EST-CE QUE CETTE SCENE DE RETROUVAILLES FONCTIONNE ?
Une jeune fille, encore une enfant, frêle et mince courait sur le quai animé de Silver-Crest. De premier abord, elle pouvait sembler égarée et l’on pourrait penser qu’elle était à la recherche des parents qu’elle pouvait avoir perdu dans la foule légère du matin.
Mais son regard indiquait autre chose, une impatience contenue avec une légère pointe d’inquiétude. Elle s’arrêta devant un tableau qui annonçait les prochains trains qui allaient arriver à destination. Elle le parcourut alors du regard, sans sembler y comprendre quelque chose. Alors elle se tourna vers les rails alors qu’un compartiment gigantesque s’approchait. Elle le regarda avec espoir et secoua sa chevelure brune, ce n’était pas celui qu’elle attendait. Alors elle tourna le dos au train qui vrombissait derrière elle et partit s’asseoir sur un banc vide. Elle s’assit dessus dans un geste enfantin et se penchant en avant, mit ses poings sous son menton.
Au premier coup d’œil, la petite fille pouvait avoir dix ou onze ans. Elle avait de grands yeux marron clair, encadrés par des cils longs et noirs qui lui donnaient cet air enfantin et charmant. Ses cheveux ondulés, mi-longs et un peu plus foncés que ses yeux étaient rabattus vers l’arrière en une natte épaisse et lâche. Des mèches s’échappaient de sa coiffure et encadraient un doux visage dont le petit nez mignon et les joues étaient parsemés de petites taches de rousseur discrètes. Elle était vêtue d’une jupe brune avec lequel s’accordait une belle veste de couleur marron également, surmontée d’un col chaud qui emmitouflaient chaudement son cou jusqu’à ses lèvres. La capuche était rabattue sur ses épaules. Elle portait de jolies bottines et un épais legging noir.
Elle balançait ses jambes dans le vide dans un mouvement inconscient, les yeux dans les vagues.
Soudain, une sonnerie retentit, un autre train allait arriver. Son cœur dut bondir dans sa poitrine car elle se remit sur pied en un bond ; les mains jointes, elle regardait la machine bruyante et fumante s’approcher, incapable de bouger. Quelques personnes marchant sur le quai, s’interposaient entre elle et le grand train noir. Elle ne bougeait pas et levait simplement les yeux, tentant d’apercevoir par-dessus les têtes, les gens qui sortiraient les premiers.
Petit à petit, le quai se dégagea, elle put voir plus clairement. Les poings serrés contre ses hanches, ses yeux s’écarquillaient à mesure que les personnes qui descendaient les marches du compartiment s’engouffraient au dehors, accueillis par le froid glacial. Une vieille dame sortit, très lentement, suivie de près par un grand homme presque entièrement dissimulé par un élégant chapeau et un col sombre qui protégeait son visage. D’autres personnes sortirent, elle ne crut pas reconnaître parmi eux celui qu’elle attendait avec tant d’impatience ; Owen.
Par moment, personne n’apparaissait à la porte et elle attendait, haletante, le cœur battant, craignant que la personne précédente n’eût été la dernière à sortir.
Brusquement, elle sursauta. Au loin, une autre personne venait d’apparaître dans l’embouchure de la porte. La silhouette était haute, on devinait quelqu’un de solide et de déterminé, dissimulé sous un épais manteau noir surmonté d’un col ouvert qui s’écartait vers les épaules ; le tout offrait à l’inconnu, une élégance naturelle. Le pantalon, noir également, ajoutait aux vêtements, une touche de finité ou des chaussures épaisses, qui sans être neuves complétaient sa tenue.
De loin, on aurait dit un de ces officiers qui de sa seule présence pouvait emplir l’espace et diriger vers lui tous les regards.
