Je ne crois plus en la justice française
Hier, je suis tombé sur un énième article qui parlait d'un politique qui avait planqué des millions et écopé d'une amende, ridicule au regard des sommes évoquées, et de sursis.
C'est la goutte d'eau je crois.
Il y a deux mois, mon meilleur ami a été mis en garde à vue.
Pourquoi ? Sans rentrer dans les détails, il a eu un coup de folie. Dans une situation stressante, il a réagi stupidement et a fait de la merde. Je précise qu'il est dépressif, et qu'il a un suivi psychologique et psychiatrique.
A partir de là, on est rentré dans l'enfer du système judiciaire.
Déjà, évidemment, impossible de le contacter. Impossible de savoir qui est son avocat commis d'office, impossible de savoir comment et quand il sera jugé.
Ça peut se comprendre vous allez me dire, c'est les premières heures, la justice doit pouvoir mener son enquête sans entraves. Les soucis arrivent après.
Après la garde a vue, le prévenu peut soit passer en comparution immédiate, soit être renvoyé à un procès a une date ultérieure. Dans ce cas, le juge décide de la remise en liberté, ou de la mise en détention provisoire en attendant le procès. Pour cela, le prévenu peut fournir un dossier de représentativité, montrant qu'il est intégré a la société, serieux, et donc qu'il a toutes les chances de se présenter à son procès si jamais il est remis en liberté.
Premier problème : comment monter un tel dossier quand on est en garde a vue, et sans contact avec l'extérieur ? Avocat ? A ce stade, c'est un avocat commis d'office qu'il rencontrera quelques heures au mieux avant l'audience.
Pour vous dire, on a du faire le pied de grue au tribunal trois jours pour finalement tomber sur son avocat commis d'office, et lui fournir le dossier. L'avocat a eu conscience du dossier le matin même de l'audience évidemment.
Seconde problème : alors qu'il demandait un jugement immédiat, le juge des comparutions immédiates lui a refusé. Pourquoi ? Il avait trop de dossiers et n'a pas eu le temps de lire le sien. Bon, la surcharge du système judiciaire, je savais et ça ne me surprend qu'à moitié.
Troisième problème : malgré un dossier de représentativité impeccable (aucun antécédent avec la justice, travail stable depuis longtemps, propriétaire, paye son emprunt sans fautes, a des amis, une famille présente, dépressif, mais suivi...), le juge décide tout de même de le placer en détention provisoire. Ils ont invoqué le risque de récidive ou qu'il attente a ses jours avant le procès, bref, on le fou en taule parce qu'il est dépressif. C'est connu, la prison, c'est le meilleur endroit pour les dépressifs...
A ce moment, le renvoi du dossier passe beaucoup moins... Si le juge avait eu le temps de lire son dossier et de le traiter à ce moment, mon pote aurait peut-être pris du sursis, ou pas de prison du tout, et esquivé trois mois en taule...
Sortie du tribunal, direction une maison d'arrêt en surpopulation, ou il seront à trois dans une chambre de deux.
On nous explique qu'on pourra demander un permis de visite (famille seulement...). Délai pour avoir le permis ? Trois semaines. Vous comprenez, ça prend du temps à traiter. Et comment avoir un créneau ? Il faut appeler un numéro de téléphone, mais attention, appelez tôt, à partir de 9h, la ligne est surchargée.
Dernier problème : le juge a demandé une évaluation psychiatrique en prison avant le procès. Évaluation qui n'a toujours pas eu lieu à quelques jours du procès et qui n'aura jamais lieu de toutes façons. On le jugera quand même.
La justice est un système qui broie. Qui broie les innocents comme les coupables, et leurs proches avec.
Mon pote est coupable, personne ne remet ça en cause. Il a fait de la merde, et est prêt à assumer ses conneries.
Mais où est la justice là ?
En quoi ça aide la société dans son ensemble de mettre un dépressif en prison pour un coup de folie isolé (l'altération partielle du discernement a été reconnue !). En quoi il est mieux là bas que dehors, suivi par des professionnels ? Vous avez un doute ? Envoyez le en hôpital psychiatrique : il sera détendu mais soigné ! Ah non, les hôpitaux psy sont pleins aussi...
Tous ceux qui y ont été vous le diront, la prison, c'est une expérience qui change une vie. On en ressort pas indemne. Et là, parce que le système est absurde et défaillant, on y envoie des gens qui n'ont rien à y foutre.
Et pour rendre ça encore plus insupportable, de l'autre côté, on a des salauds qui volent des millions, qui truquent des élections, qui abusent de leur pouvoir, et qui ne feront pas une journée de détention. Voire même qui écrivent des putains de livres pour les deux semaines en cellule VIP qu'ils ont dû y passer. Injustice ultime.
Je savais que la justice était en souffrance, mais je ne pensais pas qu'elle était aussi défaillante. Elle s'ajoute donc à la liste des administrations pourries, avec l'aide à l'enfance, le service des permis de séjour, la police...
Comment on fait pour supporter ça ? Pour ne pas avoir envie de tout cramer, tribunaux, prisons, préfectures, et l'assemblée nationale avec pour faire bonne mesure ?