
Présidentielle 2027 : comment achever la France avec l’IA
La France a toutes les institutions et les mauvais réflexes pour être un grand perdant de la révolution industrielle autour de l'IA.

La France a toutes les institutions et les mauvais réflexes pour être un grand perdant de la révolution industrielle autour de l'IA.
Il faut partir d’une hypothèse : l’intelligence artificielle sera au travail intellectuel ce que la machine à vapeur fut au travail manuel. Pas un logiciel de plus, mais une technologie générale capable d’augmenter brutalement ce qu’un individu peut produire.
Si cette hypothèse est juste, nous entrons dans une nouvelle révolution industrielle, avec ses gains de productivité, ses fortunes nouvelles, ses métiers détruits et ses crises de transition.
Cela devrait faire de l’IA l’un des grands sujets de la présidentielle de 2027. C’est précisément ce qui m’inquiète.
La France aborde cette révolution avec du retard et quelques-unes des meilleures machines institutionnelles à perdre : des hauts fonctionnaires qui pensent d’abord réglementation, des groupes d’intérêt qui défendent leurs rentes, des élus qui veulent bien du progrès dans la commune voisine, une école lente à changer et une culture sociale qui considère trop souvent toute restructuration comme suspecte.
La campagne de 2027 pourrait devenir un remarquable concours d’idées suicidaires.
Sabotage n°1 : chasser les data centers
L’IA a besoin de data centers, d’électricité, de foncier et de raccordements. La France dispose justement d’un avantage précieux : une électricité largement décarbonée grâce au nucléaire.
Nous sommes parfaitement capables de le gâcher.
On peut annoncer à Paris des dizaines de milliards d’investissements dans l’IA, puis expliquer sur le terrain qu’un data center consomme de l’eau, artificialise quelques hectares, nécessite une ligne électrique ou contrarie un règlement local. Ajoutons le zéro artificialisation nette, les procédures environnementales, les recours et notre remarquable industrie nationale du NIMBY, et l’ambition présidentielle peut vite devenir un parcours administratif.
Puis nous utiliserons quand même l’IA.
Simplement, le calcul sera effectué à Francfort, Dublin ou dans l’Ohio. Nous aurons perdu les investissements, les emplois, les recettes fiscales et une partie de notre souveraineté, sans supprimer la consommation d’énergie correspondante.
Nous connaissons déjà cette spécialité : refuser chez nous une production jugée impure, puis importer tranquillement son résultat, nous appliquons déjà la méthode avec précision dans l’énergie et l’agriculture. Il serait dommage que le numérique y échappe.
Sabotage n°2 : réglementer jusqu’à l’impuissance
Une IA générative produit des probabilités. Avec assez d’obstination et des prompts construits pour contourner ses protections, on pourra toujours lui arracher une réponse scandaleuse, en publier la capture d’écran et réclamer une nouvelle réglementation.
La mécanique française est facile à imaginer : commission parlementaire, autorité indépendante, obligations de conformité, sanctions, rapports et formulaires.
Un haut fonctionnaire français confronté à une technologie nouvelle semble parfois animé d’un principe simple : si elle bouge encore, c’est qu’elle n’est pas assez réglementée.
Or la réglementation lourde ne tue pas d’abord Google ou Microsoft. Ils peuvent recruter deux cents juristes supplémentaires. Elle tue la start-up qui n’en a que vingt salariés.
Nous pourrions ainsi adopter, pour nous protéger des géants américains, des règles que seuls les géants américains auront les moyens de respecter.
Et si proposer les meilleurs modèles devient juridiquement trop risqué en Europe, nos ingénieurs, médecins, avocats ou entrepreneurs travailleront tout simplement avec de moins bons outils que leurs concurrents.
Mais parfaitement conformes.
Sabotage n°3 : interdire aux machines d’apprendre
Le droit d’auteur sera un autre champ de bataille. Il est évidemment légitime d’empêcher quelqu’un de reproduire et vendre l’œuvre d’un autre. Mais entraîner une IA pose une question différente : une machine a-t-elle le droit de lire une œuvre pour apprendre à partir d’elle ?
Une partie du monde cherchera des compromis pragmatiques. La France peut choisir de transformer progressivement le droit d’auteur en droit d’interdire aux machines d’apprendre.
Notre politique culturelle dispose pour cela d’un écosystème très efficace d’institutions, de sociétés de gestion, d’artistes subventionnés et de professionnels particulièrement bien entraînés à présenter leur intérêt économique comme celui de la civilisation tout entière.
Ils seront généralement mieux introduits dans les ministères que l’entrepreneur inconnu qui essaie de construire l’industrie de demain.
Nous pourrons donc protéger admirablement la création française contre les modèles français, pendant que les modèles étrangers apprendront ailleurs.
Puis nous achèterons ces modèles étrangers, ou, encore pire, nous les interdirons, et ne donnerons que des outils de seconde zone à nos entreprises et nos artisans.
Sabotage n°4 : invoquer le modèle souverain comme une amulette
Face à la dépendance américaine apparaîtra naturellement le mot magique : souveraineté.
Le problème existe. Dépendre entièrement de quelques sociétés étrangères pour une technologie aussi stratégique serait imprudent. Mais cela ne signifie pas que l’État doit nécessairement financer son clone national de ChatGPT.
L’IA repose sur toute une chaîne : énergie, puces, data centers, cloud, modèles, logiciels et usages. Nous ne serons pas souverains partout. Il faut choisir ce qu’il est réellement stratégique et réaliste de maîtriser.
Notre histoire industrielle possède déjà un joli cimetière de projets destinés à reproduire avec quelques années de retard un succès étranger, généralement accompagnés d’un consortium, d’un acronyme, de plusieurs ministres et d’un budget public conséquent.
« Souverain » n’est pas un modèle économique.
Surtout, le modèle tricolore ne doit pas devenir l’alibi permettant d’oublier l’essentiel : l’adoption. Dix millions de Français travaillant efficacement avec les meilleurs modèles du monde valent probablement davantage qu’un chatbot national médiocre présenté fièrement lors d’une conférence de presse, et dont la principale qualité est d’avoir été financé avec de l’argent public et d’être dirigé par le neveu d’un ministre.
Sabotage n°5 : enseigner le monde d’hier
En 2000, j’ai été formé au réseau téléphonique commuté, alors que la technologie n’avait plus aucun avenir. Un système de formation lent peut enseigner très sérieusement quelque chose au moment où le monde est déjà en train de le remplacer.
Avec l’IA, le décalage risque d’être beaucoup plus rapide. Certaines compétences peuvent perdre une grande partie de leur valeur en quelques années, tandis que modifier un programme, un diplôme ou un concours français reste une aventure administrative dont le calendrier sera rythmé par les changements de ministre.
L’Éducation nationale risque en plus de gaspiller une énergie considérable à essayer de faire sortir l’IA des salles de classe : détecter les devoirs écrits par ChatGPT, interdire les usages, réinventer la dissertation surveillée.
Pendant ce temps, elle pourrait passer à côté de l’essentiel.
L’IA peut donner à chaque enfant quelque chose autrefois réservé aux familles riches : un professeur particulier disponible en permanence, capable de reprendre une notion dix fois, d’essayer une autre explication, de fabriquer instantanément un exercice adapté et de repérer exactement ce que l’élève n’a pas compris.
Et nous sommes tout à fait capables d’en faire un petit module optionnel au fond d’une plateforme pédagogique.
Car le mettre réellement au centre supposerait aussi une blessure narcissique : admettre que la valeur d’un professeur ne tient pas au fait de fabriquer lui-même chaque cours, chaque fiche et chaque exercice. Son rôle pourrait devenir davantage celui qui fixe les objectifs, contrôle les acquis, motive, organise le collectif et apporte la relation humaine.
Cela suppose de renoncer à une part du bricolage artisanal érigé en noblesse professionnelle.
Il serait malheureusement très français de protéger longtemps le cours médiocre fabriqué à la main, pendant que d’autres pays donneront à chaque élève l’équivalent d’un excellent professeur particulier.
Sabotage n°6 : protéger les postes jusqu’à perdre les entreprises
L’IA transformera probablement beaucoup de métiers de cols blancs : administration, comptabilité, droit, informatique, conseil, traduction, graphisme, fonctions support.
La réaction française sera prévisible : empêcher les suppressions de postes.
Mais une entreprise doit parfois supprimer des emplois alors qu’elle gagne encore de l’argent, précisément pour continuer à en gagner dans cinq ans. C’est ce que comprend mal une partie de notre culture sociale, notamment un syndicalisme encore marqué par une grille marxiste où une restructuration profitable est spontanément suspecte : si l’entreprise ne perd pas encore d’argent, pourquoi supprimer des emplois ?
Parce qu’après, il est parfois trop tard.
Imaginons qu’une banque américaine automatise massivement ses fonctions support, baisse ses coûts et améliore son service. Si sa concurrente française doit conserver pendant cinq ans son ancienne organisation parce qu’une restructuration est politiquement et juridiquement presque impossible tant qu’elle reste bénéficiaire, elle finira simplement plus chère et moins bonne.
Elle perdra alors des clients, puis des parts de marché.
Le même risque existe pour l’aéronautique. Nos grands constructeurs peuvent être extrêmement performants aujourd’hui et néanmoins perdre demain face à une chaîne industrielle étrangère qui utilise mieux l’IA dans la conception, les achats, la documentation, la maintenance ou les fonctions administratives.
À ce stade, on ne protège plus quelques emplois. On met en danger toute une filière.
Et lorsqu’une filière disparaît, elle emporte ses bureaux d’études, ses sous-traitants, ses ingénieurs et un savoir-faire construit pendant des décennies. Tout cela se détruit beaucoup plus vite que cela ne se reconstruit.
La bonne doctrine devrait donc être l’inverse de la nôtre : moins protéger les emplois, mieux protéger les personnes.
Une entreprise doit pouvoir se transformer avant d’être malade. Celui qui perd son emploi doit pouvoir vivre quelques mois correctement, acquérir vite une compétence utile et retrouver une activité sans passer un an et demi entre formulaires, chômage et séminaire PowerPoint sur son « projet professionnel ».
C’est la logique de la flexisécurité. Elle est probablement politiquement toxique en France. Elle n’en sera pas moins nécessaire.
Sinon nous risquons de cumuler le pire : empêcher les restructurations lorsqu’elles pourraient sauver l’entreprise, puis payer très cher le chômage lorsque l’entreprise aura finalement perdu ses marchés.
