u/Front-Version-1344

▲ 10 r/besoindeparler+1 crossposts

À 15 ans, j’ai été hospitalisée pendant plusieurs mois, puis placée en psychiatrie contre mon gré : voici ce qui s’est passé

TW : hospitalisation, problèmes médicaux, psychiatrie, placement, violences, agressions sexuelles

L’expérience que je souhaite partager ici s’est déroulée de novembre 2025 jusqu’en avril 2026, mais elle impacte encore ma vie aujourd’hui.

Je vais faire de mon mieux dans ce post pour synthétiser les événements afin de rendre toute cette histoire aussi compréhensible que possible. Je m’excuse d’avance si je m’attarde sur certains éléments, je vais essayer de garder uniquement ce qui me semble essentiel.

Pour des raisons d’anonymat, je ne donnerai pas le nom des hôpitaux et je ne citerai pas les vrais noms des personnes dont je parlerai.

C’est la première fois que j’écris publiquement sur ce qui s’est passé. Je vais donc faire de mon mieux.

Novembre 2025 : le début de mes problèmes de santé

Nous sommes en novembre 2025. À ce moment-là, j’ai 15 ans.

Je viens de redoubler ma seconde. J’avais eu des problèmes de santé deux ans auparavant. Je vais beaucoup mieux aujourd’hui, mais cela m’avait fait prendre du retard sur le plan scolaire.

Cela fait deux jours que je n’ai pas uriné. J’ai des plaques rouges qui me grattent et se déplacent sur tout mon corps, et je suis très gonflée de partout.

Ma mère m’amène donc aux urgences de l’hôpital près de chez nous, en région parisienne.

Sur place, ils me font différents examens et me posent beaucoup de questions. Ils constatent que mes reins ne produisent plus d’urine et que c’est pour cela que je suis gonflée : mon corps stocke l’eau dans les tissus. Mais ils ne trouvent pas d’explication à ce qui m’arrive.

Une des infirmières me demande si j’ai consommé du cannabis. Je lui réponds que j’en consomme extrêmement rarement et que la dernière fois que j’en ai fumé remontait précisément à un mois.

Après de longues heures d’attente, une interne nous reçoit, ma mère et moi. Elle nous dit que cela doit être dû au cannabis que j’ai consommé un mois auparavant, que mes reins vont recommencer à fonctionner rapidement et me dit de revenir si je n’ai toujours pas uriné dans les 48 heures.

Le soir même, les plaques rouges se déplacent jusqu’à ma gorge et j’ai du mal à respirer.

Le lendemain matin, je n’ai toujours pas uriné. Ma mère m’amène donc à l’hôpital où j’avais été prise en charge deux ans auparavant.

Nous n’y sommes pas allées immédiatement parce que j’avais eu des expériences assez négatives la dernière fois, mais ce que j’allais vivre là-bas n’a absolument rien à voir avec ce que j’avais vécu auparavant.

Sur place, ils prennent immédiatement le problème au sérieux et m’hospitalisent.

Ils me font régulièrement des échographies de la vessie pour contrôler si mes reins recommencent à fonctionner. Au bout de 72 heures, mes reins recommencent à produire de l’urine.

Mais je ne sens absolument pas ma vessie. Je ne sens plus rien du tout.

Les infirmières passent donc régulièrement pour me sonder afin d’éviter que ma vessie ne s’abîme davantage.

Je vous passerai les détails sur l’inconfort émotionnel que représente le fait d’être sondée toutes les quatre heures, jour et nuit, par des inconnus à 15 ans. Chaque sondage était un moment extrêmement désagréable et marquant.

De manière récurrente, les infirmières n’arrivaient pas à me sonder. Elles ne trouvaient pas l’urètre ou n’arrivaient pas à faire passer la sonde, ce qui rendait le soin encore plus douloureux.

Plusieurs semaines à l’hôpital

Cela fait maintenant plusieurs semaines que je suis hospitalisée et la situation ne s’arrange pas.

