
Pour un pays apaisé sur l’identité : le compromis nécessaire que l’on refuse de voir
La France s’enferme dans une querelle sans porte de sortie. D’un côté, les identitaires voient le pays changer trop vite, trop profondément, sans qu’on leur ait jamais demandé leur avis. De l’autre, les antiracistes voient dans toute inquiétude culturelle une menace injuste contre les Français issus de l’immigration. Chacun pense que la victoire politique de son camp réglerait le problème.
Je pense l’inverse. Même si un camp gagnait, il ne ferait pas disparaître le ressentiment de l’autre. On ne supprimera pas par décret la frustration de Français qui voient leur pays se transformer d’une façon qu’ils n’ont pas choisie, ni la complexité des sociétés multiculturelles. Mais on ne fera pas non plus partir par magie des millions de personnes d’origine extra-européenne, souvent françaises, souvent nées ici, parfois métisses. La France réelle est celle-là. Il faut donc organiser la coexistence au lieu de la nier.
Le compromis que je propose tient en une idée simple : les Français doivent pouvoir se sentir chez eux culturellement et en sécurité dans leur pays ; les immigrés et leurs descendants doivent avoir un contrat clair, exigeant, mais juste. Ce contrat reste plus favorable que ce que beaucoup de pays du monde réservent aux immigrés : égalité devant la loi, protection de l’État, possibilité de réussir, accès possible à la nationalité. Mais il ne peut plus reposer sur le mensonge selon lequel la France serait une page blanche, les autochtones n’ont aucun droit et les personnes issues de l’immigration n’ont aucun devoir.
La France est le foyer historique de la culture française. Cela doit être dit clairement, et même inscrit dans la Constitution. La République n’est pas née de rien : elle hérite d’une langue, de paysages, de coutumes, de fêtes, de monuments, de traditions populaires, de provinces, de terroirs, de rois, de paysans, de soldats et de saints. Elle hérite aussi d’un fond chrétien qui a profondément façonné le pays, toujours présent dans nos valeurs, et que nous avons sans doute trop oublié au nom de la modernité.
Même une France largement laïque et multiculturelle reste une France où Noël sera encore férié dans quarante ans, parce que c’est Noël: fête chrétienne du solstice d’hiver et célébration de la naissance. Les racines chrétiennes de la France font partie de sa culture, au même titre que ses cathédrales, ses villages, ses clochers, ses jours fériés, son calendrier, ses prénoms, ses œuvres d’art, sa littérature et une partie de sa morale collective.
Cela ne veut pas dire que les autres religions doivent être interdites. Le droit de pratiquer l’islam, le judaïsme, le bouddhisme ou toute autre religion doit être garanti. Mais aucune religion ne doit pouvoir exiger de remodeler les institutions publiques selon ses prescriptions. Et soyons honnêtes : dans la France d’aujourd’hui, le sujet principal est l’entrisme islamiste dans certains espaces publics, pas une menace imaginaire venue des bouddhistes.
Le message adressé aux musulmans doit être clair : ils peuvent pratiquer leur religion en France, dans des conditions plus favorables que celles dont bénéficient les religions minoritaires dans beaucoup de pays du monde, et la République doit les protéger sans faiblesse contre toute violence. Mais ceux qui veulent vivre dans un pays où la loi publique suit la loi islamique doivent reconnaître que ce pays ne peut pas être la France. Ce n’est pas un jugement moral : il est positif qu’il existe, dans l’espace culturel musulman, des nations organisées selon des principes islamistes. La diversité des civilisations et des modes de gouvernement est une richesse : elle rend le monde plus résilient et plus créatif. Il est aussi légitime que certains veuillent vivre dans une telle société, comme un Occidental expatrié en Arabie saoudite peut préférer revenir dans un pays dont les mœurs lui correspondent. Mais l’islam comporte, dans ses textes et dans une partie de sa tradition classique, une dimension juridique et politique hégémonique, que la pratique quotidienne de beaucoup de musulmans nuance ou ignore, mais que des extrémistes peuvent toujours réactiver. En France, le principe de séparation de l’État et de l’Église, hérité du christianisme puis largement accepté par la modernité politique, doit rester la loi commune.
Il faut aussi reconnaître les cultures régionales. Le breton, le basque, le corse, l’alsacien, l’occitan, le provençal, le flamand, les langues d’oïl, les fêtes locales, les processions, les chants, les danses, les cuisines, les costumes, les architectures : tout cela n’est pas du folklore pour touristes. C’est une partie de l’âme du pays. La modernité administrative a trop souvent voulu l’oublier, comme elle a voulu oublier l’héritage religieux. Une République sûre d’elle-même n’a pas besoin d’écraser les cultures régionales. Elle doit les protéger et les transmettre.
Les institutions publiques doivent donc avoir le droit de participer à la promotion et au maintien de la culture française historique. Une mairie, une école, une région, un musée, une fête locale ne doivent pas être condamnés à une neutralité culturelle absolue, comme si la France devait s’excuser d’avoir une histoire. Il est normal qu’une commune soutienne une fête traditionnelle, une procession, une crèche, une bénédiction des bateaux, une fête patronale ou une manifestation culturelle d’origine chrétienne, dès lors qu’elle est ouverte à tous. La neutralité de l’État doit protéger la liberté de conscience ; elle ne doit pas effacer la culture du pays.
