Opus Dei le vrai du faux
Bonjour à tous,
Je lis depuis un petit moment tout ce qui se dit sur Reddit et je me permets, en tant qu'ex surnuméraire, d'ajouter ce texte en essayant de nuancer ce qui peut se dire sur l'Opus Dei.
Beaucoup de personnes ont souffert du fonctionnement du groupe Opus Dei, et je fais partie de celles-là, même si j'ai également vécu de très bons moments dans l'Opus Dei, que j'ai apprécié de pouvoir y recevoir une formation spirituelle et une " tentative " d'accompagnement de sa part (accompagnement hiérarchique qui présentaient bien des défauts je pense)
Comme beaucoup d'ex membres j'ai eu une difficulté énorme dans l'accompagnement par des numéraires souvent immatures sur le plan spirituel et n'ayant pas conscience de ce qu'est la vie de famille réelle (non, les normes ne peuvent pas passer absolument avant tout, leur accomplissement n'est pas la mesure de notre entrée au ciel). J'ai pu constater que chez beaucoup l'Opus Dei développe un forme de volontarisme dans l'agir chrétien qui est opposé à ce qu'une grande Docteur de l'église comme Ste Thérèse de Lisieux a compris : la seule volonté que nous ayons à soumettre est de laisser l'Esprit Saint agir constamment en nous.
En réalité l'Opus Dei, malgré elle, a élaboré une forme de vie "comme les religieux" mais dans le monde (ce qu'on nomme vie contemplative dans le monde), dans laquelle règne une grande confusion : cette vie ascétique exigeante mène beaucoup au burn out et à la culpabilité, ce qui n'a absolument pas lieu d'être. La plupart des membres vivent cela comme une tension ridicule, et cela l'est. De plus, elle conduit à une forme de dénigrement systématique de la vie religieuse parmi ses membres, ce qui est très négatif pour l'Eglise. On notera, pour les fins connaisseurs de l'ordre bénédictin, que le fondateur semble s'être amplement inspiré du manuel des oblats bénédictins pour les laïcs de l'Opus Dei, sans comprendre le fonctionnement même des oblats bénédictins qui jouissent d'une grande prudence vis à vis des laïcs (vraie compréhension de ce qu'est la vie d'un laïc par rapport à un religieux) et d'une liberté réelle dans ce qu'ils nomment l'"accomplissement des normes". L'acharnement des membres de l'Opus Dei les mène souvent à des situations ridicules comme l'épuisement, une hiérarchie dans les priorités inversées (j'ai vue une surnuméraire venir coûte que coûte à sa retraite alors que sa mère était entrain de mourir 🙄 ), un sentiment de culpabilité permanent si tu ne fais pas un burn out, voire un sentiment d'être un "Super chrétien" quand tu arrives à tout caser dans ta journée 😅. Sans compter que les surnuméraires se restreignent généralement sur leurs lieux de vie pour faciliter l'accès aux normes (ce qui fait une concentration massive de membres près des villes qui ont un centre de l'Opus Dei : difficile de changer de caste !😅). Bref, il y a peut-être des membres qui vivent tout cela sereinement mais encore faut il être bien accompagné.
En terme de volontarisme, le prosélytisme en fait également un objet particulier. Trouver des leviers pour trouver 3 nouveaux membres chaque année (liste de saint Joseph pour chaque opusien) se présente comme un carcan : pression des numéraires sur les surnuméraires, pression sur les personnes visées, dénaturation des relations sociales (amitiés souvent vécues comme factices etc...) . Incitation à relayer ce qui a été dit par les personnes cibles aux dirigeants des centres de l' Opus Dei. Techniques de prosélytisme (prosélytisme dirigé). Pour moi, le prosélytisme est très mal vécu. Il présente également les nombreux défauts mentionnés dans les témoignages (impossibilité de réel discernement quand on a "vu" sa vocation avec textes du fondateur à l'appui etc... Pression pour écrire sa lettre de demande d'admission, difficultés pour discuter des nœuds avant d'entrer, discours empêchant tout départ sous peine de culpabilisation, recherche de mineurs, recherches de vocations numéraires et numéraires auxiliaires dans les clubs etc...). La question du chiffre est absurde mais elle est ainsi vécue dans l'Opus Dei : on reconnaît l'arbre à son fruit. La question du prosélytisme noue bien des membres qui se sentent mal à l'aise dans ce rôle et fait des autres des "loups blancs sans discernement" (je ne mentionnerai pas ici toutes les aberrations que j'ai entendues sur le sujet). Dès qu'on devient membre, on perd le naturel de la relation et je crois qu'on empêche réellement l'Esprit Saint d'agir à travers nous (Esprit Saint : souffle imprévisible). Évidemment, il y a aussi des gens qui vivent très bien leur entrée dans l'œuvre et qui peut-être n'ont pas vécu de pression ou certains se sont vus refuser de rejoindre directement... En tout cas, il est très commun d'entendre des numéraires commenter sur qui pourrait avoir la vocation, qui pourrait ne pas l'avoir, qui l'a abandonnée etc...(Choses qui ne devraient évidemment pas être commentées !🙄)
