Avis idée de roman
Bonjour,
J’aimerais votre avis sur mon idée de roman au sujet de l’omerta dans le milieu médical, vue par un regard interne au milieu.
Pouvez vous me donner un retour au sujet de mon premier jet de manuscrit en cours de rédaction?
Merci infiniment.
Titre : Le blanc ne tache pas le blanc
Acte 1 : la chute
Introduction : bal masqué
Il entendait résonner le refrain sourd d’Eurythmics, étouffé derrière la porte des toilettes. « Some of them want to use you, some of them want to be abused... »
Se pencha sur l'autel de fortune que représentait le réservoir blanc nacré de la chasse d'eau à ce moment.
Ouvrit le médaillon de son collier en argent duquel il sortit une poudre blanche.
Qu’il étala grâce à sa carte d’employé, il avait l’habitude de la prendre dans ses virées nocturnes - sa blancheur et la mention de Médecin lui conféraient une immunité plaisante en cas de contrôle.
Ses yeux bleu Klein reflétaient l’objet de son désir. Il n’en prenait plus pour se sentir invincible - il savait pertinemment que derrière la porte, il était dieu dans son terrain de jeu - aujourd’hui, ce n’était qu’à visée de béquille pour supporter la sortie nocturne de la veille.
Ses mains délicates de chirurgien s’appliquèrent à suivre le tracé de cette ligne de petite mort, presque aussi longue que sa ligne de vie.
Il remit son masque et s’empressa de se laver frénétiquement les mains pendant trois bonnes minutes, comme si l'intouchable tentative de stérilisation de ces dernières allait évaporer toutes les traces de ses vices.
Il poursuivit son ablution vaine avec une solution hydroalcoolique, où les effluves d’alcool faisaient écho à celles de son propre pharynx.
Il entra dans la pièce où elle l’attendait, tendit les mains, bras fléchis à hauteur de ses épaules, comme pour clamer son innocence.
Il regarda la jeune femme masquée qui se tenait face à lui et lui lança :
⁃ Je préfère quand c’est vous qui le faites, ça donne un côté sensuel.
Elle eut un sourire pincé qu’il devina derrière son masque. Elle était habituée à ses remarques et n'y prêtait guère attention.
Le bruit du latex retentit comme le claquement d'un fouet. Cette sensation contre sa peau fit faire un tour de sang dans son sexe.
Ce à quoi elle avait appris à porter attention, c'était ses gestes ; une anticipation qui lui permettait de prédire la prochaine fois où ses mains viendraient prendre possession de son corps.
Ce talent tragique lui fit immédiatement remarquer la main de cet homme qui, cette fois-ci, ne se dirigea pas vers elle. Ce n’était pas la poitrine d’une femme qu’elle vint souiller.
Sa main vint broyer le coton rugueux de sa propre tenue de bloc opératoire.
Son cœur devenait à l’étroit dans sa cage thoracique.
Son sang battait violemment sa boîte crânienne.
Sa vision se troubla.
Ses genoux au sol.
Dieu est mort.
Chapitre 1 - Déicide
Elle était pétrifiée de voir l’homme qui lui avait causé tant de tourments au sol.
Elle qui avait un tempérament ardent n’arrivait pas à lui venir en aide.
Au fond elle, elle savait.
Factuellement elle savait qu’il était sorti la veille : ses messages inadaptés à une heure tardive ne trompaient pas.
Par habitude, elle savait qui avait pris sa béquille.
Le deuxième gant tombant de sa main accompagné du bruit du papier glacé qui le maintenait stérile.
L’anesthésiste s’empressa sur le corps sans vie du Dr et commença un massage cardiaque dont la rythmique était aidée par de dernier refrain de sweet dreams -quelle ironie-
Qui laissa place au cordes frénétiques de Berghain de Rosalia.
L’infirmier anesthésiste s'empressa d’amener le défibrillateur et linsuflateur.
⁃ Seine Angst ist meine Angst.
30 compressions
2 insufflations.
Plus de massage.
Un choc.
Asystolie.
Le massage reprit de plus belle.
