
Samian : pourquoi il a refusé de serrer la main de la reine Elizabeth II
>-Y'a une loi, il y a un article, en fait, dans la loi sur les Indiens qu'un autochtone n'a pas le droit de refuser la main de la monarchie, et légalement, on appartient à la monarchie britannique, on appartient à... maintenant au roi Charles, mais les Premières Nations, on est sujets à la reine. On est sujets à la monarchie, on est sujets à l'État et on a des numéros. Moi je suis le numéro 1573 et c'est comme ça.
-T'es le numéro 1573?
-Oui, j'ai pas de nom, nécessairement, aux yeux de l'État, mais...
-Encore à ce jour?
-Encore ce jour! Tous ceux qui ont un statut d'Indien, un certificat de statut d'Indien que j'ai dans mon portefeuille, on est des numéros, on a des numéros de bande, au gouvernement. Et c'est comme ça! Et cette journée-là, en fait, il y a un contexte.La semaine d'avant j'étais à la Saint-Jean-Baptiste, et la semaine d'avant, je faisais le 21 juin. Il y a trois grandes fêtes nationales, qu'il faut souligner, cette année-là, je voulais souligner les trois. Parce que les trois ont une importance cruciale, dans notre identité. Le 21 juin, la Journée nationale des Premières Nations, 24 juin et premier juillet. Et en m'en allant à la Saint-Jean, Gilles Duceppe m'a appelé sur mon cellulaire, il me dit : "Ce soir, t'es en direct à la télé, et en 2010, Harper, qui était le premier ministre, avait pas signé la Charte des droits et libertés des Premières Nations à l'ONU." Et il dit : "Ça serait le fun que tu le mentionnes ce soir. S'il arrive quoi que ce soit, on va te backer." "Fine!". Je m'en vais au spectacle sur les plaines d'Abraham à Québec, le 24 juin. C'est le 23 juin, je crois, à Québec et je vais voir le metteur en scène, je dis : à la fin de ma chanson, laisse mon micro ouvert 30 secondes, j'ai de quoi à dire. Puis il me dit : "Cette discussion-là a jamais eu lieu, fais ce que t'as à faire, on est live." (rire) J'explique, à la fin de la chanson, que notre premier ministre n'a pas encore signé.
>C'était vraiment, t'sais... le peuple québécois embrasse ça, la cause des Premières Nations avec beaucoup d'amour. Au Canada, c'est très différent et la semaine d'après, je vais voir le... c'était le même metteur en scène à Ottawa, je vais le voir. Je dis : à la fin de la chanson, laisse mon micro ouvert. Il dit : "Oublie ça, je peux... Je peux rien faire pour toi aujourd'hui!". Il pouvait plus! Il le savait! - Non, non, non! Il dit : "L'armée est là!". Il savait ce qui s'en venait. "Il y a des militaires derrière la scène, il y a des hélicoptères en haut, tu ne t'approches pas de la reine, tu n'abordes pas la reine sur scène." Harper était assis là, la reine d'Angleterre et son mari étaient les trois, un à côté de l'autre. Et à la fin de ma chanson, effectivement... Mon micro était fermé et tout. Mais à la fin du spectacle, la reine a voulu serrer la main de toutes les artistes et j'ai choisi de me retirer et de refuser sa main donc, pour moi, c'était un symbole tellement fort de si dans la loi sur les Indiens c'est écrit que c'est interdit de refuser la main de la monarchie, je vais le faire et c'était tellement de façon pacifique, et ça, c'est une voie que j'ai choisie, de pas être vulgaire, de pas être agressif et de pas être violent ou déplacé. Mais de faire les... De passer des messages de façon vraie et de façon juste. Et ça, pour moi, cette journée-là, c'est... Pour moi, c'était marquant parce que j'avais envie de...J'avais envie de respecter mes valeurs, j'avais envie de... de saluer mon peuple aussi, de cette façon-là.