Pendant une réunion avec mes parents et les médecins, un des médecins, que j’appellerai ici Dr Dupont, propose à mes parents de me mettre sous Tercian, sans préciser ce que c’est.

Il explique qu’il veut l’utiliser comme myorelaxant, afin de détendre ma vessie.

Mes deux parents travaillent dans le milieu médical et savent très bien ce qu’est le Tercian. Ils refusent donc fermement l’utilisation de ce médicament.

Dr Dupont reproche alors à ma mère de mettre en péril la guérison de sa fille, d’avoir une attitude irresponsable et affirme que, de toute façon, ce n’est pas à elle de décider. Il dit qu’il va demander l’avis d’un psychiatre et que ce sera au psychiatre de décider.

Je rencontre donc ce fameux pédopsychiatre, que j’appellerai Dr Rivière.

Il est très gentil. Pendant tout le rendez-vous, il crée une vraie complicité avec moi, allant même jusqu’à critiquer certains médecins de l’équipe avec moi.

Le rendez-vous se termine et il explique que le Tercian n’est pas recommandé pour le genre d’utilisation dont Dr Dupont parlait. Il propose à la place d’essayer de petites doses de Valium afin de tenter de détendre ma vessie et de m’aider à uriner à nouveau.

Les mois suivants

Au cours des mois qui suivent, mon état se dégrade.

Mes reins produisent des urines de manière complètement anarchique. Il arrive parfois qu’ils produisent des quantités tellement importantes d’urine d’un seul coup que cela « explose » ma vessie et provoque des douleurs extrêmement intenses, nécessitant parfois plusieurs prises de morphiniques par jour.

Les mois passent.

Je passe mon anniversaire, Noël et le Nouvel An à l’hôpital.

Je passe différents examens qui confirment les différents dysfonctionnements, mais les médecins ne trouvent toujours pas la cause.

Ils essaient différents médicaments et différents traitements, mais la situation ne bouge pas. Je souffre toujours de douleurs intenses et je suis toujours obligée de me sonder.

Au fur et à mesure, les médecins décident d'arrêter les recherches médicales et souhaitent explorer davantage le côté psychologique avec le Dr Rivière.

Nous sommes en janvier. Cela fait maintenant trois mois que je suis hospitalisée.

Mes parents commencent à s’inquiéter du fait que les médecins arrêtent de chercher les causes de ce qui m’arrive. Ils ne sont absolument pas contre une prise en charge psychologique, mais ils décrivent ces derniers mois à me voir souffrir sans amélioration comme une véritable torture.

Les médecins arrêtent finalement tous les traitements et, étrangement, ma situation s’améliore légèrement.

Les médecins m’accordent des permissions pour que je puisse rentrer chez moi et cette situation dure environ deux semaines.

Le 11 février 2026 : le signalement

Nous sommes le 11 février 2026.

Ce jour-là, j’ai une réunion, comme une fois par semaine, avec les médecins et mes parents.

Cette fois, ils nous emmènent dans une salle différente de celle où nous avons l’habitude de nous réunir.

Quand je m’assois à la table, je remarque qu’il y a beaucoup plus de personnes que d’habitude.

Je suis uniquement avec mon père. Ma mère assiste à la réunion par téléphone.

Le personnel fait un tour de table pour se présenter. Une des personnes présentes se présente comme étant une assistante sociale.

Sur le coup, j’ai un mauvais pressentiment, mais je n’y prête pas énormément attention.

La réunion commence.

Le Dr Rivière nous annonce que lui et les autres médecins ont rédigé un signalement et l’ont envoyé au parquet de Paris afin de demander une OPP (ordonnance de placement provisoire), et que celle-ci a déjà été acceptée.

Dans un premier temps, j’ai du mal à comprendre.

Je comprends que c’est grave. Je sais ce qu’est un signalement.

Je regarde mon père et je vois son visage se décomposer. Les larmes lui montent aux yeux.