Cela demandera probablement des changements constitutionnels. Je ne vois pas pourquoi il faudrait s’en scandaliser. Aucune constitution française n’a été conçue pour gérer un pays devenu profondément multi-ethnique, multi-religieux et traversé par des tensions culturelles de masse. Les textes actuels ont été pensés dans un autre monde, pour un pays beaucoup plus homogène, où certaines évidences n’avaient pas besoin d’être nommées. Ce n’est plus le cas. Quand la réalité change, les institutions doivent pouvoir la regarder en face.
Ce compromis suppose aussi de rendre au débat public sa liberté. On doit pouvoir parler d’immigration, d’insécurité, d’identité, de religion, d’assimilation, sans craindre immédiatement la plainte, l’étiquette infamante ou la destruction sociale. Il faut revoir l’empilement actuel des lois de censure, dont la loi Gayssot est le symbole, pour réserver le droit pénal à ce qui le justifie vraiment : l’incitation publique à la violence, au harcèlement ou à la persécution, ainsi que la diffamation. Dans un pays libre, les idées fausses ou brutales doivent d’abord être combattues par l’argument, pas par l’extension sans fin du pénal.
Il faut aussi protéger les conversations privées, y compris sur Internet. Un propos tenu dans un groupe privé ne devrait pas pouvoir être sorti de son contexte par un journaliste pour ruiner quelqu’un, sauf s’il révèle une menace grave, une entreprise terroriste, une conspiration criminelle ou un délit réel. Publier des conversations privées pour fabriquer un scandale devrait être lourdement sanctionné. La liberté de penser n’existe pas si chacun doit parler dans sa cuisine comme s’il était déjà devant un tribunal.
Internet mérite en plus un statut particulier. Beaucoup de gens s’y expriment trop vite, parfois mal, parfois bêtement. Il faut distinguer la faute isolée de la campagne de harcèlement. Pour un anonyme qui donne son avis, il devrait exister un droit à la première faute avec une simple amende avant des sanctions potentiellement plus graves. Le pseudonymat doit être protégé, hors procédure judiciaire sérieuse. Et critiquer vivement une personnalité publique ne doit pas être assimilé à du harcèlement dès lors qu’il n’y a ni menace, ni appel à la violence.
Il faut également clarifier la liberté des institutions privées. Une entreprise, une association, une école privée, une librairie, un restaurant doivent pouvoir assumer une culture propre et fixer des règles visibles. Une chaîne de restaurants halal voudra probablement recruter des personnes à l’aise avec cet univers ; une librairie catholique aussi ; une entreprise très laïque pourra vouloir limiter certains signes religieux dans son espace de travail. Cela existe déjà. Faire semblant que tout serait neutre ne rend pas la société plus juste, seulement plus hypocrite. La règle doit être claire : pas d’humiliation, pas de violence, pas d’exclusion administrative des citoyens ; mais une vraie liberté d’organisation pour les acteurs privés, surtout quand leur activité repose sur une identité culturelle ou confessionnelle assumée.
Il faut aussi assumer le droit, dans la sphère privée, d’organiser des événements réservés à une communauté religieuse, culturelle ou historique, y compris autochtone. L’hypocrisie actuelle est inutile : des groupes musulmans, juifs, catholiques, bretons, corses, arméniens, africains, asiatiques ou LGBT organisent déjà des moments pensés d’abord pour eux. C’est normal. Une société libre doit permettre à des communautés de transmettre leurs rites, leurs codes, leur mémoire et leur sociabilité. La limite doit être simple : pas de violence, pas d’appel à la haine, pas de pression sur les institutions communes. Mais dans le privé, la liberté d’association doit inclure le droit de cultiver une appartenance particulière.
L’administration des étrangers doit, elle aussi, être réformée. Cette administration est lente, soupçonneuse et frustrante avec les personnes de bonne foi ; elle est faible, confuse et inefficace avec les fraudeurs et les délinquants. Il faut faire l’inverse. Pour ceux qui respectent les lois, travaillent, étudient, paient leurs impôts et jouent le jeu, les procédures doivent être plus simples, plus rapides, plus lisibles, y compris un droit réaffirmé de se marier au pays pour les franças d’origine étrangère. Pour ceux qui fraudent, mentent, commettent des délits ou refusent les décisions de justice, les expulsions doivent devenir effectives, avec des recours limités, des délais courts, et peut-être de nouveaux outils, comme des centres de rétention dans un pays tiers pour les ressortissants de pays qui ne jouent pas le jeu de reprendre leurs ressortissants.