Sabotage n°7 : arriver sans argent
Une révolution industrielle n’est jamais socialement indolore. Même si l’IA augmente énormément la richesse à long terme, elle peut provoquer entre-temps faillites, reconversions et pertes brutales de revenus.
C’est précisément le moment où disposer d’un État financièrement solide serait utile.
Nous arrivons avec une dette énorme, des déficits chroniques et des dépenses tellement rigides que quelques milliards d’économies suffisent déjà à provoquer une crise politique.
Voilà une raison supplémentaire de remettre rapidement les finances publiques en ordre.
Non parce que nous savons exactement ce que fera l’IA. Parce que nous n’en savons rien.
Si des centaines de milliers de cols blancs ont brutalement besoin d’une transition professionnelle, ce sera un mauvais moment pour découvrir que nous avons dépensé depuis trente ans toute notre capacité à amortir les crises.
Nous avons déjà pris du retard
La France n’aborde pas cette révolution depuis la pole position.
Nous avons déjà pris du retard face aux États-Unis, la Chine, et d’autres pays, et nous traînons des handicaps lourds : fiscalité élevée, finances publiques délabrées, bureaucratie lente, marché du travail rigide et culture politique méfiante devant la destruction créatrice.
Nous pouvons encore aggraver considérablement la situation.
Chasser les data centers. Réglementer les meilleurs modèles jusqu’à nous en priver. Transformer le droit d’auteur en barrière technologique. Financer un champion national en retard. Laisser l’école enseigner le monde précédent. Empêcher nos entreprises de se restructurer jusqu’à ce qu’elles perdent leurs marchés. Puis découvrir que l’État n’a plus d’argent pour accompagner les victimes.
La présidentielle de 2027 devrait donc poser une question brutale : comment empêcher la France de décrocher définitivement pendant la révolution de l’IA ?
Je crains plutôt une compétition pour savoir qui nous protégera le mieux contre les data centers, les licenciements, les modèles étrangers, la transformation de l’école et, finalement, contre l’économie qui est en train de naître.
Nous sommes déjà blessés.
Il faudrait éviter que 2027 soit l’année où nous décidons de nous achever nous-mêmes. Je ne suis pas optimiste.
Cet article a également été publié sur le Substack Soyons Sérieux, que je vous engage à rejoindre.
La France aime la diversité tant qu’elle reste décorative. Plusieurs cuisines, plusieurs costumes, plusieurs fêtes : très bien. Plusieurs conceptions de la famille, de l’éducation, du corps, de la vie et de la mort : beaucoup moins.
Sur ces sujets, notre République continue de croire qu’il doit exister une seule morale légitime, définie au niveau national, enseignée par l’école, financée par tous et appliquée dans toutes les institutions. Elle se prétend multiculturelle, mais fonctionne encore comme une machine à fabriquer de l’uniformité.
Ce n’est pas un accident. La République française a longtemps traité la diversité par l’assimilation. Elle a marginalisé les langues régionales, humilié ceux qui parlaient encore le « patois » et fait du français exclusif une condition de l’ascension sociale. Elle n’a jamais vraiment appris à faire coexister plusieurs cultures robustes : elle a appris à en faire disparaître certaines, puis à appeler le résultat « unité nationale ».
Nous nous racontons pourtant que la France du XXe siècle était déjà profondément diverse parce que ses affrontements politiques étaient violents. Communistes, gaullistes, démocrates-chrétiens et socialistes semblaient appartenir à des mondes irréconciliables, mais vivaient encore sur un fonds culturel largement commun.
Je viens de revoir les photographies de première communion des enfants des couples les plus gauchistes de ma famille, jusque dans les années 1970. Les parents votaient parfois communiste et entretenaient avec le catholicisme un rapport de distance, de moquerie et de mépris ambivalent. Ils continuaient pourtant à faire communier leurs enfants et à penser la famille, la décence, le devoir ou le sacrifice dans un univers façonné par des siècles de christianisme.
Même le communisme stalinien, pourtant antichrétien, partageait encore avec ce monde la discipline, le sacrifice individuel, le primat du collectif, la méfiance envers l’hédonisme et des mœurs plutôt conservatrices. Le pluralisme politique masquait donc une relative homogénéité morale.
Cette homogénéité a disparu.
La première rupture vient de l’installation durable de l’islam en France. Il est peu sérieux d’imaginer qu’il se dissoudra mécaniquement dans la sécularisation générale.
Une partie importante de l’islam se conçoit comme un ordre normatif complet. Il organise la famille, la sexualité, l’héritage, les rapports entre les sexes et la vie collective. Il ne se réduit pas à quelques fêtes familiales ou à un vague attachement identitaire et possède donc de puissants mécanismes de transmission.
L’histoire offre peu d’exemples de populations musulmanes pratiquantes converties en masse par le prestige d’une puissance extérieure. Il paraît naïf d’imaginer que la France contemporaine y parviendra par la seule attraction de son modèle. Une nation vieillissante, économiquement dépassée, dépressive et incapable de maîtriser ses comptes n’exerce pas une force d’assimilation irrésistible sur une religion encore capable d’offrir une morale, une communauté et une promesse de continuité.
Le vide ne convertit personne.
L’assimilation à l’ancienne supposait une culture française assez sûre d’elle-même pour attirer, assez puissante pour imposer et assez cohérente pour transmettre. Une société qui ne sait plus expliquer pourquoi elle fait des enfants, pourquoi elle devrait durer ni ce qu’elle tient pour sacré convaincra difficilement une religion qui répond encore à ces questions de renoncer à elle-même.
L’islam de France évoluera sans doute. Il ne disparaîtra pas. Il faut partir de là.
Dans le même temps, le militantisme progressiste a déconstruit le catholicisme culturel qui formait encore le soubassement du consensus français. Il ne s’est pas contenté d’obtenir pour chacun la liberté de vivre autrement : il a progressivement transformé ses propres choix anthropologiques en morale officielle sur le mariage, la famille, le sexe, le corps, l’identité, la naissance et la mort.
Le problème n’est pas que les progressistes souhaitent vivre selon ces principes. Ils doivent évidemment en avoir la liberté. Il apparaît lorsqu’ils présentent leur doctrine comme la neutralité, leurs préférences comme la science et les résistances des autres comme des pathologies à corriger.
Le progressisme fonctionne alors comme une religion d’État qui refuse de se reconnaître comme telle. Il possède une anthropologie, un récit de l’émancipation, des fautes, des victimes sacrées, des hérésies et des procédures d’excommunication, tout en conservant le privilège de se dire rationnel face aux croyances supposées des autres.
Cette évolution devient insupportable pour une part croissante de ceux qui n’y adhèrent pas pleinement : catholiques, musulmans, juifs pratiquants, protestants, conservateurs, féministes dissidentes, athées attachés à la famille traditionnelle, mais aussi simples modérés. Beaucoup avaient accepté l’extension des libertés privées. Ils n’avaient pas consenti à ce qu’une conception particulière du corps, de la famille, du sexe et de la mort devienne la morale obligatoire de toutes les institutions.
Les débats sur l’euthanasie l’illustrent bien. On ne demande plus seulement aux opposants de tolérer que d’autres choisissent la mort médicalement administrée ; on envisage d’obliger des établissements fondés sur une conception religieuse du soin à participer à ce qu’ils considèrent comme une mise à mort.
De même, certains tableaux de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques ont été perçus par de nombreux chrétiens comme une provocation envers des symboles que l’on aurait entourés de davantage de précautions s’ils avaient appartenu à une autre minorité. On peut discuter de l’intention des auteurs. Le fait politique demeure : une partie du pays a compris qu’elle devait accepter la dérision de ses symboles au nom d’une culture officielle qui lui demandait ensuite de ne pas se sentir offensée.
Les catholiques pratiquants n’en sont que l’exemple le plus visible. Ils ne sont ni les seuls ni les derniers à découvrir qu’une doctrine peut se présenter comme tolérante lorsqu’elle réclame la liberté, puis devenir autoritaire lorsqu’elle obtient le pouvoir de définir la neutralité.
Nous avons désormais plusieurs ensembles moraux durables : un progressisme dominant dans de nombreuses institutions, un islam solidement installé et un monde conservateur ou religieux minoritaire mais de nouveau conscient de lui-même. Aucun ne semble près de disparaître. Dans un État centralisé qui prétend fixer une norme unique, chaque désaccord devient donc une bataille pour les programmes scolaires, les universités, les médias subventionnés, les administrations, les hôpitaux et les tribunaux.
Pourquoi ? Parce qu’il n’existe qu’une seule règle. Celui qui ne la rédige pas la subit. Chaque groupe se croit vulnérable tant qu’il ne contrôle pas l’État ; chaque alternance devient une menace existentielle, chaque compromis une trahison et chaque victoire le moyen d’utiliser l’argent et les institutions du vaincu pour le rééduquer. Cette mécanique produit radicalisation, sécession culturelle et haine des institutions. Elle peut aussi dégénérer en violence et rendre le pays ingouvernable.
La réponse habituelle consiste à réaffirmer les « valeurs de la République ». Cette formule dissimule surtout l’absence de consensus. Nous ne sommes pas d’accord sur le mariage — homosexuel ou non, monogame ou éventuellement polygame, dissoluble ou sacramentel — ni sur le corps — circoncision, excision, chirurgie esthétique, traitements et chirurgies de transition. Nous ne sommes même pas d’accord sur ce qui constitue une mise à mort injuste : certains considèrent l’avortement ou l’euthanasie comme des libertés ; d’autres comme la mort donnée à un innocent.
Il n’existe aucune manière philosophiquement neutre de trancher ces questions. Autoriser ou interdire l’avortement, l’euthanasie ou certaines transformations irréversibles du corps suppose toujours une conception de la personne, du consentement et de la vie. Il s’agit d’une décision morale, pas d’une évidence technique.
Il faudrait peut-être cesser de rechercher une morale nationale unique et organiser réellement la coexistence de communautés différentes. Non pas un multiculturalisme de restaurants et de fêtes folkloriques sous une doctrine progressiste commune, mais un pluralisme dans lequel plusieurs formes de vie pourraient durer.
Ces communautés disposeraient, sur certains sujets, d’une autonomie comparable à celle des États américains ou des cantons suisses. Comme elles seraient imbriquées sur un même territoire, il s’agirait d’un fédéralisme personnel plutôt que géographique.