D’un regard hésitant, la petite fille leva les yeux vers le visage blanc, dissimulé sous un cache nez remonté jusqu’en dessous des yeux. Les cheveux, noirs de jais encadraient un visage mature et doux, et les mèches qui parfois retombaient sur les yeux du jeune homme, redonnaient à son aspect un air jeune et ôtait de sa personne, l’apparence un peu trop distinguée que pouvait lui donner sa tenue.
Il posa une main gantée sur la rampe, et avant de s’engager sur les marches, il, balaya le quai d’un regard acéré.
Il ne remarqua pas la petite silhouette tendue de la petite fille, qui les yeux rivés sur lui, ne pouvait détacher son regard de celui qu’elle était sûre d’avoir retrouvé. Elle ne bougeait toujours pas, et lorsque le regard d’Owen sembla se poser dans sa direction, elle frémit. Il ne l’avait pas vu, mais elle avait eu le temps d’apercevoir ses yeux bleus et profonds. Pas de doute, ce jeune homme grand et mûri, le dernier passager du train qu’elle attendait avec tant d’impatience ; c’était bien Owen.
Les pas d’Owen résonnèrent sur la surface dure du quai. Il s’arrêta, cherchant des yeux une silhouette familière. Une petite silhouette mince sembla soudainement trouer la foule et le jeune homme écarquilla les yeux. A vingt mètres environ de lui, la jeune fille s’était arrêtée ; alors que derrière elle, en une masse sombre et mouvante, les passants défilaient rapidement.
Alors les yeux scintillants d’Owen se plissèrent, trahissant un sourire derrière le cache-nez qui dissimulait ses lèvres.
Alors qu’avec grand bruit, le compartiment noir s’ébranlait derrière lui, la jeune fille s’élança. En quelques secondes, avant qu’Owen n’eut esquissé un geste, elle lui avait sauté au cou et ses petits bras tremblants l’enserraient avec force.
Les bras d’abord hésitants d’Owen, un instant suspendu dans l’air, se refermèrent sur elle et il ferma les yeux, la serrant dans ses bras.
Durant un long moment, ils restèrent tout deux immobiles à savourer des retrouvailles tant espérées. Autour d’eux, la vie continuait mais leurs oreilles étaient devenues sourdes à l’agitation autour d’eux, aux voix des passants et au rugissement sourd qu’émettaient les wagons lorsqu’ils crachaient leur vapeur.
Lentement, les bras d’Owen se desserrèrent et il attendit que la petite fille ne fasse de même. Il sourit alors qu’il sentit son étreinte se resserrer, et lui tapota gentiment le dos, craignant un instant que trop émue, elle ne soit en larmes sur son épaule.
Doucement, ses bras se relâchèrent et elle recula légèrement, relevant la tête vers Owen. Son regard brillant se plongea dans les yeux souriants du jeune homme, et elle murmura imperceptiblement son nom.
Il lui posa une main tendre sur la tête, puis elle s’avança encore plus proche de lui et se haussant sur la pointe de ses petits souliers, elle approcha une main hésitante du visage d’Owen. Avec son index, elle glissa son doigt entre le tissu du cache-nez du jeune homme et sa joue et abaissa le tissu d’une main mal assurée, découvrant ainsi tout son visage.
Le jeune homme sourit d’abord, puis rit doucement, découvrant de belles dents blanches.
Mia, car c’était ainsi qu’elle était nommée, sourit à son tour et baissant la tête, elle essuya ses yeux larmoyants d’émotion.
-Tu m’as tellement manqué, dit-elle enfin, d’une voix basse et encore tremblante. Je t’ai attendu avec tant d’impatience.
La gorge d’Owen se serra. Pendant un instant, il fut incapable de répondre.
Sans relever la tête, elle saisit alors la main du jeune homme et la serra entre les siennes, sentant sous ses doigts le velours chaud des gants douces du jeune homme.
Merci beaucoup à ceux qui prendront le temps de lire et de me donner un retour, même critique ! :)