Nourriture terrestre

Pour subvenir à ses besoins, le poète compte sur son œuvre. C’est là sa contribution majeure à l’humanité. C’est pourquoi il attend d’elle qu’elle le nourrisse.

À cette évidence s’oppose une autre évidence : la poésie n’est lue que par un nombre infime d’entre nous. Et quand bien même certains y sont contraints, les lectures portent systématiquement sur les classiques, jamais sur les contemporains. C’est pourquoi les éditeurs refusent catégoriquement tout ce qui s’apparente à des vers ; une évidence qui place malheureusement le poète dans la merde.

Des voies existent néanmoins. Aucune n’est à rejeter en soi : soutien de la famille, des amis (par alternance), minima sociaux, vols… Même un passage à la rue peut être une expérience enrichissante.

Je signale toutefois qu’au sein des littérateurs français, une méthode reste largement employée : elle consiste à devenir fonctionnaire, puis à enchaîner les arrêts maladie. Une fois convoqué par la médecine du travail, vous pouvez convenir de vous faire passer pour fou. Ainsi, les arguments finiront par jouer en votre faveur pour basculer tranquillement dans l’inaptitude (jusqu’à quatorze ans de pension à taux plein, d’autres avant nous ont bien travaillé).

Si l’intermède ne vous a pas suffi pour vivre de la poésie, repassez le concours et recommencez le cycle autant que nécessaire.

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u/GRRRRR_ — 19 hours ago
▲ 1 r/Poesie

Nourriture terrestre

Pour subvenir à ses besoins, le poète compte sur son œuvre. C’est là sa contribution majeure à l’humanité. C’est pourquoi il attend d’elle qu’elle le nourrisse.

À cette évidence s’oppose une autre évidence : la poésie n’est lue que par un nombre infime d’entre nous. Et quand bien même certains y sont contraints, les lectures portent systématiquement sur les classiques, jamais sur les contemporains. C’est pourquoi les éditeurs refusent catégoriquement tout ce qui s’apparente à des vers ; une évidence qui place malheureusement le poète dans la merde.

Des voies existent néanmoins. Aucune n’est à rejeter en soi : soutien de la famille, des amis (par alternance), minima sociaux, vols… Même un passage à la rue peut être une expérience enrichissante.

Je signale toutefois qu’au sein des littérateurs français, une méthode reste largement employée : elle consiste à devenir fonctionnaire, puis à enchaîner les arrêts maladie. Une fois convoqué par la médecine du travail, vous pouvez convenir de vous faire passer pour fou. Ainsi, les arguments finiront par jouer en votre faveur pour basculer tranquillement dans l’inaptitude (jusqu’à quatorze ans de pension à taux plein, d’autres avant nous ont bien travaillé).

Si l’intermède ne vous a pas suffi pour vivre de la poésie, repassez le concours et recommencez le cycle autant que nécessaire.

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u/GRRRRR_ — 19 hours ago
▲ 4 r/Poesie

À vrai dire, on ne me remarque pas.

L'Un m'a éjecté de sa souffrance,
et j’ai cru trouver dans l’amour mon salut.
Toutefois, les choses furent difficiles pour moi .

Sans beauté particulière,
Ni handicap remarquable.
J'attire peu l'attention.

À vrai dire,
on ne me remarque pas.

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u/GRRRRR_ — 1 day ago
▲ 1 r/Poesie

Rien n’est violent

Nous marchons dans la ville,
le souffle lent.
Nos regards, sans être hostiles,
sont indifférents.

L'existence nous traverse
d’un pas constant.

Le rivage s'éloigne,
rien n'est violent.

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u/GRRRRR_ — 2 days ago
▲ 1 r/Poesie

Écouter Voir

Trois fois par jour, Ginette partage les repas avec Jean, son mari. C’est normal, ils sont mariés depuis cinquante-trois ans.

Mais depuis peu, Jean a moins d’attention. Il ne relance plus les conversations. À table, son épouse ne le reconnaît plus.

Est-ce Jean ? Ou est-ce son audition ?