L’État commun conserverait ce qui ne peut raisonnablement être divisé : défense, monnaie, grands réseaux, police des violences entre communautés, infrastructures, circulation, normes indispensables aux échanges, lutte contre les épidémies et règlement des conflits de juridiction. Un camion de pompiers, un réseau d’égouts ou une recherche sur la résistance des matériaux n’ont probablement pas de religion.
Pour le reste, les communautés pourraient organiser une part importante de leur existence : éducation, solidarité, droit familial, institutions médicales, règles morales, financement culturel et priorités de recherche. Elles pourraient vivre selon leurs principes sans conquérir l’État, à condition d’en assumer les conséquences.
Dans le rapport de forces actuel, ce serait une défaite pour les progressistes : ils perdraient le privilège de présenter leur morale comme la neutralité commune et de transformer chaque victoire culturelle en obligation nationale. Mais ils gagneraient aussi la possibilité de mener plus librement leurs expériences éducatives, familiales, médicales ou sociales dans leurs propres institutions, sans devoir obtenir l’adhésion du pays entier.
Ces expériences rencontreraient moins de résistance et feraient courir moins de risques de confrontation violente, puisque les autres communautés n’auraient plus à conquérir l’État pour s’en protéger. Les progressistes ne devraient renoncer ni à leurs convictions ni à leur manière de vivre, mais seulement à leur dimension tyrannique : la prétention d’imposer leurs croyances à tous. Ils devraient aussi se rappeler que les grandes traditions religieuses sont aussi certaines qu’eux de détenir la vérité. Aucune certitude ne donne un titre de propriété sur l’existence des autres.
Le pluralisme resterait factice si chacun devait financer les particularités morales des autres.
Une communauté catholique conservatrice devrait pouvoir refuser de financer des institutions qui légitiment l’avortement, l’euthanasie, la transition de genre ou la déconstruction de la famille. Réciproquement, les progressistes ne devraient pas financer le catéchisme, les pèlerinages ou la part confessionnelle des écoles catholiques.
Cela vaut également pour la recherche. Une part des sciences sociales les plus médiatisées ressemble moins à une recherche contradictoire qu’à une production de concepts militants. Une communauté qui considère ces travaux comme de la propagande progressiste ou marxiste ne devrait pas être obligée de les financer simplement parce que leurs producteurs se sont attribué le label de « science ».
Certaines recherches réellement communes resteraient financées par un fonds fédéral limité. Mais la présomption devrait changer : ce n’est pas au contribuable dissident de démontrer qu’un programme idéologique ne mérite pas son argent ; c’est au programme de démontrer qu’il sert l’intérêt commun.
Les biens indivisibles resteraient naturellement financés par tous. Une communauté ne pourrait pas refuser de contribuer aux égouts, à la défense ou à la recherche épidémiologique en espérant que les autres paieront pour elle. La frontière serait difficile à tracer, mais elle existe déjà : nous la cachons dans un budget central où les groupes les mieux organisés font financer leurs préférences par les autres.
Le prosélytisme devrait être interdit dans les institutions communes, qu’il soit catholique, musulman ou progressiste. Un professeur, un travailleur social, un médecin ou un fonctionnaire ne devrait pas utiliser son autorité pour obtenir l’adhésion morale d’un public captif.
Dans l’enseignement commun, il faudrait distinguer les faits, les hypothèses et les jugements de valeur. Aucun enfant ne devrait être contraint d’adhérer à une doctrine sur Dieu, le genre, la sexualité ou la famille.
Les écoles communautaires pourraient transmettre explicitement leur tradition. Leur financement reprendrait le principe du privé sous contrat : l’État commun paierait l’instruction correspondant au socle exigé de tous, en échange d’examens communs et d’un contrôle sur la sécurité, la qualité de l’enseignement et les droits fondamentaux des enfants. La communauté financerait l’enseignement religieux ou moral et ce qui distingue son projet éducatif. Une école refusant le contrat resterait libre, mais financerait seule son fonctionnement tout en respectant les règles communes de protection des mineurs.
Ainsi, les familles ne paieraient pas deux fois l’instruction de base parce qu’elles choisissent une école communautaire, tandis que les contribuables extérieurs ne financeraient pas un catéchisme auquel ils n’adhèrent pas.
Dans l’espace public, la règle serait simple : liberté de proposer, interdiction d’imposer. Chacun pourrait présenter sa foi ou sa philosophie ; personne ne pourrait harceler, intimider ou utiliser une position de pouvoir pour convertir.
Le système ne reconnaîtrait qu’un seul statut et un seul niveau de communauté. Il ne s’agit pas d’ajouter une pyramide de juridictions à un pays qui souffre déjà d’un excès de complexité.
Par défaut, les communautés reconnues correspondraient aux grandes traditions religieuses durablement présentes en France, auxquelles s’ajouterait le progressisme, puisqu’il constitue lui aussi une tradition morale complète. Les désaccords internes seraient d’abord traités par la gouvernance de chaque communauté, la liberté d’association et, en dernier ressort, le droit de sortie.
De nouvelles communautés pourraient être reconnues à condition d’atteindre un seuil significatif de population pendant une durée suffisante. Elles devraient être organisées, capables d’assumer financièrement leurs choix et publier leurs règles essentielles : gouvernance, contributions, droit familial, système éducatif, solidarité et conditions de sortie. L’adhésion des adultes serait juridiquement identifiable et les mêmes garanties s’appliqueraient à tous.
L’autonomie irait toujours avec la responsabilité. Celui qui décide paie. Une communauté ne pourrait pas réclamer la souveraineté pour choisir, puis appeler l’État commun à réparer toutes les conséquences prévisibles de ses décisions.
Le droit universel le plus important serait celui de quitter sa communauté.
Un adulte devrait pouvoir partir sans violence, confiscation de ses biens, menace, enlèvement de ses enfants ni représailles organisées contre les proches qui continueraient à le voir. Quitter une communauté ne devrait jamais entraîner automatiquement la perte de ses droits parentaux.
L’État ne pourrait pas obliger une famille à conserver de l’affection, mais il pourrait interdire à une autorité communautaire de sanctionner ceux qui maintiennent le contact avec un apostat, un converti ou un dissident.
Le départ ne pourrait cependant pas servir à choisir opportunément son droit la veille d’un divorce, d’une succession ou d’une faillite. La sortie serait libre, mais ses effets principalement prospectifs.
Un enfant ne grandit jamais dans la neutralité. Jusqu’à sa majorité, il relèverait principalement de l’autorité éducative de ses parents et de la communauté choisie pour lui. Les communautés pourraient donc avoir des conceptions différentes de la discipline, de la religion, des programmes scolaires, des relations entre les sexes et des devoirs familiaux.
Le cas des transformations corporelles irréversibles reste le plus difficile. Faut-il laisser chaque communauté décider de la circoncision, de l’excision, des traitements médicaux de transition ou d’autres interventions sur des mineurs ? Faut-il au contraire interdire au niveau commun toute transformation lourde et non thérapeutique d’un corps sain ?
L’argument en faveur d’une protection commune est puissant : l’enfant devenu adulte ne peut pas annuler ce qui lui a été fait. Mais confier cette définition à l’État permet aussi au groupe qui le contrôle de qualifier ses propres pratiques de soins et celles des autres de mutilations. Je ne prétends pas résoudre ici cette difficulté, probablement la limite la plus sérieuse du modèle.
Les couples appartenant à deux communautés devraient, avant le mariage ou la naissance du premier enfant, choisir explicitement la communauté d’éducation des enfants et le droit applicable au mariage, à la succession et à une éventuelle séparation. Cette exigence rendrait peut-être les unions mixtes moins simples, mais mieux vaut regarder les conflits anthropologiques avant la naissance des enfants que les découvrir au moment d’un divorce.
Le droit commun interviendrait lorsque ces choix produiraient des effets sur des tiers : filiation, pensions, héritages, contrats entre communautés ou protection du parent sorti du groupe.
Ce système ne survivrait pas si l’État commun pouvait continuellement étendre ses compétences au nom de la science, de l’urgence ou de la protection des enfants. Toutes les luttes d’influence réapparaîtraient au centre, chaque groupe cherchant à faire qualifier ses préférences d’« intérêt commun ».
Il faudrait donc une Constitution fondée sur des compétences limitées et explicitement énumérées. Tout ce qui n’aurait pas été confié à l’État resterait aux communautés. Surtout, le centre ne devrait pas bénéficier d’une présomption perpétuelle de compétence.
Nos démocraties demandent régulièrement qui doit gouverner, rarement sur quoi le gouvernement est encore légitime à décider. L’alternance change les détenteurs du pouvoir sans en réduire l’étendue ; une administration créée devient presque éternelle et une compétence conquise n’est pratiquement jamais rendue.
Les compétences communes devraient donc être accordées pour une durée limitée et périodiquement renouvelées. Des référendums distincts pourraient porter sur de grands blocs : normes scolaires, financement national de certaines recherches, politiques sanitaires ou droit familial. Pour les matières les plus sensibles, leur maintien pourrait exiger une double majorité des citoyens et des communautés reconnues. Celles-ci pourraient aussi provoquer un vote d’abrogation si l’État dépassait son mandat.
La charge de la preuve devrait toujours peser sur le centre : à lui de démontrer qu’un problème produit des effets assez graves sur les autres communautés pour relever de l’intérêt commun.
Ce système ne supprimerait ni les désaccords ni les injustices. Il produirait des communautés heureuses, d’autres étouffantes ; certaines dynamiques, d’autres condamnées au déclin. Mais il remplacerait autant que possible la guerre pour l’État par une concurrence pacifique des formes de vie.
Nous pourrions observer lesquelles produisent des familles stables, des enfants capables de devenir adultes, de l’entraide, de la prospérité, de la création, de la transmission et du sens. Celles qui ne retiendraient plus leurs membres ou ne financeraient plus leurs choix seraient obligées d’évoluer ; celles qui réussiraient n’auraient plus à demander la permission d’exister.
J’écris depuis une position qui n’est pas neutre. Je pense que le progressisme contemporain mène largement au nihilisme, à la solitude et au chaos, et que la famille traditionnelle, la continuité historique et la religion répondent à des besoins humains que la modernité ne sait pas remplacer.
Mais je peux me tromper. Je ne demande donc pas nécessairement à l’État d’interdire aux autres de mener leur expérience. Je demande qu’ils cessent de me l’imposer, de la présenter comme la seule neutralité possible, de m’obliger à la financer et de m’empêcher de protéger mes enfants de ses conséquences. Les progressistes conserveraient le droit de démontrer que leur modèle produit des vies meilleures ; ils perdraient seulement celui de contraindre tout le pays à y participer.