⁃ Seine Wut ist meine Wut.
30 compressions
2 insufflations.
Plus de massage.
Nouveau choc.
Asystolie.
L’anesthésiste repris le massage, des pensées intrusives lui venant à l’esprit : non je ne peux pas le perdre.
Pas un médecin.
Pas dans mon bloc.
Que vont-ils dire ?
⁃ Sein Blut ist mein Blut.
Pendant qu’il se perdait dans ses pensées en massant, l’infirmier avait réussi à poser une voie veineuse, un reflux du sang d'Alexandre remontait la tubulure et fut chassé une fois la perfusion déclampée au moment où l’anesthésiste sorti de ses pensées et lança:
⁃ Adré!
Ils avaient le regard accroché au socpe avec pour seule compagnie l’attente d’une miraculeuse trémulation de cette ligne plate, en vain.
⁃ Deshalb ist mein Herz so schwer.
Estelle arriva à sortir de sa petrifaction.
Elle vint autour du corps sans vie de l’homme qu’elle a aima autant qu’elle détesta, se demandant comment cette scène pouvait avoir lieu.
Le rituel dura au total 5 minutes.
On l’a perdu.
⁃ This is divine intervention.
Heure du décès : 7h47.
Chapitre 2 - résurrection
Les cordes effrénées de Berghain laissèrent place à un silence assourdissant.
Presque un bruit blanc.
Les membres du bloc regardèrent l’anesthésiste qui leur demanda de sortir le corps en salle de réveil.
Puis se dirigea vers le patient encore endormi pour maintenir la sédation le temps de refaire régner une once d’ordre dans ce chaos.
Il était en mode pilote automatique, son expérience lui ayant appris à mettre de côté tout sentiment durant ces moments.
Ils levèrent le corps de leur dieu autoproclamé sur un brancard.
Estelle se pencha pour fermer la visière, et sut à ce moment précis qu’il ne la souillerait plus jamais.
Son regard s’arrêta sur son collier qu’elle détestait tant.
Elle hésita longuement à le lui arracher et faire disparaître avec lui les traces de ses vices.
À ce moment elle eut de nombreuses images de ce qu’elle avait traversé avec lui.
Elle finit par tirer d’un geste sur le médaillon qu’elle mit dans sa propre poche.
Un diable est mort.
La lumière blanche du bloc laissa place à une lumière plus tamisée.
Celle du sous-sol du service de médecine légale.
Le corps d’Alexandre exposé sur la table d’autopsie.
La seule partie de son anatomie que vous connaissiez était cachée sous ses paupières closes.
C’était un homme de 43 ans d’un mètre soixante-quinze.
Ses cheveux cendrés lui donnaient un visage presque angélique.
Mort, Alexandre paraissait plus jeune.
Comme si l’arrogance seule lui avait donné de l’âge.
Ses côtes dessinaient des ombres subtiles dans leurs sillons.
Ombre qui fut estompée par l’écoulement lent du sang en voie de coagulation qui prenait naissance de l’incision lente sur sa poitrine.
La voix feutrée du vieux médecin légiste commença à énoncer à son interne qui s’empressait de noter ces paroles :
Péricarde : sec
Ventricule droit : trophicité augmentée
Ventricule gauche : trophicité normale
Artères coronaires : macroscopiquement saines.
Il retira le cœur qui prenait une couleur d’une grenade.
Le plongea dans le formol
Et effectua une coupe nette : ventricule droit : aspect macroscopiquement dysplasique.
L’autopsie se poursuivit…
Le légiste et son interne étaient maintenant devant l’ordinateur pour rédiger le compte rendu.
Son téléphone personnel sonna :
— Commence à mettre le contexte du décès, j’arrive.
Il se retira de quelques mètres : numéro masqué.
Il hésita à répondre mais savait qu’habituellement les démarcheurs téléphoniques n’étaient pas en numéro masqué.
L’interne ne faisait pas attention à sa conversation de laquelle pas grand-chose n’était audible.