Chez Écouter Voir, les vendeurs ne trichent pas. Ils diagnostiquent, tout simplement.

Et au magasin d’Andrésy, le vendeur a été formel :
Jean n’avait rien.

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u/GRRRRR_ — 2 days ago
▲ 0 r/Poesie

Militant

Un soir, sans trop savoir pourquoi, je me suis rendu à un meeting politique.

Un type lançait sa campagne. Franchement, j’avais pas mal bu.

Il faisait chaud et, au milieu de la foule, je me suis senti mal. Je suis allé dans un coin et j’ai vomi.

Ce n’est qu’après avoir repris mes esprits que j’ai réalisé que j’étais entouré d’une écrasante majorité de femmes. Ça m’étonnait, parce que, assez naïvement, je tenais la politique pour une affaire d’hommes encravatés, limite blaireaux.

À toute fin utile, je précise que j’étais à un meeting classé à gauche, tendance écologiste — ça doit jouer, évidemment.

Le type a fini par monter sur scène. À vrai dire, il n’était pas très connu. On parlait un peu de lui sur Wikipédia, mais ce n’était pas non plus une « bête politique » — Paris Match, par exemple, l’ignorait complètement.

En gros, un candidat moyen. Et pour la mairie de Paris, il avait toutes ses chances.

Comme orateur, il était d’ailleurs plutôt correct : une diction propre, un discours facile à suivre.

Il y avait des méchants — « les lobbies », « les voitures autonomes », « l’algorithmie » — et puis des solutions : « le vélo », « la marche à pied ».

C’était, globalement, assez moyen. Pas mauvais non plus. Enfin, rien de très différent de ce qu’on trouve habituellement en France.

Vers vingt-deux heures, j’ai commencé à crever la dalle. Je me suis senti un peu con de ne pas avoir pris ma voiture — une vieille Mitsubishi diesel, Crit’Air 4.

Je serais bien descendu à Rambouillet me faire des plats en sauce.

C’est peut-être un cliché un peu usé, mais au fond, on va à Rambouillet pour ça : manger des trucs d’antan, si possible bien lourds.

On n’en peut plus, simplement, de la salade César.

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u/GRRRRR_ — 2 days ago
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Militant

Un soir, sans trop savoir pourquoi, je me suis rendu à un meeting politique.

Un type lançait sa campagne. Franchement, j’avais pas mal bu.

Il faisait chaud et, au milieu de la foule, je me suis senti mal. Je suis allé dans un coin et j’ai vomi.

Ce n’est qu’après avoir repris mes esprits que j’ai réalisé que j’étais entouré d’une écrasante majorité de femmes. Ça m’étonnait, parce que, assez naïvement, je tenais la politique pour une affaire d’hommes encravatés, limite blaireaux.

À toute fin utile, je précise que j’étais à un meeting classé à gauche, tendance écologiste — ça doit jouer, évidemment.

Le type a fini par monter sur scène. À vrai dire, il n’était pas très connu. On parlait un peu de lui sur Wikipédia, mais ce n’était pas non plus une « bête politique » — Paris Match, par exemple, l’ignorait complètement.

En gros, un candidat moyen. Et pour la mairie de Paris, il avait toutes ses chances.

Comme orateur, il était d’ailleurs plutôt correct : une diction propre, un discours facile à suivre.

Il y avait des méchants — « les lobbies », « les voitures autonomes », « l’algorithmie » — et puis des solutions : « le vélo », « la marche à pied ».

C’était, globalement, assez moyen. Pas mauvais non plus. Enfin, rien de très différent de ce qu’on trouve habituellement en France.

Vers vingt-deux heures, j’ai commencé à crever la dalle. Je me suis senti un peu con de ne pas avoir pris ma voiture — une vieille Mitsubishi diesel, Crit’Air 4.

Je serais bien descendu à Rambouillet me faire des plats en sauce.

C’est peut-être un cliché un peu usé, mais au fond, on va à Rambouillet pour ça : manger des trucs d’antan, si possible bien lourds.

On n’en peut plus, simplement, de la salade César.

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u/GRRRRR_ — 2 days ago