Le multiculturalisme véritable commence lorsque nous acceptons que plusieurs communautés puissent vouloir durer selon des principes incompatibles. Faute de cet apprentissage, elles se radicaliseront dans une guerre permanente pour le contrôle de l’État, qui pourra devenir violente. Et pendant qu’elles mobiliseront son énergie pour imposer leur morale, l’État délaissera ce qu’aucune communauté ne peut assurer seule : les réseaux, les transports, l’énergie, la sécurité et les autres infrastructures communes.
La France ne sait pas encore vivre avec plusieurs morales. Elle risque, à vouloir en imposer une seule, de perdre à la fois la paix civile et l’État commun.
Cet article a été publié sur le Substack SoyonsSérieux, que je vous engage à rejoindre.
On parle beaucoup du réchauffement climatique et du lien avec les incendies, lien qui n'est d'ailleurs pas entièrement direct: l'absence de pluie et le vent sont des facteurs significatifs, pas seulement la température. J'ai vu les incendies les plus terribles dans ma région par 25 degrés et fort vent.
On parle aussi de tout ce qu'on a fait d'idiot plutôt que de renouveler notre flotte d'avion, d'acheter plus d'hélicoptères anti-incendie, et c'est légitime. L'exemple de rendre l'eau de la Seine propre à la baignade au cœur d'une agglomération de plus de 10 millions d'habitants est cruel, et la cruauté est méritée.
Mais on ne parle pas d'un autre facteur: la multiplication de règlements écologiques a priori bien intentionnés, qui rendent impossible les travaux de débroussaillement, ou la création de pare-feux (coupes dans la forêt), notamment quand il y a une espèce protégée présente, dont la proverbiale grenouille que je connais bien et qui empêche l'extension d'un site industriel parce qu'elle habite un étang au cœur de l'usine (et plein d'autres étangs un peu plus loin où elle est aussi très heureuse et ne gêne personne, mais ça, la loi s'en fout).
Les réglementations sont péremptoires, sans possibilité d'analyser le rapport coût-bénéfice et de peut-être se dire que la dite grenouille a des milliers d'hectares d'habitat, et qu'on peut peut-être quand même débroussailler correctement les 200m autour d'une nationale qui transporte tous les étés des fêtards susceptibles d'être en état d'ébriété, et de fumer on ne sait quoi, le dit mégot se retrouvant parfois, statistiquement, jeté par la fenêtre par le fêtard qui, à 2g d'alcool dans le sang, oublie qu'il se déclare défenseur de l'environnement le reste de l'année.
D'ailleurs, il suffit qu'une zone soit déclarée habitat "potentiel" d'une espèce protégée pour que presque rien ne soit possible.
Je trouve que les forestiers ont des plaintes très légitimes, et qu'encore une fois, comme pour la climatisation, le tragique n'est pas principalement le réchauffement climatique, mais la façon complètement idiote dont nous gérons ses effets.
Il y a quelques villages gaulois ici et là qui résistent à la canicule, et ce n'est pas forcément en Armorique. Les chevaux blancs et les taureaux sont en prime. Et près de la mer, il n'y a pas tant de moustiques que ça.
Bonne semaine à tous !
Oui, il fait chaud, et il va faire de plus en plus chaud. C'est anormal en juin, mais de plus en plus fréquent. Et c'est particulièrement dur à vivre pour une grande partie des français qui habite en ville, dans des immeubles anciens ou même assez récents, mais sans climatisation et souvent mal isolés thermiquement.
Alors on tourne autour du pot, on raconte qu'il faut végétaliser, ce qui est peut-être partiellement vrai, mais aussi à double tranchant: la transpiration des arbres peut rajouter de l'humidité, et rendre la chaleur encore plus insupportable. On sort des astuces de grand-mère à peine efficaces, ou pas réalistes, comme le fait de se lever à trois heures du matin pour ouvrir les fenêtre au plus frais de la journée.
Tout cela, c'est parce que l'on ne veut pas voir la solution évidente, celle qui permet à une moitié du monde de supporter des chaleurs pires que les nôtres sans devenir des légumes: la climatisation. C'est une technologie simple, similaire à celle d'un frigo, qui utilise de l'électricité quand on en a déjà trop: la journée en été à cause du solaire.
C'est une technologie peu chère: on peut, pour quelques milliers d'euros d'investissement, climatiser suffisamment de pièces pour qu'une famille ait un refuge suffisant contre la canicule. C'est souvent moins cher que le prix d'une penderie.
Et quand on parle de mettre la clim, on ne parle pas forcément, comme aux Etat-Unis, de refroidir l'ensemble des pièces d'un appartement à 22 degrés, ce qui est idiot. On peut juste parler de faire redescendre la température à un très supportable 28 par rapport à un très fatigant 30 et à un insupportable 32, et de réduire le niveau d'humidité.
Et pourtant, pour tous ceux qui habitent dans les immeubles anciens en ville, c'est quasiment impossible de poser des clims, tout est fait pour qu'il y ait des obstacles.
Il n'y a pas de cadre qui permette à un locataire de demander l'installation d'une clim (par exemple en avançant une partie du financement avec un mécanisme d'amortissement avec son propriétaire). Il faut un accord de la copropriété, sans besoin de justifier que le refus soit sérieusement motivé. Et ensuite, il y a l'épreuve de l'urbanisme et des monuments historiques, qui, souvent, interdisent les solutions simples de façon abusive, et sans aucun besoin de justifier que l'interdiction est proportionnée: même un bloc de clim avec un carénage, sur cour, non visible de la rue,dans un faubourg qui ne ressemble déjà à rien, tombe parfois sous le coup de règlements d'urbanisme extrémistes, parce que, vous comprenez, la 5è façade (la ville vue du ciel), c'est important gnan gnan gnan.
Les solutions légales (surélever un toit pour créer un appentis sous lequel mettre les clims...) coûtent des fortunes dans les vieux immeubles , et non, quelqu'un qui s'est déjà endetté pour se payer un appartement trop petit ne peut pas sortir rubis sur l'ongle plusieurs dizaines de milliers d'euros pour de tels travaux.
Alors ne regardez pas ailleurs, vous les services d'urbanisme des mairies, architectes des bâtiments de France, législateurs à côté de la plaque: c'est de votre faute si pendant plusieurs semaines, nous seront profondément fatigués, énervés, peut-être en mauvaise santé, et si, malheureusement, certains des plus fragiles d'entre nous y laisseront leur peau.
Vous voulez que la canicule arrête d'être un drame? mettez à la poubelle tous ces règlements, trouvez des sujets plus utiles pour y consacrer votre énergie, et laissez nous installer des clims et avoir le droit de vivre dans des conditions dignes en été.
Edit: les réponses sont encore plus édifiantes que ce à quoi je m'attendais.
L’essentiel, dans une société, n’est pas que tout le monde soit d’accord. Ce n’est pas non plus que l’État produise sans cesse de nouvelles normes, de nouvelles causes officielles, de nouvelles obligations morales. L’essentiel est plus simple : que les gens puissent vivre leur vie.
Vivre leur vie, cela veut dire pouvoir se lever le matin sans peur, emmener ses enfants à l’école, aller travailler, ouvrir un commerce, cultiver une terre, exercer un métier, prier ou ne pas prier, posséder quelques biens, transmettre quelque chose à ses enfants, recevoir ses proches, circuler librement, parler sans trembler, rentrer chez soi le soir en sachant que la loi commune protège encore les vies ordinaires.
C’est cela que j’appellerais les droits naturels. Non pas une liste infinie de demandes que l’État devrait satisfaire, mais un socle très simple de libertés qui précèdent l’État et que l’État doit protéger. La sûreté. La liberté personnelle. La vie familiale. La propriété. La liberté de conscience. La possibilité de chercher sa voie, dans son travail, dans ses attachements, dans ses responsabilités. Avant les grands programmes politiques, avant les doctrines, avant les indignations publiques, il y a cela : des hommes et des femmes qui veulent mener une vie digne, stable, libre, sans être écrasés par la violence ou par l’arbitraire.
On pourrait même proposer un test très concret. Une famille paysanne, dans un coin de montagne, peut-elle continuer à vivre sa vie ? Peut-elle garder sa maison, cultiver sa terre, élever ses enfants, vendre ce qu’elle produit, pratiquer sa foi ou n’en pratiquer aucune, transmettre ce qu’elle possède, parler librement avec ses voisins, sans être traitée comme une anomalie à corriger par l’État ?
Si la réponse est oui, le régime peut avoir beaucoup de défauts, mais il n’est pas encore pathologiquement oppressif. Si la réponse est non, si cette famille devient une cible réglementaire, fiscale, idéologique ou policière, alors quelque chose de grave s’est produit. Le pouvoir n’est plus seulement là pour protéger la vie commune. Il prétend refaire les conditions mêmes de la vie ordinaire.
Cela ne veut évidemment pas dire que cette famille vivrait hors de la loi. Elle doit respecter les règles qui protègent autrui. Elle doit payer des impôts. Elle doit contribuer à la communauté nationale. Mais ces obligations doivent rester raisonnables, compréhensibles, proportionnées et justes. La loi commune oblige ; elle ne doit pas étouffer. Un État légitime demande une contribution. Un État oppressif exige une soumission permanente.
La démocratie n’est pas le seul moyen d’assurer ce socle. Il faut être honnête. Des régimes autoritaires peuvent aussi produire de l’ordre. Ils peuvent ouvrir les écoles, faire circuler les trains, contenir la violence de rue, assurer une forme de paix civile pendant des années, parfois pendant des décennies. Beaucoup de gens peuvent même s’en satisfaire, surtout lorsqu’ils ont l’impression que cette autorité les protège du chaos.
Mais cette paix autoritaire a presque toujours des angles morts. Elle repose souvent sur la peur, sur le silence, sur la corruption, sur l’arbitraire, sur la répression de certaines minorités ou de certaines oppositions. Elle empêche les erreurs du pouvoir d’être corrigées publiquement. Elle prive la société de soupapes. Elle donne une impression de stabilité, mais les tensions continuent de s’accumuler sous la surface. Et lorsque ces régimes se défont, ils se défont souvent mal. Faute d’alternance normale, faute d’opposition légale, faute de débat public, leur fin peut devenir sanglante, chaotique, humiliante pour tout le pays.