La France doit redevenir totalement souveraine sur l’asile. La vieille formule révolutionnaire selon laquelle la France accueille les étrangers persécutés « pour la cause de la liberté », reprise dans notre bloc constitutionnel, était noble dans un monde de nations peu nombreuses et de migrations limitées. Elle devient impraticable dans un monde de huit milliards d’habitants, promis à des guerres, des effondrements d’États, des persécutions et des drames humains massifs. Nous pouvons détruire la France en accueillant seulement une infime fraction des personnes affectées par ces tragédies sans rien résoudre. La Constitution doit donc être changée pour supprimer cette automaticité de principe et garantir que l’accueil des réfugiés relève entièrement d’un choix souverain de la nation française : combien, qui, dans quelles conditions, avec quelles garanties de sécurité et d’intégration, sans qu’un organisme supra-national n’ait son mot à dire.
Il faut aussi modifier le droit du sol. Je ne propose pas de fermer définitivement la nationalité française aux enfants d’immigrés nés en France. Mais je ne vois pas pourquoi elle devrait être accordée presque automatiquement, comme une simple formalité administrative. La nationalité française doit se mériter. Un enfant d’étrangers né en France pourrait, par exemple, devenir Français à vingt ans s’il a grandi ici, parle français, et a respecté les lois. Ce serait encore beaucoup plus généreux que les pays fondés presque exclusivement sur le droit du sang, et cela supprime les critères aléatoires de compatibilité culturelle. Mais cela rappellerait une chose essentielle : être Français n’est pas seulement avoir passé assez d’années sur un territoire. C’est entrer dans une communauté politique, avec des droits, des devoirs et une loyauté. C’est aussi une façon de donner une motivation, malgré les difficultés, aux enfants d’immigrés pour bien se comporter, ce qui est dans leur intérêt.
À cela doit s’ajouter une politique ferme contre la petite délinquance et les incivilités du quotidien. Ce sont elles qui détruisent la confiance, l’envie de vivre ensemble, et souvent la tolérance des classes populaires envers l’immigration. Les grandes déclarations sur la fraternité ne valent rien si les gens ont peur dans leur hall d’immeuble, dans le bus, à l’école ou dans la rue. Il faut des sanctions courtes, rapides, certaines, proportionnées, mais réellement dissuasives.
Enfin, il faut défendre la mixité scolaire, sociale et donc souvent ethnique dans l’école publique. Mais cette mixité ne peut pas être une punition imposée aux familles tranquilles, et il y en a aussi beaucoup dans les communautés immigrés. Si l’on veut mélanger les enfants, il faut aussi protéger ceux qui veulent apprendre. Cela suppose une discipline forte, des réponses rapides aux comportements violents ou perturbateurs, et des structures spécifiques pour les élèves qui empêchent les autres de travailler.
Je pense que la discipline scolaire devrait devenir une branche à part entière de l’Éducation nationale, avec un personnel spécialisé, dont une partie pourrait venir du monde militaire, de la gendarmerie, de la sécurité civile ou d’autres métiers où l’on sait tenir un cadre. J’assume l’idée de remettre dans l’école certaines valeurs viriles issues du monde militaire : la tenue, le courage, l’effort, la maîtrise de soi, le respect de la parole donnée, et cette bienveillance ferme où on est puni pour un écart, tout en gardant une chance de s’en sortir si on corrige son comportement. L’Éducation nationale, très féminisée, manque parfois de cette dimension. Beaucoup de jeunes, notamment ceux qui grandissent sans cadre familial solide, ont besoin d’adultes capables d’incarner une autorité ferme sans être brutale. On a beaucoup exploré la pédagogie de l’écoute, de la compréhension et de l’excuse sociale. On a beaucoup moins exploré la pédagogie du cadre physique, de l’effort immédiat et de la confrontation à une autorité masculine solide : parfois, devoir faire trente pompes sous le regard d’un adulte impressionnant, qui vous rappelle sèchement les règles, peut marquer plus efficacement qu’une heure de discours abstrait sur le vivre-ensemble.
Ce programme ne satisfera pas les extrêmes. Les identitaires les plus durs diront qu’il ne va pas assez loin, parce qu’il reconnaît que les Français issus de l’immigration font partie du pays. Les antiracistes les plus idéologiques auront du mal à sortir de leur cadre manichéen où tout est de la faute des méchants blancs racistes.
C’est précisément pour cela qu’il me semble utile. Un bon accord n’est pas celui où chaque camp obtient tout. C’est souvent celui où chacun a l’impression de faire une concession légèrement désagréable, mais tolérable. Ici, les Français autochtones obtiennent que leur pays cesse de nier sa continuité historique et culturelle. Les immigrés et leurs descendants obtiennent un cadre clair, exigeant, mais protecteur, avec la possibilité pleine et entière de devenir Français s’ils respectent les règles communes.
Certaines mesures vous sembleront peut-être trop dures, d’autres trop timides, d’autres encore incomplètes. C’est précisément ce que j’aimerais discuter : que faut-il changer, ajouter, retirer ou préciser pour construire un accord vivable ? La seule impasse, à mes yeux, serait de continuer à attendre la victoire totale d’un camp sur l’autre. Dans ce cadre, vos critiques et vos idées sont les bienvenues, directement ici ou sur le substack France 2027 que je vous engage à rejoindre.