Le Dr Rivière commence à expliquer qu’à partir de maintenant mes parents n’ont plus ma garde et que je vais être placée.

J’essaie de parler pour demander des explications, mais ma gorge se serre et je n’arrive plus du tout à parler.

Je sors dans le couloir en pleurant.

Une des médecins me suit pour parler avec moi. Je lui demande pourquoi ils ont fait ça. Elle n’arrive pas à m’expliquer et répète uniquement qu’« il y avait plusieurs raisons », sans jamais me les donner.

Je lui demande où je vais être placée, mais elle ne sait pas non plus me répondre.

La scène était très intense émotionnellement et je ne me souviens donc pas exactement de tout.

Ce dont je me rappelle, c’est qu’après avoir téléphoné brièvement à mon grand frère, je suis retournée dans la salle.

Mon père était en train de pleurer et d’essayer d’expliquer aux médecins à quel point la situation était absurde.

Je me rappelle que mon père et moi avons finalement quitté la pièce, ne pouvant plus supporter cette réunion.

Nous nous sommes éloignés dans le couloir, nous nous sommes pris dans les bras et nous avons pleuré.

Le placement

À partir de ce moment-là, je n’ai plus le droit de voir mes parents.

Je dois attendre d’être transférée dans un autre endroit, mais je ne sais même pas où.

J’ai toujours eu de très bonnes relations avec mes parents. Ce sont des gens géniaux et j’ai énormément de mal à croire ce qui m’arrive.

Plusieurs jours plus tard, des personnes de l’ASE (Aide sociale à l’enfance) viennent me voir à l’hôpital.

Elles m’expliquent ce qui va se passer, me posent des questions sur ma relation avec mes parents et me donnent des informations sur le signalement.

Elles m’expliquent qu’à cause de mes problèmes de santé, je ne peux pas aller en foyer. Il me faut une structure médicalisée, mais également une unité fermée afin que mes parents ne puissent pas venir me voir.

Selon elles, le seul endroit correspondant à ces critères est une unité de pédopsychiatrie pour adolescents et jeunes adultes.

Elles me disent que, dans le signalement, il est reproché à mes parents de refuser la prise en charge psychologique proposée par les médecins.

Ayant assisté à toutes les discussions avec les médecins, je sais que ce n’est pas ce qui s’est passé.

Tout ce que voulaient mes parents, c’était que les médecins continuent de chercher comment me soigner. Ils ont toujours été favorables à une prise en charge psychologique, compte tenu de ce que je traversais.

Dans le signalement, il est également écrit que ma mère aurait soi-disant trafiqué une pompe à morphine que j’aurais eue en 2023, lors de mes hospitalisations deux ans auparavant.

C’est impossible : je n’ai jamais eu de pompe à morphine en 2023.

J’ai appris plus tard auprès de mon avocate qu’il serait impossible de modifier une pompe à morphine sans faire partie de l’équipe médicale du service, car elles sont sécurisées par un code.

Il y avait également d’autres éléments dans le signalement qui, soit n’avaient aucun sens pour moi, soit étaient des propos de mes parents que je considère comme déformés.

Je suis persuadée — ou du moins, c’est inconcevable pour moi — que des médecins puissent être mal intentionnés à ce point.

Mais d’un autre côté, comment est-il possible que l’un d’entre eux ait pu mettre dans un signalement des éléments que je considère comme faux, comme cette histoire de pompe à morphine, qui accuse indirectement ma mère d’avoir essayé de me tuer ou de me droguer ?

Il ne devrait pas y avoir d’erreur sur ce genre de document, compte tenu de l’impact qu’une telle procédure peut avoir.

Et pourtant, jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais obtenu de réponse à cette question.

Le transfert en psychiatrie

Entre le moment où j’ai vu l’ASE et mon transfert, le Dr Rivière est venu me voir plusieurs fois dans ma chambre pour me parler, malgré le fait que je lui dise que je ne voulais pas le voir ni lui parler et que je souhaitais qu’il sorte de ma chambre.