La démocratie est donc précieuse non parce qu’elle rend les conflits agréables, mais parce qu’elle leur donne une forme pacifique. Elle permet de changer de gouvernement sans renverser l’État. Elle permet de contester une politique sans prendre les armes. Elle permet de perdre une élection sans être exclu de la nation. Elle permet aussi de gagner une élection sans avoir le droit d’écraser ses adversaires. Une démocratie saine n’est pas une société sans conflit. C’est une société où des adversaires peuvent rester des compatriotes.
Pour que cela fonctionne, il faut deux piliers.
Le premier est la liberté d’expression. Une démocratie ne peut pas vivre si les sujets les plus importants deviennent impossibles à discuter. Elle ne peut pas vivre si les citoyens apprennent peu à peu qu’il existe des opinions qu’il vaut mieux taire, des réalités qu’il vaut mieux contourner, des mots qu’il vaut mieux éviter, non parce qu’ils seraient faux, mais parce qu’ils exposent à la sanction sociale, professionnelle, administrative ou judiciaire. Une parole publique trop surveillée ne produit pas une société plus apaisée. Elle produit une société plus hypocrite, plus inquiète, plus soupçonneuse.
La liberté d’expression n’est pas faite pour protéger les propos convenables. Ceux-là se protègent très bien tout seuls. Elle est faite pour protéger ce qui dérange, ce qui choque, ce qui agace, ce qui contredit les consensus du moment. Elle protège aussi des opinions fausses, maladroites, excessives, parfois injustes. Ce n’est pas agréable. Mais c’est nécessaire. Car une opinion exprimée peut être combattue, réfutée, ridiculisée, corrigée. Une opinion censurée devient souvent une opinion persécutée. Et une opinion persécutée attire ceux qui ne croient plus aux règles du débat.
Le premier remède est donc d’élargir franchement le champ de la liberté d’expression. Pas par goût de la provocation, ni par indifférence à la brutalité du débat public, mais parce qu’une démocratie qui ne laisse plus parler les conflits réels finit par les rendre plus dangereux. Il faudrait revenir à une règle très simple : tout doit pouvoir être dit, sauf l’incitation directe à la violence et la diffamation au sens le plus strict.
L’incitation directe à la violence, cela veut dire appeler concrètement à frapper, tuer, brûler, intimider physiquement ou organiser le passage à l’acte contre des personnes ou des groupes. La diffamation, au sens strict, cela veut dire imputer faussement à quelqu’un un fait précis qui porte atteinte à son honneur ou à sa réputation. En dehors de ces limites simples, la parole doit être libre. Y compris lorsqu’elle choque. Y compris lorsqu’elle est dure, injuste, excessive, maladroite, blessante ou moralement déplaisante. Une démocratie adulte ne doit pas confondre une opinion pénible avec une violence, ni un désaccord profond avec une menace.
Cela suppose de résister à toute l’inflation contemporaine des interdits. Discours “problématique”. Parole “dangereuse”. Propos “nauséabond”. Opinion “contraire aux valeurs”. Expression “susceptible de heurter”. Ces catégories sont trop floues. Elles permettent à ceux qui détiennent un pouvoir culturel, administratif ou juridique de décider ce qui peut être pensé publiquement. Or ce n’est pas leur rôle. Dans une démocratie, la parole politique doit être combattue par la réponse, la critique, la réfutation, le ridicule, le vote, mais le moins possible par la censure ou la sanction.
Le second pilier est tout aussi essentiel : le vote doit changer quelque chose.
Voter ne peut pas être un simple rituel de légitimation. On ne peut pas demander aux citoyens de respecter les institutions si, à chaque fois qu’ils choisissent une orientation nette, on leur explique ensuite que cette orientation est impossible, contraire à telle norme, à telle autorité, à telle interprétation, à tel principe supérieur soudain étendu jusqu’à l’absurde.
Bien sûr, un pouvoir élu ne doit pas pouvoir tout faire. Il doit respecter le socle des droits naturels : la sûreté, la liberté personnelle, la propriété, la vie familiale, la liberté de conscience, la pratique religieuse, l’égalité devant la loi, le procès équitable. Mais à l’intérieur de ces garde-fous, les élus doivent pouvoir agir.
C’est ici que beaucoup de nos démocraties deviennent malades. Elles gardent les formes du vote, mais elles réduisent peu à peu son effet réel. Elles multiplient les autorités indépendantes, les contrôles juridictionnels, les normes supérieures, les interprétations extensives, les domaines sanctuarisés. Souvent pour de bonnes raisons au départ. Protéger les minorités, éviter les abus, empêcher la brutalité majoritaire, garantir l’État de droit : tout cela est légitime. Mais les bonnes intentions ne suffisent pas à juger un système. Il faut aussi regarder ses effets.
Le second remède est donc de rendre au vote son efficacité. Cela veut dire limiter le pouvoir des institutions non élues lorsqu’elles empêchent les responsables politiques de mettre en œuvre le mandat qu’ils ont reçu. Le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État, la Cour européenne des droits de l’homme, certaines autorités administratives indépendantes, certaines juridictions ou certains organes supranationaux peuvent avoir un rôle utile de garde-fou. Mais ils ne doivent pas devenir des co-gouvernements permanents.
Ils ne doivent pas transformer leurs préférences politiques, administratives ou morales en principes supérieurs. Ils ne doivent pas étendre sans cesse le domaine des droits, des normes et des contraintes jusqu’à rendre presque impossible toute alternance réelle. Ils ne doivent pas pouvoir dire au peuple : vous avez voté, mais ce que vous avez choisi ne peut pas être essayé, même provisoirement, même dans le respect des libertés fondamentales, parce que notre interprétation du droit l’interdit.
La logique devrait être simple : les juges et les institutions de contrôle protègent le socle minimal des droits fondamentaux ; les élus décident du reste. Ils peuvent se tromper. Ils peuvent choisir une mauvaise politique. Ils peuvent déplaire aux élites administratives, médiatiques ou judiciaires. Mais s’ils respectent les droits naturels de base, ils doivent pouvoir agir. Sinon, le vote devient une cérémonie sans conséquence. Et un peuple à qui l’on demande de voter tout en lui expliquant que ses choix seront neutralisés finit tôt ou tard par ne plus croire à la voie institutionnelle.
Il ne s’agit donc pas d’abolir les contre-pouvoirs. Il s’agit de les ramener à leur fonction légitime. Un contre-pouvoir doit empêcher l’arbitraire, non empêcher la politique. Il doit protéger les citoyens contre la tyrannie, non protéger le système contre l’alternance. Il doit poser des bornes claires, non transformer chaque désaccord collectif en contentieux interminable.
L’effet de la situation actuelle peut être redoutable. Quand les gens ne peuvent plus parler librement, le vote devient leur dernier recours. Quand ils découvrent ensuite que le vote lui-même ne change pas grand-chose, ils peuvent finir par conclure que la voie pacifique et institutionnelle ne sert plus à rien. C’est là que commence le vrai danger.
Ce danger ne prend pas forcément la forme spectaculaire d’un coup d’État militaire. La prise de pouvoir par les forces armées avec l’assentiment d’une majorité silencieuse est un scénario possible dans certains pays, mais ce n’est pas le seul. Il peut y avoir des trajectoires plus lentes, plus confuses, plus fragmentées. Des émeutes à répétition. Des zones où l’État recule. Des manifestations qui dégénèrent. Des blocages qui deviennent des habitudes. Des forces de l’ordre qui hésitent. Des citoyens qui ne croient plus que la loi les protège. Des groupes qui commencent à s’organiser en dehors des institutions. Des violences politiques ponctuelles qui, peu à peu, cessent de surprendre.
C’est ce que j’appellerais le risque d’une trajectoire sud-américaine, ou pire encore. Non pas forcément un basculement net, annoncé, théâtral, mais une lente sortie du conflit politique hors du cadre pacifique. Une démocratie ne meurt pas toujours d’un coup. Elle peut se vider lentement, jusqu’au jour où les institutions existent encore, mais où plus assez de gens ne croient vraiment qu’elles permettent de trancher les conflits.
Il ne faut pas écrire cela avec nostalgie de la guerre civile. Il faut l’écrire précisément parce qu’il faut tout faire pour l’éviter. La guerre civile n’est pas une solution. Elle n’est pas un réveil viril du pays. Elle détruit les vies ordinaires, les familles, les écoles, les entreprises, les amitiés, les voisinages. Elle transforme les désaccords en haines durables. Elle laisse des traces pendant des générations. La paix civile est une chose immense, fragile, et beaucoup plus précieuse qu’on ne le croit quand elle paraît aller de soi.
Le prix à payer sera réel. Des paroles très déplaisantes circuleront. Des gouvernements élus prendront des décisions contestables. Des majorités expérimenteront des politiques que l’on jugera mauvaises. Des choix collectifs nous inquiéteront, nous heurteront, nous sembleront injustes ou imprudents. Mais c’est le fonctionnement normal d’une démocratie. On débat, on gouverne, on juge les résultats, on sanctionne à l’élection suivante. L’alternative est beaucoup plus dangereuse : une démocratie où tout semble calme parce que la parole est surveillée et le vote neutralisé, jusqu’au jour où la colère accumulée cherche une autre voie.
Il faut donc choisir l’inconfort démocratique pour éviter la catastrophe politique. L’inconfort de la parole libre plutôt que la fausse paix de la censure. L’inconfort du suffrage effectif plutôt que la sécurité illusoire d’un vote neutralisé. L’inconfort de l’alternance plutôt que l’accumulation silencieuse de la colère.
Préserver la démocratie, ce n’est pas défendre une abstraction. C’est défendre la possibilité de vivre sous une loi commune. C’est défendre la possibilité d’emmener ses enfants à l’école, de travailler, de parler, de croire, de transmettre, de perdre une élection sans perdre son pays, de gagner une élection sans réduire ses adversaires au silence.
La démocratie accepte l’inconfort de la liberté pour éviter la catastrophe de la violence. C’est peut-être sa grandeur la plus simple. Et c’est peut-être ce que nous sommes en train d’oublier.
Ce post a également été publié sur le Substack France2027 que je vous engage à rejoindre.
La France s’enferme dans une querelle sans porte de sortie. D’un côté, les identitaires voient le pays changer trop vite, trop profondément, sans qu’on leur ait jamais demandé leur avis. De l’autre, les antiracistes voient dans toute inquiétude culturelle une menace injuste contre les Français issus de l’immigration. Chacun pense que la victoire politique de son camp réglerait le problème.
