Esclavage ou salariat ?
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Esclavage ou salariat ?

Je repost ici parce que je comprends rien aux subs et à leurs règles arbitraires, espérons que la philosophie soit plus clémente.

Pour recontextualiser un peu, j’ai constaté que pas mal de gens ici et ailleurs utilisent souvent le terme "esclavage" pour dénoncer le capitalisme, et lors d'un débat autour du sujet quelqu'un a cité Yourcenar : "Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage : on en changera tout au plus le nom. Je suis capable d'imaginer des formes de servitude pires que les nôtres, parce que plus insidieuses : soit qu'on réussisse à transformer les hommes en machines stupides et satisfaites, qui se croient libres alors qu'elles sont asservies, soit qu'on développe chez eux, à l'exclusion des loisirs et des plaisirs humains, un goût du travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les races barbares." (citation beaucoup upvotée, au passage)

La première option correspond à peu près au salariat actuel dans notre société de consommation, la deuxième au stakhanovisme d’un Elon Musk qui se vante de travailler "16 heures par jour, 7 jours sur 7, 52 semaines par an", ce barbare. Donc ça m'a inspiré cette expérience de pensée :

Si vous étiez un SDF sans qualification, vous préféreriez qu’un riche propriétaire terrien vous offre le gîte et le couvert à vie en échange de tâches ménagères ou de jardinage (genre wwoofing), ou vous préféreriez chercher du boulot par vous-même pour acheter vos propres logement et nourriture, avec tout le stress et les complications administratives que ça implique ?

C'est vrai qu'il existe une troisième solution : rester SDF, et je me demande quel pourcentage de SDF le sont par choix, par amour de la liberté. Edit : à ce sujet quelqu'un a mentionné fort à propos Le Loup et le Chien de La Fontaine, j'ajouterai ceci : https://www.youtube.com/watch?v=07j2okbYjPs&list=RD07j2okbYjPs

Vu les réactions, le sentiment général semblait être que l'esclavage est bien pire parce que cette forme de réification (exploitation, servitude) autorise tous les abus : emprisonnement, violence, etc. C'est tout juste si on me traitait pas d'esclavagiste pour oser cette comparaison. Je veux bien, mais alors pourquoi ces mêmes gens sont les premiers à se présenter comme des esclaves quand ils pestent contre le patronat ? (dans le débat qui a inspiré toute cette réflexion, un ingénieur qualifiait ses études de vie de merde et d'esclave, je n'invente rien)

u/Own-Material-7004 — 6 days ago
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Soumission de Houellebecq

Je viens de lire le livre avec cette réaction d'Ali Baddou en tête et j'ai du mal à la comprendre. Une seule phrase de Plateforme me paraît plus insultante que tout Soumission : « L'islam ne pouvait naître que dans un désert stupide, au milieu de bédouins crasseux qui n'avaient rien d'autre à faire — pardonnez-moi — que d'enculer leurs chameaux. »

Au contraire dans Soumission l'islam est présentée comme une porte de sortie envisageable, voire une alternative souhaitable à la décadence occidentale. Alors qu'y a-t-il d'islamophobe là-dedans ?

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u/Own-Material-7004 — 15 days ago

Naissance et sens de la prison

Je suis en train de lire le très stimulant Surveiller et punir de Foucault. Il montre bien comment on passe de la peine des supplices au Moyen âge (notamment "la question ou la torture", que Beccaria condamne ainsi : « C’est une barbarie consacrée par l’usage dans la plupart des gouvernements que de donner la torture à un coupable pendant que l’on poursuit son procès, soit pour tirer de lui l’aveu du crime; soit pour éclaircir les contradictions où il est tombé; soit pour découvrir ses complices, ou d’autres crimes dont il n’est pas accusé, mais dont il pourrait être coupable; soit enfin parce que des sophistes incompréhensibles ont prétendu que la torture purgeait l’infamie. ») à la peine de prison au siècle des Lumières, sous l'impulsion de réformateurs éclairés comme Beccaria par exemple.