Pour ma part, ce qui m'a fait souffrir dans l'Opus Dei ce sont les injonctions contradictoires permanentes qui sont souvent le fruit du culte du fondateur : "vous êtes libres de vous confesser avec n'importe qui... Mais ce ne serait pas le bon esprit. Vous êtes libres de vous confesser avec n'importe qui mais si quelqu'un veut rentrer dans l'œuvre il doit se confesser avec un prêtre de l'oeuvre qui pourra juger sur sa confession s'il est apte ou pas à intégrer l'Opus Dei. Vous pouvez vous confesser avec n'importe qui mais si vous partez en vacances c'est mieux de sauter une confession une semaine et d'attendre d'être de retour au centre.." "s'il y a des problèmes, interdiction d'en parler entre membres, seule votre directrice qui représente la hiérarchie peut entendre cela" " vous êtes entièrement des diocèses mais la priorité c'est l'Opus Dei...et bien souvent on vous demande de ne pas vous engager dans les diocèses" " liberté de choisir son confesseur et directeur, mais pas en dehors de l'Opus Dei...". " Obéissance à l'église... mais l'église ne comprend pas notre esprit donc l'Opus Dei fait un bien souvent ce qu'il veut : par exemple sur la direction de conscience, l'injonction donnée aux manifestations de conscience, cotisation des membres - l'Opus Dei a attendu des années avant de mettre en place - distinction des fors, obéissance à l'injonction de ne pas aller voir un médecin (psy) qui soit de la même oeuvre etc..) Les paroles du fondateur sont sorties au fil des causeries et autres cercles pour ficeler une pensée tortueuse à ses membres qui sont ainsi manipulés au gré de la formation qu'ils reçoivent... Il y a un énorme soucis à ce niveau. Les écrits du fondateur mériteraient d'être scrutés, réinsérés dans leur contexte ou que sais-je.. Mais il faut bien comprendre que tout cela est distillé entre autres très bonnes paroles et formation, ce n'est pas QUE ce discours tout le temps... Mais chez certains cela finit par prendre beaucoup de place car en fait cela revient en boucle.
Ce soucis qui est entretenu par une vision de perfection de l'Opus Dei (la plupart des membres sont fanatisés et ont du mal à comprendre que l'Opus Dei dysfonctionne, l'humilité collective n'est pas vraiment comprise / prise en compte).
Les membres de l'oeuvre sont incités à mentir (cacher) ce qui dysfonctionne dans l'Oeuvre même si je pense qu'au fond tout le monde le sait. La communication de l'Opus Dei est malhonnête car elle cache soigneusement les problèmes qui ont cours dans l'organisation en faisant croire que tout a toujours été normal (exemple le témoignage de l'ex numéraire médecin espagnole qui est sortie pour se marier).
Cette forme de "loyauté" envers l'Opus Dei (laver son linge sale en famille et quand tu manifestes les problèmes on te dit que c'est isolé et le fait de personnes défaillantes) m'a personnellement littéralement fait presque péter un câble, et je pense que l'Opus Dei devrait reconnaître publiquement les points où elle est abusive et désobéissante envers l'Eglise afin que chacun de ses membres puissent l'intégrer et repartir sur de bonnes bases saines. Non le Pape François n'était pas un ennemi de l'Opus Dei comme j'ai pu l'entendre en interne, pas plus que le Pape Léon. Ils cherchent tout deux la vérité j'en suis sûre.
Parce que le problème de l'Opus Dei n'est pas le fait de personnes qui dysjonctent en interne...
J'ai vécu en France et tout ce qui me gênait dans l'œuvre me semblait être le fruit d'une manière d'être française. Puis j'ai déménagé au Japon (culture opposée à la France en tout point) avec des numéraires qui n'avaient rien d'Occidental et j'ai pu constater que les problèmes, la structure, le discours étaient identiques sur les points que j'ai cités ci-dessus. On a bien essayé de me dire que je ne comprenais certainement pas bien la langue et que toutes ces coïncidences étaient des malentendus 🙄.. Mais hélas je comprends suffisamment l'espagnol et l'anglais pour être bien certaine que dans le fond les problèmes sont les mêmes dans tous les pays (c'est d'ailleurs fascinant : un seul et même esprit partout dans le monde ! Mêmes les églises locales n'ont pas réussi cette prouesse).