Je pense l’inverse. Même si un camp gagnait, il ne ferait pas disparaître le ressentiment de l’autre. On ne supprimera pas par décret la frustration de Français qui voient leur pays se transformer d’une façon qu’ils n’ont pas choisie, ni la complexité des sociétés multiculturelles. Mais on ne fera pas non plus partir par magie des millions de personnes d’origine extra-européenne, souvent françaises, souvent nées ici, parfois métisses. La France réelle est celle-là. Il faut donc organiser la coexistence au lieu de la nier.
Le compromis que je propose tient en une idée simple : les Français doivent pouvoir se sentir chez eux culturellement et en sécurité dans leur pays ; les immigrés et leurs descendants doivent avoir un contrat clair, exigeant, mais juste. Ce contrat reste plus favorable que ce que beaucoup de pays du monde réservent aux immigrés : égalité devant la loi, protection de l’État, possibilité de réussir, accès possible à la nationalité. Mais il ne peut plus reposer sur le mensonge selon lequel la France serait une page blanche, les autochtones n’ont aucun droit et les personnes issues de l’immigration n’ont aucun devoir.
La France est le foyer historique de la culture française. Cela doit être dit clairement, et même inscrit dans la Constitution. La République n’est pas née de rien : elle hérite d’une langue, de paysages, de coutumes, de fêtes, de monuments, de traditions populaires, de provinces, de terroirs, de rois, de paysans, de soldats et de saints. Elle hérite aussi d’un fond chrétien qui a profondément façonné le pays, toujours présent dans nos valeurs, et que nous avons sans doute trop oublié au nom de la modernité.
Même une France largement laïque et multiculturelle reste une France où Noël sera encore férié dans quarante ans, parce que c’est Noël: fête chrétienne du solstice d’hiver et célébration de la naissance. Les racines chrétiennes de la France font partie de sa culture, au même titre que ses cathédrales, ses villages, ses clochers, ses jours fériés, son calendrier, ses prénoms, ses œuvres d’art, sa littérature et une partie de sa morale collective.
Cela ne veut pas dire que les autres religions doivent être interdites. Le droit de pratiquer l’islam, le judaïsme, le bouddhisme ou toute autre religion doit être garanti. Mais aucune religion ne doit pouvoir exiger de remodeler les institutions publiques selon ses prescriptions. Et soyons honnêtes : dans la France d’aujourd’hui, le sujet principal est l’entrisme islamiste dans certains espaces publics, pas une menace imaginaire venue des bouddhistes.
Le message adressé aux musulmans doit être clair : ils peuvent pratiquer leur religion en France, dans des conditions plus favorables que celles dont bénéficient les religions minoritaires dans beaucoup de pays du monde, et la République doit les protéger sans faiblesse contre toute violence. Mais ceux qui veulent vivre dans un pays où la loi publique suit la loi islamique doivent reconnaître que ce pays ne peut pas être la France. Ce n’est pas un jugement moral : il est positif qu’il existe, dans l’espace culturel musulman, des nations organisées selon des principes islamistes. La diversité des civilisations et des modes de gouvernement est une richesse : elle rend le monde plus résilient et plus créatif. Il est aussi légitime que certains veuillent vivre dans une telle société, comme un Occidental expatrié en Arabie saoudite peut préférer revenir dans un pays dont les mœurs lui correspondent. Mais l’islam comporte, dans ses textes et dans une partie de sa tradition classique, une dimension juridique et politique hégémonique, que la pratique quotidienne de beaucoup de musulmans nuance ou ignore, mais que des extrémistes peuvent toujours réactiver. En France, le principe de séparation de l’État et de l’Église, hérité du christianisme puis largement accepté par la modernité politique, doit rester la loi commune.
Il faut aussi reconnaître les cultures régionales. Le breton, le basque, le corse, l’alsacien, l’occitan, le provençal, le flamand, les langues d’oïl, les fêtes locales, les processions, les chants, les danses, les cuisines, les costumes, les architectures : tout cela n’est pas du folklore pour touristes. C’est une partie de l’âme du pays. La modernité administrative a trop souvent voulu l’oublier, comme elle a voulu oublier l’héritage religieux. Une République sûre d’elle-même n’a pas besoin d’écraser les cultures régionales. Elle doit les protéger et les transmettre.
Les institutions publiques doivent donc avoir le droit de participer à la promotion et au maintien de la culture française historique. Une mairie, une école, une région, un musée, une fête locale ne doivent pas être condamnés à une neutralité culturelle absolue, comme si la France devait s’excuser d’avoir une histoire. Il est normal qu’une commune soutienne une fête traditionnelle, une procession, une crèche, une bénédiction des bateaux, une fête patronale ou une manifestation culturelle d’origine chrétienne, dès lors qu’elle est ouverte à tous. La neutralité de l’État doit protéger la liberté de conscience ; elle ne doit pas effacer la culture du pays.
Cela demandera probablement des changements constitutionnels. Je ne vois pas pourquoi il faudrait s’en scandaliser. Aucune constitution française n’a été conçue pour gérer un pays devenu profondément multi-ethnique, multi-religieux et traversé par des tensions culturelles de masse. Les textes actuels ont été pensés dans un autre monde, pour un pays beaucoup plus homogène, où certaines évidences n’avaient pas besoin d’être nommées. Ce n’est plus le cas. Quand la réalité change, les institutions doivent pouvoir la regarder en face.
Ce compromis suppose aussi de rendre au débat public sa liberté. On doit pouvoir parler d’immigration, d’insécurité, d’identité, de religion, d’assimilation, sans craindre immédiatement la plainte, l’étiquette infamante ou la destruction sociale. Il faut revoir l’empilement actuel des lois de censure, dont la loi Gayssot est le symbole, pour réserver le droit pénal à ce qui le justifie vraiment : l’incitation publique à la violence, au harcèlement ou à la persécution, ainsi que la diffamation. Dans un pays libre, les idées fausses ou brutales doivent d’abord être combattues par l’argument, pas par l’extension sans fin du pénal.
Il faut aussi protéger les conversations privées, y compris sur Internet. Un propos tenu dans un groupe privé ne devrait pas pouvoir être sorti de son contexte par un journaliste pour ruiner quelqu’un, sauf s’il révèle une menace grave, une entreprise terroriste, une conspiration criminelle ou un délit réel. Publier des conversations privées pour fabriquer un scandale devrait être lourdement sanctionné. La liberté de penser n’existe pas si chacun doit parler dans sa cuisine comme s’il était déjà devant un tribunal.
Internet mérite en plus un statut particulier. Beaucoup de gens s’y expriment trop vite, parfois mal, parfois bêtement. Il faut distinguer la faute isolée de la campagne de harcèlement. Pour un anonyme qui donne son avis, il devrait exister un droit à la première faute avec une simple amende avant des sanctions potentiellement plus graves. Le pseudonymat doit être protégé, hors procédure judiciaire sérieuse. Et critiquer vivement une personnalité publique ne doit pas être assimilé à du harcèlement dès lors qu’il n’y a ni menace, ni appel à la violence.
Il faut également clarifier la liberté des institutions privées. Une entreprise, une association, une école privée, une librairie, un restaurant doivent pouvoir assumer une culture propre et fixer des règles visibles. Une chaîne de restaurants halal voudra probablement recruter des personnes à l’aise avec cet univers ; une librairie catholique aussi ; une entreprise très laïque pourra vouloir limiter certains signes religieux dans son espace de travail. Cela existe déjà. Faire semblant que tout serait neutre ne rend pas la société plus juste, seulement plus hypocrite. La règle doit être claire : pas d’humiliation, pas de violence, pas d’exclusion administrative des citoyens ; mais une vraie liberté d’organisation pour les acteurs privés, surtout quand leur activité repose sur une identité culturelle ou confessionnelle assumée.
Il faut aussi assumer le droit, dans la sphère privée, d’organiser des événements réservés à une communauté religieuse, culturelle ou historique, y compris autochtone. L’hypocrisie actuelle est inutile : des groupes musulmans, juifs, catholiques, bretons, corses, arméniens, africains, asiatiques ou LGBT organisent déjà des moments pensés d’abord pour eux. C’est normal. Une société libre doit permettre à des communautés de transmettre leurs rites, leurs codes, leur mémoire et leur sociabilité. La limite doit être simple : pas de violence, pas d’appel à la haine, pas de pression sur les institutions communes. Mais dans le privé, la liberté d’association doit inclure le droit de cultiver une appartenance particulière.
L’administration des étrangers doit, elle aussi, être réformée. Cette administration est lente, soupçonneuse et frustrante avec les personnes de bonne foi ; elle est faible, confuse et inefficace avec les fraudeurs et les délinquants. Il faut faire l’inverse. Pour ceux qui respectent les lois, travaillent, étudient, paient leurs impôts et jouent le jeu, les procédures doivent être plus simples, plus rapides, plus lisibles, y compris un droit réaffirmé de se marier au pays pour les franças d’origine étrangère. Pour ceux qui fraudent, mentent, commettent des délits ou refusent les décisions de justice, les expulsions doivent devenir effectives, avec des recours limités, des délais courts, et peut-être de nouveaux outils, comme des centres de rétention dans un pays tiers pour les ressortissants de pays qui ne jouent pas le jeu de reprendre leurs ressortissants.
La France doit redevenir totalement souveraine sur l’asile. La vieille formule révolutionnaire selon laquelle la France accueille les étrangers persécutés « pour la cause de la liberté », reprise dans notre bloc constitutionnel, était noble dans un monde de nations peu nombreuses et de migrations limitées. Elle devient impraticable dans un monde de huit milliards d’habitants, promis à des guerres, des effondrements d’États, des persécutions et des drames humains massifs. Nous pouvons détruire la France en accueillant seulement une infime fraction des personnes affectées par ces tragédies sans rien résoudre. La Constitution doit donc être changée pour supprimer cette automaticité de principe et garantir que l’accueil des réfugiés relève entièrement d’un choix souverain de la nation française : combien, qui, dans quelles conditions, avec quelles garanties de sécurité et d’intégration, sans qu’un organisme supra-national n’ait son mot à dire.
