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"L’autre" Sir Winston Churchill

"L’autre" Sir Winston Churchill

Personne n’ignore le rôle du Premier ministre britannique Winston Churchill (1874-1965) dans le combat contre le nazisme durant la Seconde Guerre mondiale. Mais Churchill n’a été Premier ministre que pendant huit ans (1940-1945, puis 1951-1955) sur une carrière politique de près de soixante ans. Le reste de sa vie politique, bien étudié par les historiens, dévoile une toute autre image de cet homme politique. On y découvre des côtés assez plus sombres du personnage, de nature à écorner son image de « héros ».

 

Malgré son opposition au nazisme, Churchill cachait mal son antisémitisme, notamment dans ses discours relatifs à la prise du pouvoir par les Bolcheviks en Russie : « Il n'y a pas de raison d'exagérer la part jouée dans la création du Bolchevisme et l'apport réel à la Révolution russe par ces Juifs internationaux et, pour la plupart, athées. Elle est certainement très grande ; elle dépasse probablement en importance toutes les autres. À l'exception notable de Lénine, la majorité des personnages dirigeants sont des Juifs. Plus encore, l'inspiration principale et le pouvoir dirigeant viennent des dirigeants juifs. […] Dans les institutions des Soviets, la prédominance des Juifs est encore plus stupéfiante. Et la part la plus marquante, sinon la principale, dans le système de terrorisme appliqué par les Commissions extraordinaires pour combattre la Contre-Révolution a été prise par les Juifs, et en quelques cas notables par des Juives. »

 

Le dossier de Churchill en matière de répression n’est guère plus reluisant pour un « défenseur de la démocratie ». Entre 1918 et 1923, il suggéra d’utiliser des bombes incendiaires pour « disperser » les manifestants irlandais. Il approuva l’utilisation d’armes chimiques contre les Bolcheviks en 1918 et se montra favorable à leur utilisation contre les populations kurdes du nord de l’Irak. Lors de l’interdiction de ces armes par le protocole de Genève en 1925, il déclara que, sûrement, une exception pouvait être faite contre « des tribus peu civilisées » comme « les Arabes récalcitrants ».

 

Dans la première moitié des années 1930, Churchill se consacra à la défense de la domination britannique en Inde, refusant même le statut de dominion pour ce pays. Il fonda même, avec d’autres colonialistes, une organisation appelée « Ligue de défense de l’Inde », vouée à la préservation de la domination britannique. Dans ses discours et ses articles, il prévoyait un taux de chômage britannique élevé et la guerre civile en Inde si l’indépendance devait être accordée. Il écrivit : « Il est aussi alarmant et nauséabond de voir M. Gandhi, un avocat séditieux du Middle Temple, qui pose maintenant comme un fakir d’un type bien connu en Orient, montant à demi-nu jusqu’aux marches du palais du vice-roi […] afin de parlementer sur un pied d’égalité avec le représentant de l’empereur-roi. »

 

Plusieurs historiens ont démontré, archives à l’appui, que, lors de la famine de 1943 au Bengale, qui fit trois millions de morts, Winston Churchill et son cabinet ignorèrent les appels à l’aide alimentaire venant du Bengale. Malgré les alertes des autorités coloniales, des stocks de nourriture destinés aux troupes « blanches » furent exportés hors d’Inde. Plusieurs télégrammes prouvent que Churchill se montra hostile à tout détournement de ressources alimentaires vers le Bengale. Il freina délibérément l’arrivée des secours. Cette famine était d’ailleurs largement provoquée par les politiques coloniales britanniques, notamment les réquisitions de l’armée. Par ailleurs, le racisme se manifesta dans les propos de Churchill, qui considérait que les Bengalis allaient continuer « à se reproduire comme des lapins » et qu’envoyer de l’aide alimentaire équivaudrait à « apaiser » le Parti du Congrès, ajoutant même qu’affamer des Bengalis « sous-alimentés » était moins grave que de priver « de robustes Grecs ».

 

Par ailleurs, Sir Winston n’avait aucun problème avec le fascisme. Dans ses discours et articles des années 1920 et 1930, on pouvait lire, en s’adressant à Mussolini : « Si j’avais été italien, je suis sûr alors que je vous aurais apporté un soutien total à toutes les étapes de votre combat triomphant contre les passions et les appétits bestiaux du léninisme. » Devant le tollé provoqué par ces paroles, il se défendit en disant que l’Angleterre devait défendre tout régime opposé au communisme. Il en rajouta, en précisant : « Si j’avais été italien, je suis sûr que j’aurais été à fond avec lui [Mussolini]. » En février 1933, il déclara, à une réunion de la Ligue antisocialiste britannique, que « Mussolini est le plus grand législateur vivant ».

 

Lorsque Churchill revint au pouvoir en 1951 jusqu’en 1955, la colonie du Kenya voyait se développer une rébellion anticoloniale, dite « Mau Mau ». La répression fut implacable : les populations kényanes furent victimes de déplacements forcés des hautes terres fertiles pour laisser place aux colons, et plus de 150 000 personnes furent détenues dans des camps de concentration. Les autorités britanniques employèrent largement la torture pour favoriser l’écrasement de la rébellion, le tout autorisé par le cabinet de M. Churchill. Ses successeurs, il faut le dire, continuèrent cette politique jusqu’à l’indépendance du pays en 1962. Les autorités britanniques affirmèrent que 11 000 personnes seraient mortes en détention. Les historiens actuels évaluent ce nombre à près de 50 000.

 

Lorsqu’en 1951 le Premier ministre iranien Mossadegh fit voter une loi prévoyant la nationalisation du pétrole iranien, qui était complètement sous le contrôle de l’Anglo-Iranian Oil Company, Churchill déclara : « Il n’y a pas de pétrole iranien ! Il y a du pétrole britannique, en Iran ! » et organisa un boycott des exportations iraniennes. Agitant un soi-disant danger communiste, il obtint l’aide des Américains pour renverser Mossadegh, le seul Premier ministre élu de l’histoire de l’Iran, après une campagne de subversion menée par la CIA. C’est pour éviter la répétition de ce scénario que des Iraniens prirent d’assaut l’ambassade américaine à Téhéran en 1978, comme nous vivons encore avec les conséquences de cette action.

 

Chez lui, le moins qu’on puisse dire, c’est que Sir Winston ne manifestait pas un sens de l’éthique particulièrement développé. L’historien David Lough, dans son ouvrage *No More Champagne. Churchill and his Money*, a montré que Churchill jouait à la Bourse, sur le marché des changes et au casino, perdant l’équivalent de 60 000 dollars par an dans les années 1930. Ayant continuellement besoin d’argent, il accepta sans gêne les pots-de-vin de sociétés pétrolières alors qu’il occupait un poste de ministre dans le gouvernement conservateur britannique, et frauda le fisc de manière éhontée, notamment en vendant fort cher ses tableaux tout en déclarant que la peinture n’était pour lui « seulement qu’un passe-temps ».

 

Bref : autoritaire, raciste, attiré par le fascisme, colonialiste et corrompu, Churchill avait tout pour devenir un héros aux yeux des Conservateurs du monde entier.

u/ProfessorPossible929 — 5 days ago