Il ne le faisait pas.

J’ai finalement été transférée dans une unité de psychiatrie d’un autre hôpital parisien.

Je suis arrivée seule, sans mes parents.

Je n’ai même pas pu leur dire correctement au revoir, surtout à ma mère que je n’avais pas pu voir depuis un moment puisqu’elle était au téléphone lors de la réunion pendant laquelle on nous avait annoncé le signalement.

Avant d’entrer, on m’a fouillée et on m’a pris mon téléphone, qui n’était pas autorisé dans l’unité.

Je ne pouvais donc plus du tout communiquer avec ma famille.

La première nuit sur place a été horrible.

J’ai passé toute la nuit à pleurer.

J’étais malade et je souffrais, mais je n’avais plus le soutien de mes parents.

J’étais seule dans une chambre d’hôpital psychiatrique, avec un lit en fer et des fenêtres verrouillées.

Un mois et demi en psychiatrie

J’ai passé un mois et demi dans cet endroit.

Le personnel soignant ne savait pas s’occuper de problèmes de santé comme les miens.

Ils s’occupaient très mal de mes perfusions et n’arrivaient pratiquement jamais à me perfuser correctement.

Il y avait également l’obligation de prendre une douche tous les matins dans des douches qui sentaient très mauvais et dont le plafond et les murs étaient couverts de moisissures.

Mes cathéters — le petit tuyau placé dans une veine pour injecter des médicaments — n’arrêtaient pas de s’infecter.

Du pus sortait de la veine et cela me faisait très mal.

Mais ils ne faisaient rien d’autre que désinfecter et me piquer une dizaine de fois avant de parvenir à trouver une veine.

J’ai compté : pendant les trois premières semaines, ils m’ont piquée 57 fois.

Finalement, ils n’arrivaient plus du tout à me perfuser et ont fini par m’administrer mes antidouleurs par voie sous-cutanée.

Énumérer tout ce qui faisait de cet endroit un cauchemar — notamment les agressions sexuelles et physiques que j’y ai subies, ainsi que l’indifférence de certains soignants face à ma situation — serait beaucoup trop long.

Et, pour être honnête, je n’ai pas forcément envie de me replonger mentalement dans cette période.

Le retour du Dr Rivière

Peu après mon arrivée dans cette unité, la psychiatre qui en était responsable, qui était enceinte, est partie en congé maternité.

La personne qui a pris sa place a, comme par hasard, été le Dr Rivière.

Les dialogues entre nous étaient extrêmement tendus et il refusait de répondre à mes questions concernant le signalement.

Je suis finalement sortie après un mois et demi dans cette unité, malgré le fait que le placement avait été levé par une juge lors d’une audience au bout de seulement deux semaines.

Je suis restée aussi longtemps parce que le Dr Rivière, persuadé qu’il existait un dysfonctionnement familial, refusait ma sortie.

Après une longue bataille entre mes parents, moi et le Dr Rivière, je suis finalement rentrée chez moi.

Aujourd’hui

Je vais mieux grâce à la rééducation périnéale que j’ai reçue après ma sortie de l’unité de psychiatrie.

Mais aujourd’hui, j’ai énormément de flashbacks de mon séjour en psychiatrie, énormément de cauchemars et énormément de pensées qui reviennent autour de tous ces événements.

Je ne sais pas si ce post sera lu, ni même si c’est le bon endroit pour le partager.

Mais j’avais besoin de l’écrire.

J’avais besoin qu’il existe une trace quelque part de ce que j’ai vécu.

Je n’ai pas pu mettre dans ce post l’intégralité des maltraitances médicales que j’ai subies pendant cette période, car la raison principale qui me pousse à écrire ce témoignage est de dénoncer ce qui s’est passé.

J’ai donc choisi de garder surtout les éléments qui me semblent les plus importants.

Merci à ceux qui auront pris le temps de lire jusqu’ici.

reddit.com
u/Front-Version-1344 — 14 days ago