Il faut aussi modifier le droit du sol. Je ne propose pas de fermer définitivement la nationalité française aux enfants d’immigrés nés en France. Mais je ne vois pas pourquoi elle devrait être accordée presque automatiquement, comme une simple formalité administrative. La nationalité française doit se mériter. Un enfant d’étrangers né en France pourrait, par exemple, devenir Français à vingt ans s’il a grandi ici, parle français, et a respecté les lois. Ce serait encore beaucoup plus généreux que les pays fondés presque exclusivement sur le droit du sang, et cela supprime les critères aléatoires de compatibilité culturelle. Mais cela rappellerait une chose essentielle : être Français n’est pas seulement avoir passé assez d’années sur un territoire. C’est entrer dans une communauté politique, avec des droits, des devoirs et une loyauté. C’est aussi une façon de donner une motivation, malgré les difficultés, aux enfants d’immigrés pour bien se comporter, ce qui est dans leur intérêt.
À cela doit s’ajouter une politique ferme contre la petite délinquance et les incivilités du quotidien. Ce sont elles qui détruisent la confiance, l’envie de vivre ensemble, et souvent la tolérance des classes populaires envers l’immigration. Les grandes déclarations sur la fraternité ne valent rien si les gens ont peur dans leur hall d’immeuble, dans le bus, à l’école ou dans la rue. Il faut des sanctions courtes, rapides, certaines, proportionnées, mais réellement dissuasives.
Enfin, il faut défendre la mixité scolaire, sociale et donc souvent ethnique dans l’école publique. Mais cette mixité ne peut pas être une punition imposée aux familles tranquilles, et il y en a aussi beaucoup dans les communautés immigrés. Si l’on veut mélanger les enfants, il faut aussi protéger ceux qui veulent apprendre. Cela suppose une discipline forte, des réponses rapides aux comportements violents ou perturbateurs, et des structures spécifiques pour les élèves qui empêchent les autres de travailler.
Je pense que la discipline scolaire devrait devenir une branche à part entière de l’Éducation nationale, avec un personnel spécialisé, dont une partie pourrait venir du monde militaire, de la gendarmerie, de la sécurité civile ou d’autres métiers où l’on sait tenir un cadre. J’assume l’idée de remettre dans l’école certaines valeurs viriles issues du monde militaire : la tenue, le courage, l’effort, la maîtrise de soi, le respect de la parole donnée, et cette bienveillance ferme où on est puni pour un écart, tout en gardant une chance de s’en sortir si on corrige son comportement. L’Éducation nationale, très féminisée, manque parfois de cette dimension. Beaucoup de jeunes, notamment ceux qui grandissent sans cadre familial solide, ont besoin d’adultes capables d’incarner une autorité ferme sans être brutale. On a beaucoup exploré la pédagogie de l’écoute, de la compréhension et de l’excuse sociale. On a beaucoup moins exploré la pédagogie du cadre physique, de l’effort immédiat et de la confrontation à une autorité masculine solide : parfois, devoir faire trente pompes sous le regard d’un adulte impressionnant, qui vous rappelle sèchement les règles, peut marquer plus efficacement qu’une heure de discours abstrait sur le vivre-ensemble.
Ce programme ne satisfera pas les extrêmes. Les identitaires les plus durs diront qu’il ne va pas assez loin, parce qu’il reconnaît que les Français issus de l’immigration font partie du pays. Les antiracistes les plus idéologiques auront du mal à sortir de leur cadre manichéen où tout est de la faute des méchants blancs racistes.
C’est précisément pour cela qu’il me semble utile. Un bon accord n’est pas celui où chaque camp obtient tout. C’est souvent celui où chacun a l’impression de faire une concession légèrement désagréable, mais tolérable. Ici, les Français autochtones obtiennent que leur pays cesse de nier sa continuité historique et culturelle. Les immigrés et leurs descendants obtiennent un cadre clair, exigeant, mais protecteur, avec la possibilité pleine et entière de devenir Français s’ils respectent les règles communes.
Certaines mesures vous sembleront peut-être trop dures, d’autres trop timides, d’autres encore incomplètes. C’est précisément ce que j’aimerais discuter : que faut-il changer, ajouter, retirer ou préciser pour construire un accord vivable ? La seule impasse, à mes yeux, serait de continuer à attendre la victoire totale d’un camp sur l’autre. Dans ce cadre, vos critiques et vos idées sont les bienvenues, directement ici ou sur le substack France 2027 que je vous engage à rejoindre.
Alors certes, que celui qui n'a jamais eu un avis à l'emporte pièce dans une discussion politique, surtout sur Internet, jette la première pierre. Mais quand même, il y a une limite.
Et quand un avis à l'emporte pièce, souvent de niveau cour de récré de collège ou ultra de foot bourré, se cumule avec une vision de l'humour où de la méchanceté simpliste avec un ricanement à la fin suffit, façon Guillaume Meurice, c'est juste pas possible.
Et tout ça dans un pays où l'humour politique était autrefois un véritable art, le pays de Thierry Le Luron, du Bebête Show, des Guignols, du Canteloup des grandes années Sarkozy, des Inconnus...
Et il y en a des wagons entiers de memes politiques nuls, il y en a même qui en font des webcomics.
Les gars, arrêtez, c'est cringe, nul, de la pollution visuelle et vous ne convaincrez personne de la validité de vos idées avec ça.
Je commence une réflexion sur la construction d'un programme pour la présidentielle 2027 par le sujet du logement.
Je pense que la crise du logement est l’un des grands échecs français. Pas seulement parce que les loyers sont trop élevés, ou parce que les jeunes ont du mal à acheter, ou parce que trop de familles vivent dans des logements trop petits. C’est plus profond que cela. Nous avons construit un système où l’on empêche de produire suffisamment de logements, où l’on rend chaque mètre carré plus cher par des normes, des délais, des recours et des contraintes, puis où l’on essaie ensuite de corriger les dégâts par des aides publiques, des subventions, des dispositifs fiscaux et des protections qui ne résolvent rien et coûtent une fortune.
Je pense qu’il faut repartir d’un principe simple : l’État ne doit plus subventionner la rareté qu’il a lui-même créée. Il doit faire l’inverse. Libérer le foncier, simplifier l’urbanisme, réduire les coûts de construction, sécuriser les relations locatives, et concentrer l’argent public sur les personnes qui ne peuvent réellement pas se loger seules.
C’est, à mon avis, la pièce maîtresse d’une réforme sérieuse du logement.
Dans les zones où il y a de l’emploi, des transports, des écoles, des hôpitaux et des opportunités, il faut construire davantage. Et il faut arrêter de faire comme si l’on pouvait rendre le logement abordable sans produire plus de logements là où les gens veulent vivre.
En zone tendue, je pense que le principe d'urbanisme actuel doit être inversé. Construire du logement dense, sûr et bien desservi doit devenir la règle. Le refus doit devenir l’exception. Une commune ou une administration ne devrait pouvoir bloquer un projet que pour des raisons graves et objectives : risque naturel, sécurité, incapacité réelle des réseaux, protection patrimoniale sérieuse, servitude majeure. Pas parce qu’un quartier préfère rester figé, pas parce qu’une mairie veut préserver artificiellement la rareté, pas parce qu’un plan local d’urbanisme a été conçu pour rendre presque impossible toute densification.
Je pense aussi qu’il faut être radical sur le ZAN dans les zones urbaines tendues. Le “zéro artificialisation nette” peut avoir un sens lorsqu’il s’agit d’éviter l’étalement pavillonnaire lointain, les zones commerciales absurdes, les parkings géants et les lotissements dispersés qui imposent deux voitures par foyer. Mais lorsqu’il s’agit de construire du logement dense près des emplois, des gares, des transports et des services, je pense qu’il faut cesser de raisonner comme si chaque mètre carré urbanisé était une catastrophe écologique. Le vrai désastre écologique, c’est aussi de forcer les gens à vivre loin, à faire des kilomètres chaque jour, et à consacrer une part excessive de leurs revenus à se loger.
Le foncier situé près des agglomérations, des transports et des zones d’emploi devrait être présumé constructible. En région parisienne, par exemple, on ne peut pas laisser chaque commune décider seule de son niveau de construction comme si elle ne faisait pas partie d’un ensemble. Les décisions d’urbanisme doivent être prises à une échelle où il existe réellement du foncier disponible et où l’on peut arbitrer les besoins collectifs. Pour Paris, cela veut dire au minimum Paris et la petite couronne. Sinon, chaque commune défend sa rareté locale, et le résultat collectif est une crise du logement pour tout le monde.
Mais libérer le foncier ne suffit pas. Il faut aussi construire moins cher.
Je pense que nous devons ouvrir un grand chantier de productivité du bâtiment. Il ne s’agit pas de construire des logements dangereux ou indignes, ni de supprimer les règles qui protègent réellement les habitants. La solidité, la sécurité incendie, l’électricité, l’eau, la ventilation, l’absence d’humidité grave, la salubrité : tout cela doit rester non négociable. En revanche, il faut regarder froidement toutes les normes qui ajoutent du coût sans bénéfice proportionné.
La France a souvent la tentation de devenir le pays de la sur-norme. Une règle énergétique plus exigeante, une règle d’accessibilité uniforme, une règle de stationnement, une règle de façade, une règle locale d’intégration, une règle carbone, une étude supplémentaire, une contrainte de matériaux, une procédure de plus : chacune peut paraître défendable isolément. Mais à la fin, on obtient un logement trop cher, trop rare, trop long à produire, parfois même moins agréable à vivre. On construit des immeubles avec de petites fenêtres, des plans contraints, des parkings inutiles, des coûts administratifs énormes, puis on s’étonne que les ménages ne puissent plus suivre.
Je pense qu’il faut ramener les normes françaises vers la moyenne de ce que pratiquent les pays industrialisés comparables. Toute exigence française plus stricte devrait être justifiée par un gain clair. Et toute nouvelle norme devrait afficher son coût au mètre carré. Si une règle ajoute 100 ou 300 euros par mètre carré, il faut pouvoir expliquer pourquoi ce coût est indispensable. Sinon, il faut la supprimer ou l’assouplir.
Cela vaut aussi pour l’isolation. La France n’a pas le climat du Canada ou de la Finlande. Il est absurde de traiter tous les territoires de la même manière. Un logement à Lille, Brest, Nice, Bordeaux, Strasbourg ou Perpignan ne pose pas les mêmes problèmes. Les normes doivent être beaucoup plus fortement modulées selon les régions, et surtout elles doivent préserver la qualité de vie. Un logement n’est pas une machine énergétique. C’est un lieu où l’on vit. La lumière naturelle, les fenêtres, l’aération, le confort d’été, la possibilité d’avoir un logement agréable comptent aussi.
Je pense donc qu’il faut alléger les normes énergétiques du neuf, notamment pour le logement abordable. L’objectif doit être un logement sain, correctement isolé, chauffable à coût raisonnable, et nous devons en construire beaucoup.