En jetant un œil à son Des délits et des peines, je suis tombé sur la formulation exacte de ce que Bentham théorisera plus tard sous le nom d'utilitarisme : « Ouvrons l’histoire : nous verrons que les lois, qui devraient être des conventions faites librement entre des hommes libres, n’ont été le plus souvent que l’instrument des passions du petit nombre, ou la production du hasard et du moment, jamais l’ouvrage d’un sage observateur de la nature humaine, qui ait su diriger toutes les actions de la multitude à ce seul but : tout le bien-être possible pour le plus grand nombre. » Libéralisme et utilitarisme : même combat, même idéal des Lumières. Foucault fait d'ailleurs du panoptique de Bentham le paradigme de la société disciplinaire (devenue société de contrôle et de surveillance généralisée aujourd'hui).

Bref je m'égare, ce qui m'interroge c'est ce qui agitait déjà ces grands réformateurs : que faire de tous ces prisonniers ? D'un point de vue purement capitaliste, la réponse est simple : les mettre au travail (du latin tripalium, instrument de torture), et il y a certainement eu quelques républicains français, ces révolutionnaires bourgeois, pour approuver l'idée, avec leur sacralisation du travail au profit de l'intérêt général et du bien commun, au nom de la res publica. Des travaux forcés pour assurer les travaux publics, quelle meilleure manière d'employer les prisonniers pour les "redresser" ? On pourrait même leur garantir un salaire pour les motiver, faciliter leur réinsertion et éviter les récidives...

Ma question c'est : pourquoi ça ne s'est pas fait, pourquoi l'idée ne s'est-elle pas imposée à notre époque si prompte à dénoncer le gaspillage ? Seul un tiers des prisonniers travaillent aujourd'hui, parce qu'ils n'y sont pas obligés et parce que les offres sont limitées, la plupart végètent donc dans des conditions certes exécrables, mais avec au moins le gîte et le couvert, contrairement à nos SDF. Et pensez aux prolétaires du temps jadis, aux misérables chantés par Victor Hugo qui n'ont que leur force de travail à vendre : n'est-ce pas préférable pour eux de finir en prison, n'y seraient-ils pas mieux lotis ?

C'est là où l'idée de Foucault selon laquelle la prison est le modèle de la société disciplinaire frappe le plus juste je trouve, parce qu'il n'y a fondamentalement pas de différence entre l'une et l'autre. Donc pour répondre à ma question, je pense que ça ne s'est pas fait d'abord parce que ça aurait commencé par se voir, que l'usine ne vaut pas mieux que la prison. Mais c'est aussi à mon avis en vertu même du principe utilitariste, qui veut qu'on réduise au maximum la souffrance des êtres sensibles : les prisonniers sont des êtres sensibles qui ont le droit au bien-être comme tout le monde, or travailler est une torture, donc : plus de travaux forcés, le travail n'est pas obligatoire (tout en restant libre). Vivement que ce principe s'applique à la société civile j'ai envie de dire...

Bref je ne sais pas trop quoi penser de tout ça, et vous ? Au fond, qu'est-ce qui distingue un "criminel" qui cambriole une banque d'un patron qui exploite et extorque ses ouvriers, si ce n'est qu'il y en a un qui finit en prison, et que l'autre a la loi de son côté ?

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u/Own-Material-7004 — 24 days ago
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Le recrutement des pompiers volontaires

Je me porte volontaire pour rejoindre leurs rangs, vu les incendies récents et ceux à venir avec le réchauffement climatique, et voilà-t'y pas que je me fais refouler comme un mal-propre parce que j'ai pas de travail !

Mais depuis quand il faut un emploi stable pour éteindre un feu ? C'est précisément parce que je trouve pas de boulot que j'ai pensé au bénévolat, parce que j'ai le temps et que je suis disponible pour aider, mais apparemment ça les intéresse pas...

Je sais que c'est pas partout pareil, mais quand je vois que les pompiers manifestent parce qu'ils n'ont pas assez de moyens et d'effectifs, faut ptet se poser des questions et savoir ce qu'ils veulent

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u/Own-Material-7004 — 1 month ago