Il se concentrait pour rédiger un compte rendu qui était non pas uniquement juste par son contenu, mais également par sa forme : il était habitué aux remarques désobligeantes quand son style ne correspondait pas à la prose du chef avec qui il était posté.
Son senior revint.
— Merci je vais reprendre la main, je veux pas que tu trempes plus dans le dossier d’un confrère.
Tu peux aller manger, il est l’heure.
Il continua à taper le compte rendu.
Puis vint la fin :
Conclusion :
Cause du décès : arrêt cardiaque sur dysplasie arythmogène du ventricule droit.
Il se leva, ses mouvements étaient cireux comme dénoués de volonté.
Il alla s’asseoir à côté du chariot.
Enroula un garrot autour de son bras gauche.
Planta une aiguille à embout vert dans la veine brachiale,
Et y colla un adaptateur à pression associé à un tube de laboratoire.
Au moment où le sang coulait pour remplir le tube, une larme traçait son sillon sur sa joue.
Il remplaça ce nouveau tube par celui du défunt.
Dieu est de nouveau.
Acte 3 La genèse
Chapitre 3. C'est une poupée
Il entendait encore la musique et le rituel réanimatoire.
Cet ultime cocktail d’hormones au sein de sa conscience vacillante donnait un moment de tout, un retour.
Il se revit encore nourrisson sur une plage de Normandie.
Le bruit berçant des vagues était perturbé par les pleurs d’une poupée.
Un cri répétitif, sans émotion, comme un scope qui s’affole.
Il se souvint du bleu du ciel, un bleu trop net.
Un bleu impossible : il savait qu’un nourrisson ne distingue pas le bleu.
Il n’a jamais su si ce souvenir lui appartenait ou s’il fut greffé par sa mère dans sa mémoire à force de répétition.
Il se voyait forcer la bouche de cette poupée aux pleurs automatisés avec sa propre tétine, bien trop grosse, essayant de la faire taire, en vain.
Ses parents le regardèrent d’un regard perplexe mais empreint d’admiration :
— Bah oui mon bébé, tu n’aimes pas quand elle pleure. N’empêche, tu te rends compte, à six mois il veut déjà aider les autres.
— On voit de qui il tient, répliqua son père en la regardant.
— Encore un futur médecin dans la famille.
Sa mère prit la tétine de l’automate, bien plus fine, bien plus adaptée.
Et la magie opéra.
Le chérubin regarda, fasciné, la scène.
Rédaction en cours ...
Outro
J’étais pétrifiée de le voir tomber.
Toute la hauteur par laquelle il observait le monde effondrée, genoux à terre.
à ce moment là jetais ne pouvais savoir si j’étais immobilisée par le choc ou pas la peur.
Pas la, pas au bloc. cela aurait forcément plus de conséquences que prévu.
Et puis la grande laverie du système est venu s’en mêler, elle est venu dissoudre la moindre once de souillure pour laisser le blanc immaculé.
Elle a laissé à dieu le statut qu’elle avait conféré.
Et nettoya un des diables qu’elle avait généré de sa propre côte.
Je savais de quoi l’omerta était capable, mais je ne pensais pas que pour une fois elle allait aidé l’opprimée à s’en tirer.
La digoxine dans sa béquille blanche n’étais de fait pas détectable sans recherche spécifique.
On aurait pensé à de la mauvaise came, une overdose circulez il y a rien à voir.
Ils auraient enfin vu le diable derrière la toge à priori immaculée.
Mais il n’en est rien.
Ils ont maquillé la scène.
Falsifier la réalité comme ils savent si bien le faire.
Mais je ne comptais pas me taire.
je préfère m’exposer même si mon crime était par la force des choses, devenu parfait.
J’écris pour les Estelles, pour les internes, pour les petites mains et pour les diables eux mêmes qui subissent ce rouage infernal.
Pour celles et ceux que le système a appris à se taire.
Pour celles et ceux que cette machinerie a transformé en la pire version d’eux même.
Est ce que ce crime a eu lieu ? peut être
Suis-je réelle?
Sachez seulement que ces évènements ont eu lieu, à un endroit à un moment.
Docteure X.