Dans l’ancien, je pense qu’il faut supprimer l’interdiction automatique de louer les logements mal classés au DPE. C’est une mesure qui part sans doute d’une bonne intention, mais qui me semble profondément dangereuse en pleine crise du logement. Un mauvais DPE doit informer le locataire. Il doit peser sur le prix. Il peut inciter le propriétaire à faire des travaux s’ils sont rentables. Mais il ne doit pas suffire à retirer un logement du marché.
Ce qui doit être interdit, ce sont les logements dangereux, insalubres, humides, impossibles à chauffer, avec une installation électrique dangereuse ou une ventilation inexistante. Pas les logements simplement imparfaits. L’État n’a plus d’argent. Il ne peut pas financer massivement l’isolation de millions de logements privés. Dès lors, il ne doit pas imposer aux propriétaires des obligations qu’il n’a pas les moyens de financer lui-même. La rénovation énergétique doit redevenir une question d’information, de liberté, de bon sens économique et de travaux utiles, pas une politique punitive fondée sur l’interdiction.
La seule chose que l’État doit faire dans ce domaine, c’est enlever les blocages. Par exemple, créer un vrai droit à la pompe à chaleur dans l’ancien, avec l'obligation pour les copropriétés et les communes de valider une solution simple.
Airbnb doit être accepté comme un usage normal du logement, s’il est déclaré, fiscalisé, et sans nuisance. Dans les grandes villes, la location courte durée est devenue un usage normal. Elle rend service à beaucoup de gens et elle ne disparaîtra pas. En zone tendue, une fiscalité plus élevée peut se justifier. Les nuisances doivent être sanctionnés vite. Le vrai problème reste la rareté du logement : la réponse principale est de construire beaucoup plus.
Je pense aussi qu’il faut créer une catégorie de logement compact économique, inspirée en partie des petits immeubles japonais préfabriqués. Pas pour copier le Japon naïvement, mais parce que l’idée est intéressante : de petits logements individuels, simples, standardisés, peu coûteux, rapides à construire, dans des immeubles bas ou moyens, avec une architecture sobre et des normes concentrées sur l’essentiel. Beaucoup de jeunes actifs, d’étudiants, de travailleurs modestes, de personnes seules ou séparées n’ont pas besoin d’un grand logement cher. Ils ont besoin d’un logement propre, sûr, individuel, bien situé et abordable.
Appartement préfabriqué japonais (cliché par MC MasterChef, Creative Commons Share-Alike 2.5)
Il faut donc accepter une offre plus diverse. Entre le logement social classique et le marché privé cher, il manque une couche de logements simples. Des studios ou petits appartements bien conçus, avec peu ou pas d’obligation de parking près des transports, des plans répétables, des composants industrialisés, des coûts maîtrisés. Cela peut passer par le préfabriqué, mais pas seulement. On peut industrialiser la construction classique : salles de bain préfabriquées, gaines techniques standardisées, façades répétables, plans types, procédures pré-validées. Il faut arrêter de traiter chaque immeuble ordinaire comme une œuvre unique. Il me semble également pertinent de revoir les normes liées à l'accessibilité des logements neufs, où on en fait trop.
L’autre grand sujet est la location. Je pense qu’il faut dire clairement que les propriétaires privés ne sont pas une annexe gratuite de l’État social. Si la société considère qu’une personne ne doit pas être mise à la rue, alors la société doit payer, reloger ou prendre en charge. Ce n’est pas au propriétaire, souvent un particulier, d’assumer seul le coût d’une protection que l’État souhaite offrir. Les squatteurs doivent être expulsés rapidement. Les mauvais payeurs également.
Et c’est ici qu’intervient, à mon avis, le seul grand investissement public à maintenir et même à renforcer : le logement ultra-social.
Je pense que l’État doit arrêter de subventionner massivement le logement privé, arrêter les niches fiscales compliquées, arrêter les aides qui finissent souvent dans les prix, arrêter de promettre des rénovations qu’il ne peut pas financer, et concentrer son effort budgétaire sur un parc ultra-social. Ce parc ne serait pas seulement destiné aux sans-abri. Il concernerait aussi les personnes expulsées mais insolvables, les jeunes en rupture, les travailleurs très pauvres, les personnes sortant de prison, les personnes avec addictions ou troubles sociaux stabilisables, les familles en grande difficulté, les personnes seules qui décrochent.
Mais il faut être lucide : un logement ultra-social ne peut pas être un simple droit inconditionnel au même niveau de confort pour tous, quel que soit le comportement. Il doit y avoir plusieurs gammes de logements, avec des règles strictes. Une personne calme, qui respecte ses voisins, qui paie ce qu’elle peut payer, qui se stabilise, doit pouvoir progresser vers un logement plus agréable puis vers le logement social ou privé classique. À l’inverse, les violences, trafics, menaces, dégradations ou comportements prédateurs doivent entraîner un transfert vers des structures plus encadrées, moins confortables, plus surveillées.
La sécurité doit être assumée. Vidéosurveillance des parties communes, contrôle d’accès, présence humaine, médiation, séparation de certains publics lorsque c’est nécessaire, coopération avec la police et la justice : tout cela ne me choque pas. Au contraire, je pense que c’est une condition de réussite. Le social échoue lorsqu’il abandonne les personnes fragiles aux plus violents. Un logement ultra-social doit protéger d’abord ceux qui veulent vivre tranquillement et se reconstruire.
La cohérence d’ensemble serait donc la suivante. L’État libère le foncier. Il simplifie les permis. Il réduit les normes inutiles. Il facilite la construction standardisée et abordable. Il allège les contraintes énergétiques excessives. Il supprime les interdictions absurdes de louer des logements imparfaits mais habitables. Il sécurise les propriétaires contre les abus. Il réduit les droits de mutation pour fluidifier le marché. Mais il ne subventionne plus massivement. Son seul investissement prioritaire est le logement ultra-social.
Je pense que cette doctrine est plus juste que le système actuel. Le modèle actuel bloque l’offre, laisse les prix monter, puis distribue des aides pour rendre supportable ce qu’il a lui-même rendu cher. Le modèle que je propose fait l’inverse : il libère l’offre pour faire baisser les prix, puis réserve l’argent public aux personnes qui restent malgré tout incapables de se loger seules.
Ce post a également été publié sur Substack.
Je souhaite lancer un exercice collectif : construire un programme présidentiel pour 2027, avec l’espoir qu’il puisse, à terme, intéresser des acteurs politiques. Ce travail s’appuiera sur deux forces : les bonnes discussions que l’on peut (parfois) avoir sur Internet, et la puissance de l’IA pour structurer, comparer, tester et approfondir les idées.
Le principe est simple : reprendre autant que possible ce qui fonctionne déjà ailleurs, notamment dans les pays qui réussissent. Il ne s’agit pas de réinventer la roue, mais d’identifier les solutions efficaces, de les adapter au contexte français, et de proposer les réformes nécessaires sans tabou, tout en protégeant les plus fragiles.
Ce programme repose aussi sur une conviction : en matière de politiques publiques, il vaut souvent mieux faire moins de choses, mais les faire mieux. Des réformes profondes seront nécessaires, car la France est confrontée à trois grands chocs :
Face à cela, nos inefficacités actuelles deviennent intenables. Il ne suffit plus d’ajuster à la marge ni de défendre nos habitudes. Il faut regarder ce qui se passe vraiment sur le terrain, écouter ceux qui font, comparer sans complexe avec les pays qui réussissent, et retenir ce qui marche. En partant du réel plutôt que des slogans, ce programme peut dépasser les clivages habituels et rassembler des personnes de convictions politiques différentes autour d’un objectif simple : remettre la France en état de réussir, sans abandonner les plus fragiles.
Ce projet est ouvert à tous ceux qui souhaitent contribuer de bonne foi : proposer des idées, critiquer les pistes existantes, apporter des exemples étrangers, témoigner de ce qui se passe sur le terrain, ou aider à transformer des intuitions en propositions concrètes.
Pour éviter l’éparpillement et garder une cohérence d’ensemble, l’organisation restera pragmatique. J’assumerai au départ un rôle de coordination et d’arbitrage final, proche de celui d’un « arbitre bienveillant » dans certains projets open source. Rien n’est figé : l’organisation évoluera avec le nombre de participants, la qualité des contributions et les besoins du projet.
Les échanges se feront principalement sur ce subreddit et sur un Substack dédié. Il est recommandé de rejoindre les deux, afin de ne pas dépendre d’une seule plateforme et de rendre l’initiative plus résiliente.
>Pour un professionnel, l’impact d’une session de travail assistée par l’IA est souvent bien plus faible que celui de l’équipement qu’il utilise pour la consulter. Lorsqu’un développeur sollicite un modèle pour déboguer un code complexe ou qu’un juriste demande une synthèse de jurisprudence, la consommation de cette requête est dérisoire. Dix requêtes avancées par heure consomment environ 30 wattheures, soit précisément ce que consomme un écran de taille raisonnable sur la même durée. En réalité, une simple ampoule laissée allumée ou, plus frappant encore, quelques minutes de chauffage ou de climatisation dans un bureau, pèsent bien plus lourd dans la balance énergétique qu’une journée entière d’assistance par intelligence artificielle. Utiliser ces outils pour doper sa productivité est un luxe extrêmement sobre.
Je profite du partage de cet article pour vous signaler la naissance de mon blog, que je partagerai en priorité ici. J'ai commencé par m'attaquer au mythe de la consommation excessive d'électricité par l'IA.
https://soyonsserieux.substack.com/p/la-mauvaise-reputation-ecologique
Environ 150 000 voitures électriques ont été vendues sur un total de 540 000, soit une part de marché de 27%, bien supérieure à celle de l'an dernier.
Utilisateur moi-même de véhicule électrique (Tesla Model 3), cette technologie est pour moi une évidence pour presque tous les véhicules, tellement le confort est supérieur, l'entretien réduit, et au total, le bilan économique très avantageux.
A moins de l'expliquer seulement par la baisse de popularité de Tesla pour des raisons politiques, je n'avais donc aucune explication à la stagnation des ventes de l'an dernier.
En tout cas, je constate autour de moi que c'est bien reparti. Tous mes proches qui achètent une voiture en ce moment se tournent vers l'électrique, à l'exception de ceux qui ont des besoins très particuliers (par exemple un monospace pour une famille de 5 enfants). D'ailleurs, il semble qu'avec sa Mégane et sa R5, Renault ait sorti de bons produits électriques.