laquelle une petite minorité possède les infrastructures et où une grande partie de la population n'a plus réellement de place dans l'économie.
Et contrairement au dérèglement climatique, qui est certes une menace gigantesque mais dont nous connaissons relativement bien les mécanismes et pour lequel nous pouvons encore mettre en place des politiques de réduction des émissions, l'IA me donne parfois l'impression que nous sommes en train de construire volontairement une technologie dont nous ne savons pas encore réellement quelles seront les conséquences sociales et économiques à long terme.
Peut-être que je me trompe complètement.
Mais c'est justement ce qui m'inquiète.
Qu'en pensez-vous ? Est-ce que je dramatise complètement le problème de l'IA, ou est-ce que vous pensez également qu'on sous-estime énormément ses conséquences ?
Désolé pour mon pavé !