Non, les témoignages au sujet de l'Opus Dei ne sont pas le fait de membres instables et frustrés, ils sont le fait d'une réalité (parfois mêlés à des histoires de vie compliquées ce qui peut fausser le discours et donner une haine de l'Opus Dei qui n'aurait peut-être pas lieu d'être). Ces témoignages sont le fait d'un défaut de structure qu'il y a dans l'Opus Dei. Je pense également qu'il y a des problèmes d'hérésie anthropologique dans l'œuvre, notamment au sujet de la Liberté mais je ne suis pas assez calée sur le sujet. Et malheureusement un grand orgueil. Il serait peut être trop difficile de reconnaître publiquement ses erreurs, pourtant je pense que c'est la solution pour une prise de conscience collective et surtout pour toutes les personnes qui ont été blessées puissent faire la part des choses entre ce qui vient d'elles (subjectif) et ce qui vient de l'Opus Dei (fautes objectives listées).
Je crois aussi qu'il y a un problème sur la question de la responsabilité collective et individuelle qui est sûrement la cause de tout le merdier dénoncé par Gareth Gore. Je n'ai personnellement pas cherché à creuser ce sujet (je me dis que l'église va le faire) mais de mon vécu il y a vraiment un sujet avec l'argent et le contournement via les failles des États.. J'ai eu confirmation par mon frère numéraire. Je pense que la tentation machiavélique est très forte chez les chrétiens actuellement (pas que l'Opus Dei), même s'ils n'en ont pas complètement conscience de cette structure de péché. Et il est incroyable de voir comment tous les membres de l'Opus Dei qui sont en poste au niveau de la communication défendent bec et ongle sur le même mode l'organisation. Quand on a fait partie de l'Opus Dei il est très facile de voir quand ils dissimulent, c'est très caricatural, mais je dois dire que je pense que les "non initiés" n'y voient que du feu !
Quand j'ai quitté l'Opus Dei je l'ai fait sans haine et en ayant de la reconnaissance pour les bonnes choses reçues même s'il y a un tri à faire. J'ai renoncé à une appartenance communautaires, à de nombreuses amies. Cela m'a énormément coûté mais si je voulais vivre en cohérence il fallait que je le fasse. Je suis partie en douce parce que le discernement dans l'Opus Dei est très compliqué ( on ne vous laisse pas partir comme ça : soit c'est le diable qui vous tente, soit vous avez un problème, soit vous faites défaut de fidélité, ce qui fait que vous pouvez être longtemps retenue mentalement... Je suis partie en douce car je savais que si je ré évoquais un départ, un dysfonctionnement, on me redirait toujours la même chose : pas de problème de structure)
Je l'ai quittée parce que la contradiction dans laquelle elle me mettait m'est devenue insupportable (conscience d'appartenir à un groupe avec des aspérités sectaires sans pouvoir en parler.. c'est vraiment difficilement tenable sur la longue durée surtout quand on est jeune et qu'on vous renvoie en permanence que vous vous méprenez). Je ne regrette pas mon choix et on m'a demandé il y a peu si je souhaitais revenir (car manifestement beaucoup de personnes redemandent l'admission depuis que le Pape François a fait bouger les lignes). Non je ne veux pas revenir et ne souhaite pas que mes enfants s'en approchent car hélas je pense que du fait de son "esprit", l'Opus Dei mettra encore des années à se réformer. Je doute en effet qu'une mise à plat complète se fasse dans l'immédiat. En parlant un peu avec les membres je vois qu'ils sont toujours dans une défense et une justification de l'Opus Dei qui n'est pas saine.
C'est bien dommage car l'Opus Dei a beaucoup à apporter à l'église en terme de formation humaine et spirituelle. Mais cela est défaillant.
Je pense qu'entrer dans l'Opus Dei pourra se faire sans risque quand chacun des membres pourra expliquer "voilà ce qui n'allait pas..."
Pour ceux et celles qui voudraient avoir un avis sur l'Opus Dei je suis prête à répondre sur le Bon qu'il y a et les Ecueils. Les discours tenus qui sont en accord avec l'église et ceux qui ne le sont pas. Sachez que le droit canon est très précis, l'église est très précise sur ce qui est acceptable et ne l'est pas. Un mouvement d'église ne peut pas agir en parallèle de l'Eglise officielle et prétexter qu'il sait mieux qu'elle. Il faut toujours vérifier les sources, écouter d'autres avis (sujet où l'Opus Dei manque de prudence je crois également : il y a un enfermement sur le "tout fondateur" qui rend l'atmosphère étouffante).
Bien à vous,
Marie-Élisabeth